mardi 29 décembre 2009

La vie devant nous

Aujourd'hui je suis allée avec Mathilde à l'Atelier Build-a-Bear pour qu'elle puisse échanger sa carte-cadeau reçue à Noël et tant désirée depuis des mois. Elle a "construit" un toutou qu'elle promène partout depuis, une jolie panda surnommée Freddie:

L'expression de la petite fille encore en elle et de la pré-adolescente qui s'en vient était si évidente dans sa liste de cadeaux cette année: une montre sport, une carte-cadeau de Build-a-Bear... ainsi qu'un fer plat et du maquillage. Une minute elle joue encore au toutou, l'autre elle rêve d'aplatir ses cheveux et de se mettre du gloss pour être jolie.

***

Lorsqu'Étienne était tout petit, j'ai eu une révélation qui m'avait beaucoup troublée. En tant que maman, je passe ma vie à m'éloigner physiquement de mes enfants. Ils ont vécu les neuf premiers mois de leur vie en moi... une fusion totale. Nous étions reliés directement par un cordon, coupé par le papa à la naissance. Les premiers mois sont passés en contact physique quasi constant. Puis ils apprennent à marcher, ils s'éloignent tranquillement. Et cette distance physique ne fait que s'agrandir.

J'avais eu cette réflexion alors qu'Étienne était tout petit. À cette époque, je n'avais qu'à m'assoir par terre et en moins de 30 secondes il venait s'installer sur moi, à la recherche de bisous et câlins. J'avais soudainement réalisé que cette période passerait, qu'un jour il serait adulte et (s'il se développait normalement!) il n'aurait plus ce réflexe. Déjà, à 10 ans, les câlins avec Mathilde commencent à être un peu plus gauches, un peu moins faciles. Étienne est toujours aussi colleux, mais ses câlins sont un peu moins longs, un peu moins urgents.

Cette réalisation m'avait beaucoup attristée; les enfants grandiraient... et s'éloigneraient peu à peu.

***

Le mois dernier, j'avais une "journée de filles" avec Mathilde. Pour la féliciter de ses bons efforts à l'école, nous allions nous faire masser (ce qu'elle adore, vive les assurances!), diner au resto sur St-Denis et ensuite nous faire couper les cheveux.

Pendant le diner, j'ai eu l'impression que le temps s'arrêtait, et que je voyais Mathilde pour la première fois. Elle me racontait une histoire, et je remarquais son intelligence, son humour mordant, sa sensibilité. Je voyais l'adulte qu'elle deviendra, tout le plaisir que j'aurai à échanger avec elle, tout la complicité potentielle, impossible entre une adulte et une enfant.

J'ai eu une nouvelle révélation, qui me rassure un peu. Oui, nous nous éloignons physiquement, et cette affection me manquera beaucoup, mais nous nous rapprochons intellectuellement, émotivement. Nous avons la vie devant nous. Nous nous éloignerons... pour mieux nous rapprocher.

lundi 21 décembre 2009

Froot loops et pyjamas

Depuis samedi, les enfants et moi vivons dans la déchéance totale.

Nous avons d'abord commencé par refuser de nous habiller samedi matin. C'était notre premier acte de rébellion. À bas les vêtements! Vive les pyjamas! Nous avons passé la journée à ne rien faire de productif. À jouer à l'ordi sans limite de temps, se louer un film (vive le cinéma sur demande de Vidéotron), lire sur le divan, prendre un bain chaud. J'ai même fait deux siestes, du jamais vu dans l'histoire de Nathalie. On a mangé quand on en avait envie, de la soupe et des bagels, rien de compliqué. Puis, en fin de journée, on a pris un bain et mis un autre pyjama (plus propre, tout de même).

Le bonheur total.

Aujourd'hui, nous avons sombré un peu plus profondément dans la déchéance: à l'épicerie (il faut bien sortir un jour, quand il ne reste plus de soupe et de bagels), nous nous sommes achetés... des Froot Loops. Les Froot Loops représentent chez nous l'antithèse des déjeuners santé que nous prenons habituellement, pour avoir de l'énergie et être en forme à l'école. Pas besoin d'énergie pour écouter des films en pyjama. Au retour de l'épicerie, malgré qu'il était presque l'heure du souper, nous nous sommes tous les trois servi un grand bol de Froot Loops (on vit dans la déchéance après tout), que nous avons mangé avec appétit. Dixit Mathilde: "J'ai vraiment hâte à demain matin."

Nous avons besoin d'une pause. Une pause des horaires chargés, des levers toujours trop tôt, des heures de coucher rigides, des activités organisées, des limites de temps imposées à nos activités préférées parce qu'on a quelque chose de plus "urgent" à faire (les devoirs, les leçons, l'épicerie). Ce Noël, nous n'organisons rien. Nous vivons au jour le jour, au gré de la température et de Ciné-Cadeau. Carl Honoré, l'auteur de Under Pressure (que j'ai beaucoup aimé bien que je ne l'ai jamais terminé, moi et la non-fiction, ça n'est pas une histoire d'amour), serait vraiment fier de nous.

Et nous avons décrété que le 26 décembre sera une autre journée pyjama, passée à se louer des films en famille, jouer aux nouveaux jeux reçus à Noël, prendre des bains, lire, jouer à l'ordi.

Et à manger des Froot Loops.

dimanche 29 novembre 2009

La route que nous suivons

Dernièrement, Étienne est allé jouer chez un nouvel ami. Le jour d'avant, il avait acheté avec ses sous un Neo Shifter, mélange de transformer, alien, et bonhomme légo full killer. Étienne a passé presque 2 heures à monter le bonhomme, et encore plus de temps à jouer avec. Il en était tellement fier qu'il voulait l'amener chez son nouvel ami. 

Mais, malgré le fait que je trouve le jouet très cool, il a tout de même un coté assez, disons, violent. Il a l'air très méchant, il a des armes, il tire des boulets, clairement il n'a pas été fait pour jouer à la poupée. 

Alors... j'ai refusé qu'Étienne l'amène chez son ami. Parce que j'avais peur du jugement de la maman d'Axel, que je ne connais pas. Peur qu'elle pense que j'élève mon enfant dans la violence, que je ne l'élève pas dans la paix. Peur qu'elle ne veuille pas que mon fils joue avec son fils. 

J'y repense encore, parce que la première chose qu'Étienne a dit en arrivant chez Axel, c'est: "Hey, maman! Regarde! Axel a le même Neo Shifter que moi." 

Ben oui, regarde donc. Il a aussi la même épée de G.I. Joe que toi. Et les mêmes super héros. 

Je vis très bien avec la façon dont j'élève mon fils. C'est un garçon presque stéréotypé tellement il aime les autos, les batailles, les légos, les trains, les bonshommes qui ont l'air méchant et ont envie de se battre. Laissé à lui-même, il trouve des bâtons qu'il transforme en épées, il joue à la bataille avec ses amis, mêmes les plantes qu'il arrache parfois dans mes plates-bandes deviennent des armes. Mais il est doux comme un agneau, n'a jamais frappé personne, est super affectueux et très gentil avec ses amis. Alors je n'hésite pas à lui offrir ces jouets qu'il aime tant, surtout lorsque je vois à quel point ils stimulent son imagination, à quel point il peut être concentré lorsqu'il doit les fabriquer. 

Mais je trouve complètement fou le fait que j'ai essayé de "cacher" ce jouet à cette maman. Que je n'arrive pas à m'assumer complètement. Que, même maintenant, je n'ai pas complètement confiance en mes décisions de mère. Que l'opinion de cette femme, que je ne connaissais même pas, était d'une certaine façon plus importante que mes propres valeurs. 

Il faudrait peut-être que je commence à m'assumer.

dimanche 15 novembre 2009

L'imagination débordante de Mathilde

Mathilde n'aime pas toujours son incroyable imagination parce qu'elle lui joue bien souvent des tours. La combinaison explosive de son imagination et de ses tendances anxieuses lui font passer des moments parfois bien difficiles. Ce fut le cas lorsqu'elle eut son vaccin dimanche dernier; elle a d'abord eu très peur du vaccin lui-même, convaincue qu'il serait incroyablement douloureux (ce ne fut pas le cas). Puis, après le vaccin, elle s'est mise à s'imaginer, en larmes, tous les effets secondaires potentiels du vaccin, convaincue qu'elle en souffrait. Nous avons réussi à la calmer, mais la soirée a été très difficile pour ma belle Mathilde, qui "déteste" son anxiété. Elle n'accepte pas très bien cet aspect de sa personnalité et s'en voulait de s'être laissée emporter par son imagination.

Mais cette imagination est aussi une force incroyablement positive dans sa vie, et je suis souvent impressionnée par ses créations diverses. Hier, en cherchant quelque chose à faire, elle a dit: "Éti! J'ai une bonne idée! On va prendre les boites en carton et on va faire une fusée!" (Stéphan venait de monter deux nouvelles chaises achetées chez Ikea, et les boites étaient dans le salon).

Voici le résultat:

Avec ordinateurs et GPS intégrés!

La conception et le montage sont d'elle. J'ai simplement fait les trous aux endroits demandés (histoire de préserver tous ses doigts). Étienne a aidé un peu, mais il a surtout joué (et fait son propre petit laptop).

Nous avons eu une longue discussion hier, où j'ai essayé de lui faire comprendre que c'était son imagination galopante dans les moments anxieux qui lui permettait aussi de créer des trucs aussi cools, aussi incroyables que cette fusée. Je ne sais pas si j'ai réussi à lui montrer que j'aime toutes ces parties d'elles, à la convaincre à quel point je la trouve géniale. Mais j'espère que j'ai réussi juste un tout petit peu, et qu'elle s'en souviendra lorsque son esprit dérivera vers le coté sombre de son imagination...

mardi 3 novembre 2009

Se rebeller contre les devoirs

La semaine dernière, je lisais un article sur un blog que j'adore, Free-Range Kids. L'auteure du blog, Lenore Skenazy, prône de redonner à nos petits une enfance où ils sont libres d'explorer, sans toutes ces règles de sécurité souvent exagérées qui font qu'ils n'ont plus la liberté d'être simplement des enfants. Ils devraient pouvoir jouer dehors, marcher ou prendre leur vélo pour aller à l'école, aller seuls à la bibliothèque ou au parc, sans être constamment chaperonnés. 

J'ai besoin de lire ces textes pour me rappeler de ne pas me laisser aller à la panique générale qui suggère de garder nos enfants à la maison afin qu'il ne leur arrive rien. Justement... il ne leur arrive rien. Ils n'ont donc jamais la chance de faire de simples choix, peut-être de petites erreurs, et ainsi apprendre à prendre de bonnes décisions. Et on s'attend pourtant à ce qu'ils soient aptes à faire de bons choix plus tard dans leur vie lorsque les conséquences sont plus importantes (par exemple, je fume ou non?), sans jamais leur avoir donné la chance de prendre de petites décisions. Mais je m'égare. 

Le blog était sur l'importance des devoirs, et un extrait m'a beaucoup troublée:
What struck me most about the real-life stories, though, was how many moms and dads are allowing hours and hours of homework eat up their children’s childhood—as if it just isn’t under their control. As a society it seems that we have forgotten how to be parents; we are letting “systems”—be it after-school sports, media, toy companies, or schools—parent for us. So next time your child sighs and lugs his/her backpack to the “well-lit, quiet homework space”, say, “Forget about it! Go outside! I’ll write you a note!”
Cet extrait m'a troublée, parce que je m'y suis reconnue. Je ne proteste jamais la quantité incroyable de devoirs de Mathilde cette année; elle passe pourtant facilement 1.5 heures par jour, après l'école, à faire des devoirs et leçons de toute sorte, sans compter les études qu'elle fait le week-end. Elle en devient fatiguée, découragée, démotivée. C'est normal... elle a 10 ans! Elle devrait pouvoir s'amuser un peu et non pas chercher 15 mots dans le dictionnaire qu'elle copie ensuite sans y porter aucune attention. 

Je ne sais pas si c'est la lecture de cet article (sûrement), ou le fait d'être d'une humeur massacrante hier à force d'être séquestrée à l'intérieur à cause d'une vilaine grippe (un peu), mais je me suis fâchée hier. Ou plutôt, j'ai décidé de protester. Mathilde devait étudier un gros examen de maths pour aujourd'hui, en plus de faire son devoir. J'ai décidé qu'on sautait le devoir. Elle a tout de même passé 2 heures à étudier son examen... alors j'ai écrit au prof que considérant le temps passé à étudier l'examen, il ne restait plus de temps pour faire le devoir. Et tant pis si elle n'est pas contente. 

J'ai aussi trouvé sur le blog de Mme Skenazy une critique très positive de Under Pressure de Carl Honoré, qu'on m'avait recommandé, qui prône aussi un retour à une enfance plus libre, moins organisée. Je l'ai réservé à la bibliothèque, et je vais le chercher cet après-midi, avant d'aller chercher les enfants à l'école. 

Ensuite, on profitera du fait que j'ai un peu retrouvé ma forme et qu'il fait super beau pour jouer dans les feuilles. 

Et tant pis pour les devoirs.

lundi 2 novembre 2009

Vieillir

Ce week-end, Stéphan et moi discussions de la qualité poétique de certains titres d'albums CDs québécois lorsqu'Étienne se mêle à la conversation: "Tu peux me les lire, papa? Qu'est-ce que ça veut dire?" 

Alors Stéphan lui lit et explique. Rendu à "La plus belle fille de la prison", Stéphan lui demande: "Tu sais que ce ça veut dire, la plus belle fille?" Et là, sans aucune hésitation, Étienne se retourne, me pointe du doigt et dit: "Ben, c'est elle." Quel bonheur dans mon coeur de maman, écrasée sur le fauteuil à cause d'une vilaine grippe. Ben oui, c'est moi. Qui d'autre? 

*** 

J'ai l'intention d'imprimer un jour ce blog et de le donner à mes enfants, pour qu'ils aient des souvenirs d'eux lorsqu'ils étaient petits, et pour qu'ils aient un peu idée de qui était leur maman. Je réalise que je parle moins de Mathilde que d'Étienne depuis quelques temps. Mathilde est maintenant rendue à un âge où ses confidences se font souvent avec la promesse de n'en parler à personne. Ses inquiétudes, intérêts ou rêves ne sont pas encore adolescents, mais ils ne sont plus enfants non plus. Notre relation tombe maintenant dans le domaine du privé...

lundi 26 octobre 2009

Rêver d'un Bionicle... un dollar à la fois

Depuis quelques temps, Étienne a droit à une allocation (3$ par semaine) en échange d'une tâche. Il doit mettre tout le recyclage dans un sac lorsque le bac est plein. Il trouvait injuste que Mathilde, qui a une allocation et une tâche similaire (recycler les journaux), avait un peu d'argent de poche pour s'acheter des trucs alors qu'il n'en avait jamais.

Depuis, il accumule ses sous dans une petite boite en carton. Il a maintenant un 5$, des 2$ et des 1$, qu'il compte et recompte régulièrement.

Le week-end dernier, Étienne a retrouvé un de ses catalogues de Mégablocks, et il s'est mis à rêver... "Maman, est-ce que ze peux m'acheter ça avec mes sous?" Évidemment, il rêve du méga château de Bionicle à $100, alors pour l'aider dans ses choix, je lui ai montré le catalogue en ligne de Megablocks, qui affiche les prix de chaque jouet. Je lui ai trouvé les items qui valaient entre 10$ et 20$, en lui rappelant qu'il a accumulé 14$. Il passe maintenant sa pause ordi à regarder les items, les comparer, me montrer ce qu'il peut acheter: "ça maman c'est cool et c'est 13$! ze peux!" ou "ça c'est beau mais, ze peux pas maman, regarde c'est 18$. Il faut que ze ramasse d'autres dollars." Ou encore "Ça c'est 10$ mais il y a juste deux méchants, l'autre en a trois." J'étais assez fière de sa capacité à lire les chiffres et à comparer ses options... mais je n'avais rien vu.

Ce soir, après son bain, Étienne me voit en train de passer le balai:
- Maman, attends, ze vais le faire pour toi.
- Ah oui? (C'est la première fois qu'il se porte volontaire pour une tâche du genre.)
- Oui! Donne-moi le balai, ze vais le passer.
- Ok. Merci! Tu es gentil!
- (Sourire angélique) Mais ze suis touzours gentil maman.

Hummm...

Après sa tâche, qu'il a étonnamment bien effectuée, il est revenu me voir:
- Maman?
- Oui?
- Ze peux avoir $4 parce que z'ai passé le balai?
- ... !

Je lui ai donné $1 pour son bon travail et son entrepreneurship. Si je suis chanceuse, il vise toujours le Bionicle à $100.

vendredi 23 octobre 2009

Première neige

Il est impossible d'avoir des enfants et de ne pas adorer la première neige, celle qui surprend, qui arrive un jeudi d'octobre sombre et froid, qui tombe en flocons blancs, ouatteux, immenses, qui fait sauter les enfants d'envie d'aller jouer dehors. Alors on décide que, pour une fois, on se rebelle contre les devoirs interminables. On donne à notre fille toutes les réponses pour qu'elle ne soit pas punie par son prof... et on s'en va dehors.

mardi 29 septembre 2009

L'omniscience du Père Noël

Étienne n'a pas encore vraiment de conscience. En fait, comme il croit au Père Noël, et qu'il sait qu'il doit bien se comporter pour recevoir des cadeaux, c'est le Père Noël qui lui tient lieu de conscience.

Hier l'école a téléphoné pour me dire qu'Étienne faisait de la fièvre, ce qui nous inquiète toujours depuis les convulsions. Drôle de hasard, la fièvre a mystérieusement disparu en arrivant à la maison, et les autres maux se sont rapidement envolés, faisant place à l'énergie nécessaire pour jouer aux Bionicles et légos.

Ce matin, Stéphan (a.k.a. papa poule) ne savait pas trop s'il devait l'envoyer à l'école ou non. Cette conversation a répondu à sa question:

- Papa? Est-ce que le Père Noël lit dans nos pensées?
- Non.
- Ah! Ben ze peux pas aller à l'école auzourd'hui, z'ai mal au ventre.

Ce fut donc une journée à l'école pour Petit Poulet :)

mardi 22 septembre 2009

Ilot de tranquillité

La rentrée scolaire se passe un peu difficilement pour Étienne. Il a de la difficulté à se souvenir de toutes les règles et revient souvent à la maison avec plein d'avertissements dans son agenda. Il est impossible d'obtenir aucune information sur sa journée, "ze veux pas en parler." Il est épuisé (même s'il refuse de l'admettre) et devient chialeux à l'arrivée, jamais content de ce qu'on lui offre, pleurant souvent.

Ce soir, alors que Mathilde faisait ses devoirs, j'essayais de nous trouver une activité pour l'occuper. Uno? Trop plate. Une histoire? Ça non plus. Un dessin? On en fait à tous les jours. Finalement, j'abandonne, je lui dis que je n'ai plus d'idée. Il me regarde alors avec ses grands yeux tristes: "Ze veux aller dans tes bras."

Ahhh... petit poulet.

Je l'ai donc pris dans mes bras, et nous sommes restés ainsi cinq minutes, assis dans les escaliers à ne rien faire. Puis nous sommes allés dans ma chambre, nous étendre sur mon lit alors que je lui coupais les ongles. Tranquilles, silencieux, dans la lumière de fin d'après-midi. Puis, soudainement, il s'est mis à parler de l'école, sans arrêt. À me nommer tous les amis de sa classe, un par un. Avec qui il dinait, avec qui il était assis, qui était vraiment son ami, qui pleurait toujours, qui ne parlait jamais. Je n'osais pas bouger, pas poser de questions, de peur d'arrêter ce flot d'information si précieux, ce moment cadeau qui m'était offert alors que je n'avais rien demandé.

Puis il s'est relevé, maintenant content et souriant, et est parti jouer dans sa chambre avec sa fusée Star Wars.

J'ai eu envie d'un peu plus de ces ilots de tranquillité dans la chaos actuel de ma vie...

lundi 21 septembre 2009

L'entrepreneurship de Mathilde

 Samedi dernier, Mathilde a réalisé un grand rêve: Faire une vente de garage.


Je ne sais d'où lui vient cette obsession (je suis loin d'être une fan des ventes de garage), mais elle en parle depuis plusieurs années. Alors lorsqu'une voisine m'a approchée cet été pour faire une vente de garage, j'ai dit à Mathilde: Si ça t'intéresse, envoie-lui un courriel. 

Ce qu'elle a fait:
bonjour Francine,

Si vous voulez bien,
nous aimerions bien
participer a votre vente de garage.

Si nous pouvons,
on voudrais savoir quand cela aura lieu s.v.p.

merci
mathilde

Francine a accepté l'offre de Mathilde (comment résister à ce courriel? :), et elles ont planifié ça pour le week-end dernier. Pendant des semaines, Mathilde a préparé les objets qu'elle allait vendre, elle a discuté prix avec Stéphan et étiqueté ses trucs, elle a fait un inventaire sur ordi de son stock. 

Samedi matin, 7 a.m., elle était prête:


J'ai trouvé émouvant de la voir ainsi, à la fois excitée et un peu inquiète de son aventure, rêvant de tous ces clients qui allaient venir. Elle m'a demandé de rester un peu avec elle, puis j'ai pu la laisser après une trentaine de minutes. 

Étienne tenait évidemment à être présent, même s'il n'avait pas envie de rester derrière une table. Il avait donc choisi quelques trucs à vendre, laissant la responsabilité à Mathilde.

(Il faisait froid, alors évidemment il fallait mettre des gants... avec des shorts :)

La journée a été un peu décevante pour Mathilde en terme de ventes. Elle avait estimé faire environ 7$. En milieu d'après-midi, elle n'avait vendu que pour 2.75$. Elle a révisé ses prix à la baisse, a rajouté une affiche "tout est négociable" sur sa table, mais a terminé la journée avec 4.75$ de profit. Éti quant à lui a fait 2.25$, qu'il a rapidement dépensé sur une immense fusée Star Wars datant des années 80 et un bonhomme GI Joe. 

Malgré ce peu de succès, Mathilde a adoré sa journée, et la vente de garage s'est rapidement transformée en fête de quartier, avec plus de 5 familles (et 10 enfants entre 3 et 14 ans!) qui participaient avec bonheur à l'événement.

J'admire la persévérance et l'initiative de Mathilde, tout l'effort et l'enthousiasme qu'elle met dans ses entreprises... 

Son prochain rêve: un kiosque de limonade :-)

vendredi 11 septembre 2009

Un vendredi...

Un vendredi
matin ensoleillé
air d'automne

un autobus
le rire d'un enfant
de l'inquiétude à la confiance

Envoyer la main
regards complices
coeurs légers

rentrer chez soi
douce solitude
baigner
dans la beauté du moment

vendredi 28 août 2009

We carry on

Finalement, la vraie première journée était ce matin.

Mathilde, Étienne et moi sommes partis vers 7h35, après avoir écouté une chanson des petites tounes, à la demande d'Éti. Il a choisi "Belle journée", qui raconte l'histoire d'un enfant heureux parce qu'enfin il pleut. Nous avons tous les quatre chanté avec enthousiasme "C'est une belle journée / Je peux enfin me promener / Avec mes bottes de pompiers". Moment de grands sourires et d'intensité.

En route, Étienne me demande:
-Maman, aujourd'hui est-ce que tu restes avec moi, ou je vais y aller tout seul?
-Tu y vas tout seul, mon lapin.
-YESSS!!!

Bon.

Dans la petite cour des maternelles, tout allait bien, malgré l'air à la fois excité et légèrement inquiet d'Étienne, malgré que je le trouvais soudainement si petit parmi tous ces enfants, son sac à dos de Transformers si grand.

Et puis la cloche a sonné.

Et j'ai compris que, pour moi, c'était là, maintenant, la vraie première journée. La dernière première journée d'école. J'avais le coeur si gros que j'ai du mettre mes lunettes de soleil pour qu'il ne voit pas le débordement. Il s'est digiré vers sa professeure, sans même un regard pour moi. Lorsque son groupe a pris son rang pour rentrer en classes, il s'est retourné une dernière fois, d'une voix un peu tremblante a crié: "Bye maman!" puis il est reparti, en gambadant, rigolant avec sa copine de garderie Kayla.

J'ai marché vers le bord de l'eau, si à l'envers que je respirais à peine, larmes coulant sur mes joues. Et je me suis mise à courir. Magnifique exutoire... Sur fond de Portishead (A taste of life / I can't describe), Vampire Weekend, Moby, Chemical Brothers, j'ai exorcisé ma peine pendant près de 50 minutes. Il me semblait qu'à chaque pas je laissais derrière moi ma tristesse, le désir illusoire de vouloir arrêter le temps, mes rêves impossibles, ma nostalgie de ce qui a été mais ne sera plus. Je suis rentrée chez moi le coeur un peu plus léger.

Moi aussi, peut-être, j'amorce une nouvelle aventure.

jeudi 27 août 2009

Cet espace entre la fin et le début

Ce matin était la première journée d'école pour Mathilde et une visite de la maternelle pour Étienne. C'était une première qui n'en était pas vraiment une, puisque que nous restions ensembles dans sa classe. Il commence l'école pour vrai demain, mais pour deux heures seulement. Lundi est la vraie première journée complète, mais ça ne sera pas vraiment une première, puisqu'il sera déjà allé à l'école seul sans moi.

Cette rentrée progressive est très frustrante pour Étienne, qui était prêt pour "la vraie école" ce matin. Mais, en fait, je crois que cette rentrée est pour les parents. Je deviens si confuse avec toutes ces premières qui n'en sont pas vraiment que bientôt ça fera une semaine qu'il sera à l'école et je n'aurai pas encore pleuré cette étape, parce que j'attendrai encore la vraie première.

Alors que je vogue dans la nostalgie, Étienne ne voit que ce qui s'en vient, l'ivresse de ce nouveau projet. Hier, nous avons dit adieu aux éducatrices de la garderie. J'avais les larmes aux yeux et la gorge si serrée que je n'arrivais plus à parler, mais Étienne avait juste envie de rentrer à la maison, me regardait bizarrement, répétait que non, il n'allait pas "dire au revoir à tout le monde, c'était quoi ce truc?"

À son âge, il ne voit que ce qui s'en vient, mais ne réalise pas que toujours, lorsque qu'on amorce une nouvelle aventure, on laisse quelque chose--ou quelqu'un--derrière soi.

Il semble détaché, indifférent à tout ceci, mais je crois qu'il sent lui aussi qu'il est à l'aube d'un passage. Je le sens très fébrile, très sensible. Après une enième chicane avec sa soeur tout à l'heure, il est venu me voir et m'a tendu les bras, comme lorsqu'il était tout petit et voulait que je le prenne.

Je l'ai pris dans mes bras et nous avons dansé doucement sur Elsiane. Pendant au moins deux chansons nous sommes restés ainsi, ses petits bras me serrant très fort, sa tête enfouie profondément dans mon cou. Puis, rassuré, il s'est éloigné et est reparti jouer.

Et je suis restée là, les bras vides, entre la fin et le début...

dimanche 23 août 2009

C'est la fête d'Éti... et le début d'une tradition

Cette année, Étienne a eu une brillante idée pour fêter ses 5 ans: aller en camping avec ses cousins.

J'ai déjà lu que les moments de bonheur qu'on vit dans l'enfance ont un impact direct sur le cerveau, sculptant des chemins qui seront de plus en plus simples à prendre, rendant le bonheur plus "facile." À voir les six cousins passer d'un terrain à l'autre en toute liberté, se cacher dans les bois pendant des heures, partager leurs trucs sans hésitation, courir dans le noir avec leurs lampes de poche, plonger dans le lac et replonger encore, j'avais l'impression d'assister à la création d'une quantité incroyable de neurones de bonheur... 

J'ai aussi adoré passer du temps tranquille avec mes soeurs, partager une bouteille de vin en préparant le souper, boire un café le matin, bien confortablement assises, à discuter de tout et de rien. J'adore le camping, parce qu'il nous ramène à l'essentiel: manger, faire du plein air, dormir, profiter du moment présent puisqu'on n'a nulle part d'autre où aller, rien d'autre à faire.

Nous nous sommes quittées en nous promettant que c'était le début d'une tradition familiale...

dimanche 9 août 2009

Nager dans l'absurdité

Je trouve souvent que, pour apprécier pleinement les enfants, il faut embrasser l'absurdité, si souvent présente grâce à eux. Comme cette discussion d'avant le dodo avec Éti. Un de nos rituels de famille (trop souvent laissé de coté, malheureusement) est de nommer nos 5 bonheurs de la journée. Ce sont 5 moments, petits ou grands, qui nous ont apporté du bonheur dans notre journée. Pour moi, il y a souvent ma première gorgée de café le matin, une course au soleil, aller chercher les enfants à l'école/la garderie, le calin du matin d'Éti-aux-yeux-encore-collés. Mais Éti, parfois si sinistre, préfère parler de ses moments sombres.

Nous sommes couchés sur son lit, la lumière fermée, à faire nos calins; je lui demande:
- On dit nos bonheurs de la journée?
- Ok. Mais moi ze veux parler de mon moment triste.
- Ok, mais juste un et après on fait nos bonheurs. C'était quand ton moment triste?
- Quand z'ai pleuré tantôt, parce que Sylvain m'a chicané.
- Oui, mais il ne faut pas lancer les tomates de Sylvain dans sa piscine. D'abord, c'est ses tomates à Sylvain, et en plus c'est une mauvaise idée de les mettre dans la piscine.
- Ze sais. (Il pense. Il aime bien avoir le dernier mot). Mais si c'était mes tomates à moi? Ze pourrais les lancer dans la piscine?
- Oui, tu pourrais, mais juste si c'était ta piscine à toi. Ta piscine à toi quand tu seras grand (je ressens le besoin de préciser).
- Ok. (Il pense encore.) Mais un poisson?
- ...un poisson?
- Oui, si z'ai un poisson dans les mains, lui ze pourrais le lancer dans la piscine?
- Euh... (je suis confuse). Ben, s'il est vivant, et qu'il a besoin d'eau pour vivre et qu'il n'y en a pas d'autre proche, j'imagine que oui.
- Mais s'il est mort? Là ze peux?
- Non, s'il est mort, tu ne peux pas, quand même.
- Mais... s'il est vivant, mais que c'est un poisson qui mord, là ze peux?
- Euh... on fait nos bonheurs?

J'adore l'humour absurde. :-)

jeudi 6 août 2009

Apprendre à ne rien faire

Après une semaine passée à la plage, nous en sommes à notre dernière semaine de vacances. Mon mec est de retour au travail, alors les enfants et moi en profitons pour faire des petites excursions--Parc Safari avec tante Mylène, achats de fournitures scolaires (quoi de plus excitant qu'un sac à dos de Transformers pour commencer la maternelle?), la Ronde avec les amies vendredi.

Et entre ces activités... on ne fait rien. Avec bonheur.

J'ai beaucoup besoin de temps à moi, et je remarque la même chose chez mes enfants. Ils ne le demandent pas directement, mais l'expriment dans leurs gestes. Ils sont restés en pyjama jusqu'à 13h00 hier, et c'est l'idée d'aller acheter les fournitures scolaires (ils adorent) qui les a poussés à bouger.

Nous avons encore passé la matinée en pyjama aujourd'hui, eux à jouer aux playmobil dans le salon (ils ont construit une ville incroyable), moi assise dans mon grand fauteuil blanc, prenant le temps de boire mon café, le soleil chauffant mon visage, à lire un petit bonheur de livre.

Une partie de moi trouvait un peu poche l'idée d'une semaine de vacances à ne pas faire grand chose. Mais je réalise que mes enfants en ont besoin... et moi aussi. Peu importe ce qu'on en dit, nos petits vivent leur enfance à un rythme beaucoup plus intense que nous l'avons vécue. Je me souviens d'étés passés à lire, de longues marches vers la bibliothèque du Séminaire pour aller chercher mon maximum de 3 livres, que je lisais en une journée ou deux, pour retourner encore à la bibliothèque. Aucune heure de levée imposée, aucune heure de coucher obligatoire. On pouvait vivre à notre rythme.

Mes enfants connaissent probablement peu leur propre rythme, puisqu'ils vivent toute l'année à un rythme qu'on leur impose. Mathilde est en congé d'école, mais elle doit tout de même se lever pour aller au camp de jour. Elle adore le soccer, mais jouer intercité implique qu'elle a un match et maintenant deux pratiques par semaine. Je suis souvent en train de la pousser pour qu'on ne soit pas en retard: "Math, prépare ton sac de soccer. Math, on doit partir dans 5 minutes si on ne veut pas être en retard. Non, tu n'as pas le temps de manger tes biscuits; apporte-les dans l'auto."

Je réalise que je trouve ça un peu triste. J'aurais envie qu'ils aient plus souvent le temps de s'ennuyer, de découvrir leur propre rythme. C'est peut-être le temps de lire de livre de Carl Honoré.

Il nous reste au moins encore quelques journées à ne pas faire grand chose. Avec bonheur.

samedi 18 juillet 2009

À la frontière de l'enfance et l'adolescence

J'ai le cœur un peu triste.

Mathilde vient de partir en camping pour la fête de son meilleur ami, Mathieu ("ben, mon meilleur ami gars, là, parce que ma best c'est Audrey"). Mathieu a invité Mathilde et deux autres amis au camping de ses grands-parents; avec la maman de Mathieu, ils ont prévu jouer au soccer, se baigner, aller à une fête sur la plage ce soir, coucher dans une tente (avec la maman, condition essentielle pour que je la laisse partir :), et revenir demain en après-midi.

Je suis un peu à l'envers, parce que les préparatifs pour cette fête me faisaient réaliser à quel point elle est à la frontière entre l'enfance et l'adolescence. Elle tenait absolument à aller chez le coiffeur pour avoir les cheveux bien droits pour la fête, mais elle a apporté son pyjama de petite fille avec de grosses grenouilles. Elle avait coquettement passé une petite sacoche en bandouillère, mais elle y avait mis son toutou préféré. Nous sommes allés magasiner dernièrement, et déjà elle planifiait ce qu'elle allait porter pour ce week-end, pour "être très jolie"; en même temps, elle ne voulait pas de jupe "parce que je ne pourrai pas grimper dans les arbres sinon."

Elle n'est plus une enfant, n'est pas encore une adolescente, mais elle est à la fois un peu des deux.

Je la regardais ce matin, alors qu'elle était chez le coiffeur, et je la trouvais si belle. Et ce n'était pas tant son visage que je trouve si joli (même si c'est le cas, je suis sa maman tout de même :) autant que tout ce qu'on pouvait y lire: l'excitation dans son regard, l'enthousiasme dans son sourire, la fierté de se trouver jolie.

Je l'aime, ma fille, à la fois si grande et si petite.

***

Mots d'enfants

Sur un tout autre sujet, hier je suis allée visiter Heathcliff, mon coiffeur littéraire préféré. Il a suggéré de lisser mes cheveux, pour faire changement. J'oublie toujours à quel point ça me change complètement (et non, malheureusement, je n'ai pas de photo :). Lorsque je suis arrivée à la garderie, Félix, 5 ans, a dit: "Étienne, regarde, tu as une nouvelle maman!" Sophie, une petite amie anglophone, a ensuite dit: "Wow, you got new hair!" Puis, elle m'a demandé d'un air perplexe, très sérieusement: "But... how does one get new hair, I wonder?"

J'adore les enfants de 5 ans. :)

lundi 6 juillet 2009

Sous les étoiles avec Patrick

C'est grâce à Mathilde.

En après-midi, j'avais abandonné. Le cuisant échec de de Bran Van en tête--je n'avais même pas réussi à *entendre* le band l'an dernier--je me suis dit que ça ne valait même pas la peine d'essayer d'aller voir un concert avec des dizaines de milliers de personne au Festival de Jazz. Surtout Patrick Watson, dont la musique est si intime. De toute façon, à 5 pieds 3 et des poussières, je ne vois jamais rien.

C'est Mathilde qui m'a dit: "Mais maman, tu ne peux pas manquer ça! Vas-y, au moins, essaie, et si ça ne marche pas tu n'as qu'à revenir! Qu'est-ce que tu as à perdre?"

Excellente question.

Et grâce à ma grande amie (vive les choix illogiques, Elsa!), nous nous sommes retrouvées tout près de la scène, à gauche, derrière une caméra sur rail qui nous a gênées un tout petit peu au début, mais qui créait un trou nous permettant de voir encore mieux. En fait, nous voyions mieux qu'à bien des concerts pour lesquels nous avions payés.

Et quel concert c'était. Patrick Watson est un de ces musiciens que j'aime tant: naturel, généreux (3 rappels!), heureux d'être en scène, brillant, créatif. Malgré les quelques problèmes techniques, c'est un des grands concerts que j'ai vus cette année.

En marchant un peu dans la nuit après le concert, Elsa et moi avons décidé de tirer une leçon de cette soirée. Après Mathilde, il y a eu Patrick Watson qui dans la soirée, devant des dizaines de milliers de personnes, a dit avant d'essayer une nouvelle technique (délirante!) pour pouvoir se promener dans la foule: "Bon, ça se peut que ça ne marche pas, mais on va essayer."

Et parfois, ça marche.

dimanche 28 juin 2009

C'est la fête de Mathilde!

 Nous avons fêté aujourd'hui les 10 ans de Mathilde. 10 ans déjà! Mathilde et moi avions décidé de faire une activité cuisine pour la journée. Les copines arrivaient vers 10h du matin. Comme Mathilde avait invité des amies de différents environnements et qui ne se connaissaient pas toutes (amies d'école, voisines, amies de soccer, amie Morgane), nous avons d'abord joué au jeu oû on doit appeler une autre copine; même Étienne s'est bien amusé:



Au lieu d'un sac cadeau au départ des amies, nous avons donné à leur arrivée un petit paquet qui contenait un tablier et une cuiller en bois: 

Les marmitonnes et le petit marmiton sont prêts:

Et on cuisine!


On découvre le plus grand plaisir de faire la cuisine... goûter à ce qu'on prépare :)

Ooooh, regardez, ça va être bon!

On prépare le glaçage... quel plaisir de faire le mélange des couleurs:


Voici les impressionnants résultats!

Le moment tant attendu de Mathilde... les cadeaux (on ne s'en sort pas!):

Étienne avait préparé avec beaucoup d'attention une carte pour sa soeur: il a imprimé une photo de coeur prise sur google image, l'a découpée et collée, puis il a écrit: Je t'aime... très mignon :)

Toutes les copines:

J'ai passé une super jounée à cuisiner avec les filles. Je suis épuisée, j'ai mal aux pieds, mais j'ai beaucoup aimé partager ce bonheur de la cuisine avec 7 petites filles très intéressées et allumées.

vendredi 12 juin 2009

Solitude collective

Texte inspirant aujourd'hui sur le site des (Z)imparfaites, à propos du besoin de temps pour soi quand on est une maman. C'est un thème qui revient constamment sur mon blog, alors un texte comme celui-ci me rassure. Je trouve fascinant de voir comme ce phénomène est commun à tant de mamans.

J'ai réalisé dernièrement que le fait d'avoir besoin de solitude, d'avoir parfois besoin d'une séparation bien claire entre moi et mes enfants pouvait donner l'impression que je n'aimais pas être mère. Il est vrai qu'être simplement mère me comble peut-être moins que d'autres, probablement parce que je n'ai pas une passion des enfants en général. Je n'ai jamais eu envie d'être éducatrice en garderie ou de travailler avec les enfants.

Mais j'adore être la mère de mes enfants. Ma vie tourne autour d'eux; ils sont pour moi une sorte de havre, de repère, de bonheur assuré. Mon rôle de mère est, sans aucun doute, le plus important pour moi. Si je devais choisir entre celui-ci et tous les autres, c'est celui que je prendrais, sans hésitation.

Je refuse cependant de n'être qu'une mère. J'ai besoin d'écrire, de me perdre seule dans mes pensées, de jardiner, de danser, de courir, de lire, d'aimer. J'ai besoin d'être aussi une amie, une soeur, une amoureuse, une amante. Ces moments de recul me permettent d'apprécier pleinement les moments de bonheur que je vis avec mes enfants, ceux que je décris parfois ici et qui donnent l'impression que j'ai une vie de famille idyllique, pour reprendre l'expression d'un ami.

Je suis très proche de mes enfants. Mon mec me trouve parfois un peu trop en fusion avec eux, mais j'aime cette proximité. Mais pour pouvoir leur donner autant de moi, je dois avoir des bouts qui ne sont qu'à moi. Avec le temps, j'apprends à accepter que je suis ainsi, sans culpabilité. Voir comme mes enfants sont heureux, équilibrés, souriants, créatifs, passionnés me permet de me rappeler que je fais un pas si mal boulot.

Et je garderai ce texte des (z)imparfaites à proximité pour mes moments de doutes...

vendredi 22 mai 2009

Un été tout en soccer

Ca y est, le soccer est recommencé à temps plein. Mathilde joue dans l'équipe intercité, ce qui implique des pratiques tous les lundis soirs à 18h30 et des matchs (à Lachine ou ailleurs sur l'île) tous les mercredis à 18h30. Étienne commence sa première saison de soccer; ses pratiques sont... tous les lundis et mercredis à 18h30. :-) L'été sent le soccer... 

J'étais très contente que Mathilde soit choisie pour l'équipe intercité encore cette année, mais j'étais aussi craintive. Pour une raison que j'ignore, je prends ça très à coeur. Souvent l'an dernier je la voyais prendre ça très relax sur le terrain, et je trouvais ça difficile. Pourquoi? Je ne sais pas. Mais je me demande souvent quel doit être notre role de parent. Doit-on pousser nos enfants à se dépasser? Ou les laisser aller, sans jamais les pousser? Je ne veux pas la stresser, mais je crois aussi qu'elle doit apprendre l'importance de faire des efforts, surtout lorsqu'on fait partie d'une équipe de compétition. 

Je suis en train de lire un excellent bouquin sur le sujet (Positive Pushing), qui m'aide beaucoup à prendre du recul. Mathilde adore le soccer, et c'est ce qui compte. Mais j'ai bien aimé une partie du livre qui parle de practical ownership: l'importance de bien faire une activité lorsqu'elle est importante pour nous, d'y mettre les efforts nécessaires, non pas pour gagner ou être le meilleur mais simplement pour la satisfaction envers soi-même. Être fière de soi. 

Dimanche dernier, elle avait une partie hors-concours. Dans l'auto, nous avons discuté elle et moi de son objectif du match. Elle ne savait pas trop, alors je lui ai suggéré deux objectifs: s'amuser et avoir les joues rouges d'effort à la fin de la partie. Elle trouvait que c'était une bonne idée et avait envie d'essayer.  
Le résultat a été génial. Parce qu'elle s'est forcée, elle a très bien joué, ce qui fait que son coach l'a fait jouer plus souvent (comme il manquait une fille), ce qu'elle aime beaucoup. Elles ont perdu le match, mais Mathilde a reçu des félicitations de ses coachs, qui avaient remarqué comme elle fonçait maintenant sur le ballon. Lorsque nous sommes rentrées dans l'auto, je lui ai demandé: "Alors? Tu es fière de toi?" 

Le sourire qu'elle a fait! Elle était si contente! J'ai tout de suite sorti mon téléphone pour prendre une photo:
Pour moi, tout est là, tout est dans ce sourire et ces yeux brillants. Non pas le désir de la victoire, mais le plaisir du jeu, la satisfaction personnelle, cette fierté dans ses yeux. 

*** 

Mercredi dernier, 18h30, nous sommes en route Éti et moi pour sa première pratique de soccer. Il en parle depuis l'été dernier et trouve injuste que sa soeur joue alors qu'il ne peut pas. Il comptait même les dodos avant sa première pratique. Il était très excité, mais j'étais légèrement inquiète. Étienne joue parfois au soccer avec Mathilde et ses copines, mais il utilise souvent la technique du petit-garçon-qui-manipule-les-grandes pour avoir ce qu'il veut: lorsqu'il n'a pas le ballon, il peut se lancer par terre, se mettre à pleurer, faire des mini crises ou tout simplement prendre le ballon dans ses mains et partir en courant. 

Ça marche avec les filles, mais je pouvais juste imaginer le spectacle avec 20 petits garçons de son age. Voici donc notre conversation dans l'auto: 

Moi: Il y a deux choses qu'il ne faut pas faire au soccer. 
Éti: Quoi? 
Moi: On ne peut pas prendre le ballon dans ses mains. 
Éti: Ze sais (il sait toujours tout :). Zuste si il est sorti du terrain. 
Moi: Oui. 
Éti: Ou si tu es le gardien de but. Moi ze vais être le gardien de but. 
Moi: Oui, c'est vrai. Mais il n'y a pas de gardien de but dans ton équipe. 
Éti: Quoi? Alors ze vais pouvoir faire plein de buts? 
Moi: Oui. Aussi, tu ne peux pas pleurer quand tu n'as pas le ballon. 
Éti: Ze sais. De toute façon, ze cours super vite alors ze vais toujours avoir le ballon. 
Moi: Ouen, peut-être. Mais si ça arrive, il ne faut pas pleurer pour ça. 
 Éti: Ze sais. Ze peut pleurer zuste si ze me fais mal. 
Moi: Juste si tu te fais mal pour vrai. 
Éti: Zuste si ça saigne. 
Moi: Voilà. 
Éti: Mais.. si un autre petit garçon a un ciseau et qu'il me découpe, là je peux pleurer? 
Moi: ... Euh, oui. Là tu peux. 

Finalement, ça n'était pas vraiment une pratique, c'était seulement la remise des chandails. Nous sommes donc allés voir Mathilde jouer (et gagner! Yeah!) son premier match de la saison. Mais Étienne a tout de même passé la soirée en uniforme... :-)

 

mardi 19 mai 2009

Petit Étienne deviendra grand

 Ce matin, Étienne et moi avons visité "son" école, là ou il ira en septembre. Il a tellement hâte qu'il en parle souvent. Il était en fait très déçu ce matin lorsque je lui ai expliqué que je le reconduirais à la garderie après la visite, parce qu'il avait compris qu'il commençait l'école ce matin, "pour vrai". Comme ça, sans aucune autre préparation. Il est vraiment prêt. Moi... c'est une autre histoire :) 


La visite était simple; pendant que les parents assistaient à une séance d'information, les enfants faisaient un bricolage avec une éducatrice. La directrice nous a expliqué que l'objectif était en fait d'observer les enfants pour essayer de mieux les distribuer dans les différentes classes en septembre. Comme l'activité principale était le coloriage, j'ai bien peur qu'Étienne soit déjà recalé. Il peut chanter toute la trame sonore des Choristes, reconnaît mes disques à la pochette et sait quelle chanson il préfère ("Franz Ferdinand! Moi j'aime la 2 et la 4!"), est un king des télécommandes et du Xbox, me bat parfois aux dames et souvent à Uno, mais il dessine et colorie comme un enfant de 3 ans légèrement déficient. Enfin. L'important est qu'il a eu beaucoup de plaisir et qu'il a bien hâte de commencer. 

J'ai un peu le coeur gros, mais j'étais rassurée de voir que les autres enfants sont aussi petits que lui, qu'ils sont aussi encore un peu des bébés... Mais je sens que ce sera difficile pour moi en septembre. Je voudrais bien qu'il reste toujours mon petit garçon...



***

Image du futur?

Étienne a le droit de jouer au Xbox le week-end seulement; il attend donc le vendredi impatiemment. Il n'est plus autant accro qu'il l'était au début, mais c'est quand même un moment qu'il aime beaucoup. Vendredi dernier, Mathilde soupait chez la voisine, Étienne avait terminé son repas, et Stéphan et moi profitions de la bouteille de vin du vendredi (à chacun ses dépendances :) lorsqu'il est disparu quelques minutes. Au bout d'un moment, je me suis retournée et je l'ai vu, ainsi:

Il était allé chercher en douce le iPod de Mathilde, l'avait installé comme un pro à ses pantalons et s'était installé bien confo pour jouer au Xbox...

J'ai comme un pressentiment que dans 10 ans, je pourrai prendre une photo similaire. Il aura probablement les cheveux plus longs et des jambes qui tombent du sofa... et sûrement d'autres différences que je n'ose m'imaginer ;-)

lundi 18 mai 2009

Le blues du blog

Depuis fin avril, je manquais d'inspiration. Un genre de manque d'énergie, manque d'intérêt. J'ai écrit la semaine dernière, mais ça m'avait demandé beaucoup de travail, et je n'en ai pas retiré autant de plaisir qu'à l'habitude. Cette léthargie s'était aussi propagée ailleurs dans ma vie. J'avais perdu l'envie de lire, d'aller courir. J'ai même touché le fond jeudi dernier, alors qu'un vendredi Nathalie passé à jardiner ne m'excitait même pas. C'en était trop. 

À essayer d'écrire comment je me sentais, j'ai finalement compris. Il y a eu fin avril beaucoup de changements à mon travail (des mises à pied), et je me retrouve dans une situation stressante depuis. Bon, il y a bien une certaine résistance au changement de ma part, qui est difficile temporairement, mais qui améliorera mon intérêt au travail à long terme. Mais je dois aussi faire face à des situations qui sont difficiles au niveau politique et personnel, et ces situations m'épuisent. Au point où je n'ai plus d'énergie à la fin de la journée pour ce qui, je réalise, m'intéresse vraiment: mes enfants, ma famille, écrire, lire, jardiner. 

Et ça, ce n'est pas acceptable pour moi. Je travaille quatre jours par semaine pour avoir assez d'énergie pour profiter de ma vie. Oui, j'ai envie d'un emploi intéressant, et le mien devenait un peu routinier depuis quelques temps. Mais je réalise aussi que mon travail est assez secondaire dans ma vie. J'aime ce que je fais, même si ça pourrait être parfois un peu plus excitant. Mais j'aime surtout l'équilibre travail-vie personnelle que j'ai réussi à obtenir depuis plusieurs années, et que j'ai perdu depuis un mois, en laissant le travail prendre trop d'importance. 

J'ai beaucoup dormi ce week-end, passé d'excellents moments avec ma famille et mes amis, et j'ai bien l'intention de réussir à prendre une certaine distance face aux événements du travail. Il est plus que jamais clair pour moi que mon travail n'est que mon travail. 

J'ai trop envie du reste de ma vie.





samedi 25 avril 2009

Les plaisirs de la terre... et autres lectures

Je viens de comprendre pourquoi j'aime tant jouer dans la terre, pourquoi mes enfants passent des heures à creuser au fond du jardin, ramasser des vers de terre, arracher les mauvaises (et bonnes!) herbes, creuser des trous pour trouver des trésors.

Une étude publiée dans le journal Neuroscience suggère qu'une bactérie présente dans la terre activerait les cellules du cerveau produisant la sérotonine et créerait un effet similaire aux antidépressants.

“These studies help us understand how the body communicates with the brain and why a healthy immune system is important for maintaining mental health. They also leave us wondering if we shouldn’t all be spending more time playing in the dirt.” - Dr Chris Lowry, Bristol University -Lu sur l'intéressant site Eco Child's Play

Déjà, à 5 ans, Mathilde avait compris le bonheur de jouer dans la terre au point d'avoir le visage complètement taché...

***

J'ai lu avec bonheur un article très inspirant de Boisvert dans la Presse ce matin, sur ce couple qui a fêté ses 50 ans de mariage en courant le marathon de Boston. Je l'ai découpé, il est sur mon frigo. Une histoire toute simple, mais pleine de reflexions et philosophies sur la vie.

***

Ma dernière découverte dans le monde du blog, le décapant Conan: Les bibliothécaires. Tenu par des bibliothécaires anonymes, passionnés de livres et parfois découragés de leurs clients, c'est d'un humour jouissif. Je lis chaque entrée avec bonheur.

***

Je retourne à mon jardin en ce matin sublime. Je suis en manque de sérotonine. :)

samedi 11 avril 2009

La torture du coiffeur

 Nous avons profité du beau temps hier en allant faire un tour en ville. Le prétexte: coupe de cheveux pour les mecs. Nous sommes partis en fin d'après-midi, histoire de marcher un peu, aller au salon de coiffure sur Rachel, souper chez Frites Alors! et déambuler chez Renaud Bray, le magasin qui comble de bonheur les petits et les grands. 


Contrairement à son habitude, Étienne ne voulait pas du tout se faire couper les cheveux, parce que ça allait lui "faire mal". Il s'est donc assis sur la chaise, boudeur mais immobile, refusant d'adresser la parole à Sophie, sa gentille coiffeuse, refusant même de rencontrer son regard. La douce Sophie lui coupait tranquillement les cheveux, en lui parlant gentiment (sans réponse) pour le rassurer. Au bout d'un moment, Sophie a attiré mon attention: "Oooh! Regarde ton fils!"

Il s'était endormi.



Nous avons essayé de le réveiller, sans succès. J'ai du lui tenir la tête pour le reste de la coupe.



Tout le monde au salon a bien rigolé. Étienne continue de prétendre qu'il n'aime pas se faire couper les cheveux, mais il cherche maintenant une meilleure excuse que la douleur... :)

mardi 7 avril 2009

Étienne et la pluie

Depuis que le printemps est de retour, Étienne est toujours dehors. Il vagabonde à l'arrière de la maison, entre les sapins ou derrière les lilas, brandissant toujours un bâton, clamant des incantations quelconques en regardant le ciel, parfois si fort qu'on l'entend de la maison, les fenêtre fermées. Toujours si souriant. Si heureux.

Hier, il pleuvait, alors je lui ai demandé de garder sa tuque (ce n'est pas la pluie qui arrête ses aventures). Il est revenu plus tard, sans tuque, complètement trempé. Je l'ai un peu chicané, et il m'a dit: "Mais maman, z'aime la pluie! Z'aime quand elle tombe sur ma tête!"

Je n'ai pu résister. Il a pu retourner jouer sans tuque, mon Étienne au bonheur facile.

dimanche 22 mars 2009

Fébrilité fragile

Il y a de ces expériences qui vous rentrent dedans.

Hier soir, 6:18 p.m. Je suis à la maison, j'attends le retour de Stéphan, Mathilde et Étienne de l'épicerie pour préparer le souper. Le téléphone sonne. C'est Stéphan. Il me dit calmement qu'Étienne est tombé en convulsions à l'épicerie, l'ambulance s'en vient, est-ce que je pourrais aller à l'épicerie, où il laissera des détails sur l'hôpital où ils seront?

Ouf.

(Tout finira bien. Il a eu un épisode classique d'un "febrile seizure", une convulsion causée par une montée de fièvre. Il avait fait de la fièvre samedi matin (38.7). À l'hôpital, sa fièvre était de 38.5 sous le bras, donc autour de 39.5. Ces convulsions touchent environ 5% des enfants de 6 mois à 5 ans, surtout les garçons. Ce n'est pas dangereux, c'est relativement commun et les chances qu'ils en refassent sont assez faibles.)

J'ai mis mes souliers (sans bas!), mon manteau, je suis partie à l'épicerie. Je tremblais, au bord des larmes, je n'ai jamais fait le chemin aussi rapidement. Je suis même arrivée avant l'ambulance (!). Je me souviendrai toujours de cette scène, l'attroupement autour d'eux, Étienne par terre, sur le coté, tellement blanc, tellement inerte, Stéphan à coté de lui, lui parlant doucement, Mathilde tournant autour, paniquée. Étienne avait repris conscience, mais il était dans un état second, épuisé de sa crise.

L'ambulance est arrivée quelques minutes après moi, et nous sommes allés à l'hôpital de Montréal pour enfants, Étienne et moi en ambulance, Stéphan et Mathilde nous suivant en voiture. Éti allait déjà un peu mieux; il était encore épuisé, encore aussi blanc, mais il arrivait à répondre à nos questions. L'ambulancier était très rassurant, tout comme la médecin que nous avons vue à l'hôpital. Éti s'était rapidement endormi d'épuisement. Nous sommes revenus à la maison vers 10 p.m., après un arrêt chez McDo (demande spéciale d'Étienne, qui s'était réveillé à la sortie de l'hôpital et était redevenu lui-même, parlant non-stop, rêvant d'écouter Star Wars en arrivant à la maison et rigolant comme un petit fou parce qu'il avait pété sur Stéphan).

***

À l'épicerie, Étienne mangeait des morceaux de melon, se promenant tranquillement pendant que Stéphan faisait l'épicerie. Il s'était éloigné une dizaine de secondes, et Stéphan avait demandé à Mathilde d'aller le chercher. Elle est revenue en criant. Stéphan a retrouvé Étienne par terre, sur le ventre, ses morceaux de melons éparpillés autour de lui. Il était crispé et immobile, mais complètement absent, ne répondant pas à ses questions. Il est revenu à lui-même en moins d'une minute, mais il était complètement amorphe.

Je ne peux même pas imaginer avoir été à la place de Stéphan. Voir son enfant effondré ainsi. Nous en avons longuement discuté, et sommes arrivés à la conclusion que nous n'avons peut-être pas été assez à l'écoute de son état hier. Peut-être aurions-nous du essayer de le forcer à se reposer, le garder à l'intérieur. Je ne sais pas. Mais je sais que nous ne sommes pas préparés à ce type d'urgence. Nous avons l'intention de suivre un cours de premiers soins. Ça n'aurait pas prévenu la crise d'hier, mais ça nous aurait préparé à la gérer. Stéphan a très bien réagi, mais j'ai peur que j'aurais paniqué.

****

Nous l'avons gardé au lit avec nous pour la nuit. Depuis ce matin, je regarde son petit visage parfait, sa petite tête, sa concentration alors qu'il joue au Xbox, son sourire lorsqu'il réussit une manœuvre difficile, et j'essaie de superposer ces images à celle de lui par terre à l'épicerie, si blanc, si inerte.

Je ne sais trop quel est le but de ce texte aujourd'hui. Peut-être une façon d'exorciser cette expérience. Ou de me rappeler notre fragilité. Je ne sais pas.

vendredi 6 février 2009

Ici, ainsi, tout petits...

Voilà, c'est fait.

J'ai inscrit Étienne à la maternelle ce matin.

Je sais, ça fait cliché, mais il me semble que c'est hier que j'inscrivais Mathilde, ma grande maintenant en 4e année. J'avais d'ailleurs bien rigolé parce que je l'avais amenée avec moi à l'école et, après seulement 10 minutes, la dame responsable des inscriptions connaissait déjà son nom: "Mathilde! Non, non, tu ne peux monter sur la table!" J'étais à la fois amusée et gênée, convaincue que Mathilde allait être une terreur à l'école (ce n'est pas le cas; oui, c'est vrai, elle parle tout le temps, mais bon, ça court dans la famille).

Je trouve que le temps passe trop vite. Aujourd'hui, je voudrais pouvoir le ralentir un peu, juste un peu, m'obliger à vivre intensément chaque minute avec mes enfants. J'ai parfois peur de me retourner et de réaliser que le temps à passer ensembles raccourcit, qu'il y en a plus derrière que devant nous.

Je voudrais pouvoir arrêter tout, là, maintenant. Les garder avec moi, ici, ainsi, tout petits, encore à moi.

mercredi 21 janvier 2009

Mathilde et la guerre

À 9 ans, Mathilde est de plus en plus exposée à ce qui se passe un peu partout sur la planète, surtout avec La Presse, que mon mec lit à tous les matins. (Étienne est, pour l'instant, seulement intéressé à savoir si le Canadien a gagné). Les photos et les titres qu'elle y lit génèrent souvent des questions pas toujours faciles à répondre.

Je ne sais jamais trop quelle approche prendre. J'avoue que, dans ce domaine, j'ai souvent tendance à vouloir la protéger plutôt que la préparer. Une partie de moi se dit qu'elle découvrira tout cela bien assez vite; le monde est si dur parfois, elle peut bien garder son innocence un peu plus longtemps.

Mais, une chose est claire, les discussions ne sont jamais banales.

Dernièrement, Mathilde me montre une photo troublante d'une jeune enfant palestinienne morte. Sous la photo, la légende suivante: "Un homme transporte le corps d'une jeune palestinienne touchée par un tir fratricide."

- Maman, c'est quoi "un tir fratricide"?

- C'est quand quelqu'un est tué par quelqu'un de son camp, qui est du même coté que lui.

- Ben, comment ça peut arriver?

J'entame une discussion plus technique qui, clairement, est beaucoup trop abstraite pour Mathilde. Je prends donc une approche plus terre à terre:

- Imagine que tu es en guerre avec Monsieur Lalonde.

Monsieur Lalonde, c'est le voisin d'en face.

- Ok.

- Il est caché dans sa haie et tire sur ta maison, et toi tu fais la même chose.

- Oui, je comprends.

- Ben, un tir fratricide c'est comme si Étienne décidait de passer sur le gazon en avant, mais tu ne l'as pas vu, et en voulant tirer sur Monsieur Lalonde, tu tires sur Étienne et il meurt.

Mathilde est au bord des larmes:


- Ben la! Qu'est-ce qu'il faisait là Étienne? Je ne veux pas qu'il meurt!

- C'est hypothétique, Mathilde, c'est pas vraiment Étienne, c'est une façon de te montrer ce que je veux dire. C'est cette petite fille que tu as vue dans le journal, et c'est comme si un soldat de son même pays avait tiré dessus par erreur.

- (maintenant peu impressionnée) En tout cas, la mère du soldat devait pas être contente!

Bon, peut-être que certains de ces concepts sont un peu trop abstraits pour elle.

Hier, elle est arrivée à la maison un peu anxieuse, parce qu'une de ses amies lui avait dit que le Canada serait bientôt en guerre contre la Chine, qui lancerait une bombe et on mourrait tous. (!) La pauvre Mathilde en avait eu mal au ventre d'inquiétude. Après une longue discussion pour la rassurer, on a droit pendant le souper à plusieurs questions sur la guerre, sur les batailles, la différence entre les deux, etc. Puis, on a droit à du grand Mathilde:

- Papa, est-ce que ça peut durer longtemps les guerres?

- Oui. Il y en a même une tellement longue qu'on l'a appelée la Guerre de cent ans.

- Cent ans? Ça a duré cent ans?

- Pas exactement, mais à peu près.

Mathilde est un peu incrédule et convaincue que son père dit n'importe quoi:


- Ben la, ils faisaient comment pour se battre les gens quand ils étaient tous rendus des vieux? (sur un ton un peu ironique) Les mémés, elles tapaient sur les autres à coup de sacoches? Pis les pépés à coup de canes?

On a ri aux larmes, même Étienne qui ne comprenait rien mais qui est toujours prêt à rigoler. Il a fallu expliquer que ce n'était pas les mêmes soldats qui se battaient tout au long de la guerre de cent ans, mais qu'il y avait eu une certaine rotation.

Je ne sais peut-être pas toujours comment répondre aux questions de Mathilde... mais on s'amuse bien chez nous.

mardi 20 janvier 2009

Les matins

J'adore les matins. Je suis une matinale. Certains matins, comme aujourd'hui, je me réveille à l'aube; je sais que je pourrais peut-être parvenir à me rendormir, mais l'idée de descendre au salon et de profiter de la solitude du matin gagne sur le désir de dormir encore un peu. Alors sans faire de bruit, je prends mon livre du moment, mon journal, mon portable, une couverture, je descends doucement les marches et je m'installe sur le divan.

J'ai toujours aimé les matins. Je crois vraiment qu'on nait matinal. Adolescente, je devais me lever tôt pour passer les journaux. J'ai des souvenirs très vifs de ces matins, du bonheur de marcher seule dans les rues à 5h45 a.m. Je me souviens de la pureté de l'air, des couleurs du ciel, du bleu intense de la nuit au bleu mauve de l'aube au bleu clair du jour levé, de cette tranquillité dans les rues de mon quartier, de ce sentiment que la journée, la vie m'appartient, que tout est possible. Mon père aussi était matinal; il était souvent debout à mon retour et nous déjeunions ensembles, en silence, complices du matin.

Mes matins sont un peu différents maintenant, mais ils me sont essentiels. J'aime écrire le matin. Avec des enfants, il est plus difficile d'avoir un peu de temps juste à moi, alors j'en profite le matin. J'aime prendre mon café, seule, assise sur le divan, à regarder le jour qui se lève, à réfléchir, à lire, à rêver, à écrire.

Je prends maintenant le train de 6h24 a.m., et souvent je regarde par la fenêtre le monde qui s'éveille doucement. Les maisons de Montréal-Ouest dont les fenêtres s'éclairent une à une, les phares des voitures qui se suivent sur Décarie, le soleil qui se lève sur le pont Jacques-Cartier. Je suis toujours étonnée de l'aspect lunaire et désertique de la cour Glen, immense site abandonné en face de la station Vendôme, où j'ai pendant quelques secondes l'impression d'être tombée dans un film de science-fiction.

Peut-être nos sens sont-ils plus intacts le matin, non pollués par les bruits, les odeurs, les images de la journée. "L'aube dissout les monstres" a écrit Paul Éluard. Peut-être le matin est-il pour moi simplement la confirmation qu'une nouvelle journée m'est offerte, que tout m'est possible, qu'aucune inquiétude ou tristesse n'est importante. Peut-être tous les matins sont-ils bleus.