dimanche 22 mars 2009

Fébrilité fragile

Il y a de ces expériences qui vous rentrent dedans.

Hier soir, 6:18 p.m. Je suis à la maison, j'attends le retour de Stéphan, Mathilde et Étienne de l'épicerie pour préparer le souper. Le téléphone sonne. C'est Stéphan. Il me dit calmement qu'Étienne est tombé en convulsions à l'épicerie, l'ambulance s'en vient, est-ce que je pourrais aller à l'épicerie, où il laissera des détails sur l'hôpital où ils seront?

Ouf.

(Tout finira bien. Il a eu un épisode classique d'un "febrile seizure", une convulsion causée par une montée de fièvre. Il avait fait de la fièvre samedi matin (38.7). À l'hôpital, sa fièvre était de 38.5 sous le bras, donc autour de 39.5. Ces convulsions touchent environ 5% des enfants de 6 mois à 5 ans, surtout les garçons. Ce n'est pas dangereux, c'est relativement commun et les chances qu'ils en refassent sont assez faibles.)

J'ai mis mes souliers (sans bas!), mon manteau, je suis partie à l'épicerie. Je tremblais, au bord des larmes, je n'ai jamais fait le chemin aussi rapidement. Je suis même arrivée avant l'ambulance (!). Je me souviendrai toujours de cette scène, l'attroupement autour d'eux, Étienne par terre, sur le coté, tellement blanc, tellement inerte, Stéphan à coté de lui, lui parlant doucement, Mathilde tournant autour, paniquée. Étienne avait repris conscience, mais il était dans un état second, épuisé de sa crise.

L'ambulance est arrivée quelques minutes après moi, et nous sommes allés à l'hôpital de Montréal pour enfants, Étienne et moi en ambulance, Stéphan et Mathilde nous suivant en voiture. Éti allait déjà un peu mieux; il était encore épuisé, encore aussi blanc, mais il arrivait à répondre à nos questions. L'ambulancier était très rassurant, tout comme la médecin que nous avons vue à l'hôpital. Éti s'était rapidement endormi d'épuisement. Nous sommes revenus à la maison vers 10 p.m., après un arrêt chez McDo (demande spéciale d'Étienne, qui s'était réveillé à la sortie de l'hôpital et était redevenu lui-même, parlant non-stop, rêvant d'écouter Star Wars en arrivant à la maison et rigolant comme un petit fou parce qu'il avait pété sur Stéphan).

***

À l'épicerie, Étienne mangeait des morceaux de melon, se promenant tranquillement pendant que Stéphan faisait l'épicerie. Il s'était éloigné une dizaine de secondes, et Stéphan avait demandé à Mathilde d'aller le chercher. Elle est revenue en criant. Stéphan a retrouvé Étienne par terre, sur le ventre, ses morceaux de melons éparpillés autour de lui. Il était crispé et immobile, mais complètement absent, ne répondant pas à ses questions. Il est revenu à lui-même en moins d'une minute, mais il était complètement amorphe.

Je ne peux même pas imaginer avoir été à la place de Stéphan. Voir son enfant effondré ainsi. Nous en avons longuement discuté, et sommes arrivés à la conclusion que nous n'avons peut-être pas été assez à l'écoute de son état hier. Peut-être aurions-nous du essayer de le forcer à se reposer, le garder à l'intérieur. Je ne sais pas. Mais je sais que nous ne sommes pas préparés à ce type d'urgence. Nous avons l'intention de suivre un cours de premiers soins. Ça n'aurait pas prévenu la crise d'hier, mais ça nous aurait préparé à la gérer. Stéphan a très bien réagi, mais j'ai peur que j'aurais paniqué.

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Nous l'avons gardé au lit avec nous pour la nuit. Depuis ce matin, je regarde son petit visage parfait, sa petite tête, sa concentration alors qu'il joue au Xbox, son sourire lorsqu'il réussit une manœuvre difficile, et j'essaie de superposer ces images à celle de lui par terre à l'épicerie, si blanc, si inerte.

Je ne sais trop quel est le but de ce texte aujourd'hui. Peut-être une façon d'exorciser cette expérience. Ou de me rappeler notre fragilité. Je ne sais pas.