dimanche 16 janvier 2011

Page 212 du catalogue Sears

Le week-end dernier, Mathilde arrive en courant dans la cuisine. Elle est clairement dans tous ses états.

- Maman! Tu devineras jamais! C'est épouvantable!
- Quoi?
- C'est Étienne! Je l'ai trouvé en train de lire le catalogue Sears! À LA PAGE DES BRASSIÈRES!!!!

Bon.

Étienne arrive en courant 30 secondes plus tard, le catalogue Sears dans les mains à la page des brassières beiges de matantes, presque en larmes.

- Maman! C'est juste que je lisais le catalogue et que j'étais rendu à cette page-là!

Bon.

J'ai d'abord pris Étienne à part. Je lui ai expliqué que c'était correct, qu'il avait le droit de regarder le catalogue Sears autant qu'il voulait, même les madames en brassière. J'ai ensuite pris Mathilde à part. Je lui ai expliqué que, un, ça n'était pas à elle de jouer à la maman avec Étienne et que, deux, il n'y avait absolument rien de mal à regarder les madames en brassière.

De tous les domaines d'éducation parentale, la sexualité est celui qui me préoccupe le plus. Je n'ai pas envie que la sexualité soit un sujet tabou, un plaisir honteux ou encore un truc dont on ne parle jamais, qu'on ne comprend pas trop. J'ai envie que, lorsqu'ils soient adultes, la sexualité fasse partie intégrante de leur vie amoureuse (on parle encore ici de dopamine et d'endorphine, soit dit en passant). Mais je ne veux pas non plus leur donner l'impression que tout est permis à l'adolescence.

Peut-être parce que ce sujet me préoccupe, j'ai beaucoup lu sur la sexualité et l'adolescence. Et je ne suis pas rassurée. En partie à cause d'internet, la sexualité des jeunes d'aujourd'hui est très différente de celle des générations précédentes. Au lieu de magazines playboy ou d'imagination pour nourrir leurs fantasmes, les jeunes garçons ont accès à des images et films de sexualité très hard sur internet. Cette sexualité devient pour eux la norme, et les effets de cette normalisation sont inquiétants: hypersexualisation des filles, banalisation de pratiques sexuelles extrêmes, incapacité de rentrer en relation à l'âge adule, et j'en passe. En fait, les articles sont souvent si dérangeants que j'ai parfois de la difficulté à les terminer.

Dans les prochaines années, j'aurai à faire l'éducation sexuelle de mes enfants, et ça m'inquiète. Je devrai apprendre à Mathilde à respecter son corps et ne pas se laisser influencer. Je devrais apprendre à Étienne à respecter ses blondes, lui expliquer la différence entre la réalité et ce qui existe sur internet. Je devrai aussi essayer de déterminer quand intervenir ou non, discerner ce qui est une curiosité normale d'un comportement à surveiller. Et avec Mathilde qui débute le secondaire l'an prochain, tout ça s'en vient pas mal plus vite que je ne le voudrais.

Bon.

En attendant, je croise mes doigts qu'Étienne ne découvre pas le catalogue Victoria's Secret trop vite...

lundi 3 janvier 2011

Deux plaques

La maternelle fut très difficile pour Étienne. L'école n'est pas faite pour les petits garçons, du moins ceux qui préfèrent bouger et courir plutôt que bricoler. On lui a donc reproché toute l'année de ne pas rester assis pendant les bricolages, de parler dans les corridors, d'être trop enthousiaste dans la classe. Parce qu'il n'avait jamais assez de bonhommes sourires à la fin de la semaine (foutus systèmes d'émulation), il n'avait jamais droit à la récréation récompense du vendredi après-midi (qu'il aimait tant) et devait donc rester à l'intérieur...faire du bricolage. Quelle tristesse pour moi de voir dégringoler l'estime de soi de mon petit garçon pourtant si passionné, si enthousiaste, si intéressé d'apprendre.

Pendant les vacances d'été, les enfants sont allés quelques semaines au camp Edphy, un camp de jour orienté sur l'activité physique. Après la première semaine, Étienne est revenu à la maison avec la plaque du "Participant de la semaine", le grand prix donné à celui qui, dans son groupe d'âge, s'est démarqué par sa participation, sa bonne humeur, son enthousiasme, son écoute. Il s'est promené avec sa plaque pendant quelques heures, puis nous l'avons mis fièrement sur le manteau de la cheminée. À la fin de la deuxième semaine, Étienne est revenu... avec une deuxième plaque du Participant de la semaine. J'espérais que ces plaques l'aideraient à reprendre confiance en lui, à laisser derrière lui l'expérience de l'école.

Clairement, je n'avais pas réalisé à quel point ces plaques étaient importantes.

Au bout de quelques semaines, j'ai enlevé les plaques du salon et je les ai mises dans une boite dans le garde-robe de sa chambre. Quelques semaines plus tard, je les ai retrouvées à nouveau sur le manteau de cheminée. Je les ai laissées là quelques temps, puis je les ai de nouveau rangées dans son garde-robe.

Hier, je les ai retrouvées à nouveau dans le salon:


J'ai finalement compris. Je vais les laisser là aussi longtemps qu'il en a envie.