vendredi 26 novembre 2010

Parvana (ou Mathilde et les talibans)

Pour notre club de lecture de novembre, Mathilde et moi avons à lire Parvana, Une enfance en Afghanistan, roman racontant l'histoire d'une petite afghane de 11 ans dont le père est arrêté par les talibans. Pour subvenir aux besoins de sa mère et ses soeurs, elle devra se transformer en garçon afin de circuler dans les rues de sa ville.

Encore une fois, Mathilde n'avait pas envie de lire le livre, même si elle voulait à nouveau participer au club. Nous avons donc commencé à lire le livre ensemble, ce qu'elle aime beaucoup. Mais le quotidien de Parvana est si différent du nôtre, si rempli de termes qui n'évoquent rien pour Mathilde--tchador, tchadri, talibans--qu'elle n'arrivait pas à bien concevoir le monde dans lequel vit Parvana.

Alors j'ai eu une idée.

Depuis environ un an--en fait, depuis que j'ai lu Le violoncelliste de Sarajevo--il m'arrive d'avoir recours à Google Image pendant la lecture d'un livre. J'ai parfois l'impression que de visualiser les lieux d'un récit me permet de le vivre un peu plus. Ce fut particulièrement le cas avec les photos de Sarajevo pendant le siège. Le quotidien de Flèche, Kenan et Dragan me semblait plus réel, plus aride après avoir vu les rues ensanglantées de Sarajevo, ses bâtiments démolis, ses cadavres abandonnés.

Par AfghanistanMatters
Alors j'ai préparé pour Mathilde des photos de burqa, de Kaboul, de talibans, de maisons en ruines, que nous avons regardées tranquillement.

 Et depuis, Mathilde lit Parvana à tous les jours pendant ses périodes de lecture à l'école, parce qu'elle en a envie, et le soir nous lisons un chapitre ensemble. Je crois que maintenant qu'elle visualise un peu mieux le monde de Parvana, elle apprécie plus le récit de ses aventures.

J'aime l'ouverture sur le monde qu'offrent les livres, et j'aime accompagner Mathilde dans cette découverte.

***

J'écris ce texte sur mon portable, assise à la table, alors qu'Étienne--enfin libéré de sa conséquence--joue à Club Pingouin sur l'autre portable, juste à côté de moi. Souvent il s'arrête pour me serrer très fort dans ses bras. "On s'aime nous deux maman!"

Oui, on s'aime.

dimanche 21 novembre 2010

Graffiteur en devenir

Tout a commencé par des dessins faits au crayon de cire sur le plancher de sa chambre. Sur sa porte. Sur sa table de chevet. Et sur son bureau.

On peut comprendre ce comportement à 2 ou 3 ans, quand on ne sait pas encore qu'il ne faut pas dessiner sur les murs. Mais à 6 ans, même si ça semble très cool, on sait très bien que ça n'est pas une bonne idée. Il faut croire que la tentation était trop forte, car Étienne s'en est donné à cœur joie la semaine dernière. Comme conséquence, il a du tout nettoyer et a perdu ses droits d'écran (xbox et jeux à l'ordi) pour deux jours. Un supplice, à l'entendre pleurer.

Mais clairement, la conséquence n'était pas à la hauteur.

Ce week-end, en nettoyant la table alors qu'Étienne joue dehors avec son meilleur ami, je découvre ceci:



Le nom Étienne. Gravé sur la table de la salle à manger. Justement à la place où il s'assoit tout le temps. Plutôt facile d'identifier le coupable.

Mon mec et moi, un peu découragés, discutons d'une conséquence à la hauteur. Puis nous le faisons rentrer. Il s'assoit à la table, face à son graffiti.

- Qu'est-ce qu'il y a?

Il a un grand sourire, les joues rouges, la tuque en train de tomber. Il n'a aucune idée de ce que nous voulons lui dire et a juste envie de retourner dehors.

Mon mec pointe le graffiti. Le sourire tombe. Oups.

- Étienne, qui a fait ça?

Il ne répond pas. Étienne n'a jamais tort. Jamais il ne veut admettre la moindre faute. Mon mec demande à nouveau:

- Étienne, qui a fait ça?
- Est-ce que la personne qui a fait ça va se faire chicaner?
- L'important c'est de dire la vérité. Qui a fait ça?
Silence.
- Étienne, je te le demande pour une dernière fois. Qui a fait ça?
- M-O-I. (Peut-être qu'en épelant les lettres au lieu de dire le mot, on admet moins sa culpabilité?)
- Pourquoi tu as fait ça?

Silence. Il cherche très fort une bonne raison, mais il n'en trouve pas. Pendant ce temps, Zac l'attend dehors.

- Étienne, peux-tu nous expliquer pourquoi tu as fait ça?
- KWAK! KWAK! KWAK! KWAK!

Je me retourne. Par la fenêtre, je vois Zac qui court sur le gazon, battant intensément des bras, se prenant vraisemblablement pour une corneille. J'essaie de ne pas rire. C'est difficile.

- Étienne, est-ce que tu penses que c'était une bonne idée?
- Non. (Il baisse la tête). Je n'aurais pas dû.
- Non, tu n'aurais pas dû. Comme conséquence, tu vas perdre tes droits d'écran pendant cinq jours.
- Cinq jours!!! Est-ce que je vais pouvoir écouter la télé un peu au moins? (Tout se négocie avec Étienne).
- KWAK! KWAK! KWAK! KWAK!

Zac repasse près de la fenêtre.

- Tu devras aussi écrire la phrase "Je ne dois pas écrire sur la table" plusieurs fois, pour bien comprendre.
- Okay, oui.
- C'est bon, tu peux retourner jouer maintenant.


***

Je ne sais s'il a compris cette fois. Mais, malgré le sérieux de sa bêtise, je ne peux faire autrement que de trouver tout ça un peu drôle. Ce qu'il a fait n'a aucun bon sens, aucune allure, mais il y a quelque chose de très Étienne dans cette bêtise. Il fait ce qu'il a envie de faire et fait toujours tout avec enthousiasme. Ses bêtises sont souvent exploratoires, toujours sans malice. Ça devait être assez cool d'écrire son nom sur la table, non?

J'héberge peut-être un graffiteur en devenir, un futur artiste, un grand dessinateur. J'espère tout de même qu'à l'avenir, il choisira autre chose que le mobilier de la maison pour exprimer son art.

dimanche 7 novembre 2010

Conversation de banquette arrière

Cet après-midi, nous sommes en route vers la grande bibliothèque, accompagnés de Zac, le grand ami d'Étienne. Il  vient de voir le signe de la compagnie pour laquelle son papa travaille.

- Hey, Étienne, regarde, c'est là que mon père travaille!
- Où ça?
- Là, en vert et blanc.
- Oui, je le vois.
- C'est là que tu veux travailler quand tu es grand.
- Pourquoi?
- On te donne 40 argents par semaine!
- 40 argents? Moi je voudrais plus, genre, mille dollars.
- Mais ça dépend, si tu es directeur, là tu as 50 argents.
- ...
- Et le mieux, c'est boss. Là tu as 60 argents par semaine!

***

- Étienne! On est près du Centre Bell!
- Où ça?
- Juste là, avec le signe du Canadien.
- Oui, je le vois.
- Je suis allé voir le Canadien avec mon père hier. Mais ils ont perdu. Mais il y en a qui étaient vraiment chanceux, ils ont fait un tour de Zamboni!
- Une quoi? Une Zamboni?
- Oui, c'est la machine pour arranger la glace. (Suit ensuite une longue discussion sur la façon dont on fait la glace, est-ce qu'il y a de l'herbe en dessous de la patinoire comme au parc, ou est-ce que c'est plutôt des roches ou même de la neige?) Mais les joueurs du Canadien, il ne sont vraiment pas chanceux, parce que c'est sous la patinoire qu'il y a leur douche.
- Leur douche?
- Ben oui, ils prennent leur douche après le match. Mais tu sais pas quoi Étienne?
- Quoi?
- Ils doivent la prendre devant tout le monde! Tout nu devant tout le monde!
- Ben d'abord moi je vais jamais jouer au hockey!
- Moi non plus.
- Ou si je joue pour le Canadien, je garde mon habit et je vais prendre ma douche chez nous.
- Ouen, moi aussi.


***

Les petits mecs sont craquants :-)