samedi 23 octobre 2010

La cigale et la fourmi version Club Pingouin

Il y a de ces jours où avoir des enfants nous plonge dans une atmosphère complètement surréaliste.

Les enfants adorent jouer à Club Pingouin, un jeu en ligne dans lequel les joueurs prennent la forme d'un pingouin et se promènent dans un monde virtuel enneigé, où ils participent à des aventures et ramassent des points qu'ils utilisent ensuite pour acheter de l'équipement pour leur pingouin (allant d'une maison igloo à des "puffles", espèce de bibittes à poil qu'il faut nourrir).

Ils adorent tellement qu'il a fallu leur imposer des limites de temps bien précises. Mais bien qu'ils jouent ensemble, chacun sur leur ordi, et se rencontrent dans ce monde virtuel, leur approche est un peu différente...

Extrait d'une conversation entre Mathilde et Stéphan hier, après un 30 minutes de Club Pingouin:

- C'est vraiment chill papa le club pingouin. On peut ramasser des points et se bâtir une maison.
- Ah oui?
- Oui, la mienne est super grande et super belle, et je l'ai vraiment bien décorée. Il y a de la place pour tous mes puffles (prononcé à l'anglaise version enfant de 11 ans).
- Étienne aussi a une grosse maison?
- Non! Étienne il fait n'importe quoi!
- Qu'est-ce que tu veux dire?
- Ben il dépense tout le temps ses points n'importe comment. Sa maison est super petite, il a juste une boule disco au plafond comme décoration. Pis il a juste deux puffles parce qu'ils s'en vont tout le temps, il ne s'en occupe pas bien.
- Qu'est-ce qu'il fait avec ses points?
- Ben, il passe son temps à s'acheter du nouveau linge avec ses points, et après il s'habille cool et il va danser et jouer de la musique avec ses amis.

Ben coudonc.

***

Après vérification ce matin, la maison d'Étienne est un mini bocal avec une boule disco, des éclairages de scènes au plafond, un micro, et son pingouin ressemble à Albert Einstein version musicale.



Mathilde a quant à elle plusieurs maisons qu'elle choisit et décore selon le gout du jour; ce matin, elle avait transformé une de ses maisons en classe pour "puffles" avec pupitres et casiers.



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Je n'aurais jamais imaginé que Club Pingouin puisse être aussi fascinant.

jeudi 14 octobre 2010

Lecture partagée

J'ai découvert l'été dernier que ma bibliothèque organisait des clubs de lecture mère-fille, réservées aux filles de 10 et 11 ans. Évidemment, mon esprit s'est emballé. Je nous voyais, Mathilde et moi, discutant passionnément de livres devant un chocolat chaud, comparant nos impressions, après une rencontre du club.

J'ai une imagination fertile et un peu trop romantique.

Nous sommes revenues de la bibliothèque avec notre livre à lire pour la première rencontre, La grande quête de Jacob Jobin de Dominique Demers. Première réaction de Mathilde:

"Ben là. C'est un livre de gars."

En effet, le livre raconte l'histoire de Jacob, un ado de 13 ans, qui se retrouve bien malgré lui dans un monde fantastique, rempli d'elfes, de fées et de petites bêtes poilues. Mathilde aime les romans d'amour et les histoires de filles. Pas les romans fantastiques avec des petites bêtes poilues.

Pendant plusieurs jours, le livre a trainé dans sa chambre sans qu'elle s'y intéresse, malgré mes efforts. J'étais un peu confuse. Je ne voulais pas l'obliger à lire un livre qui ne l'intéresse pas (je sais comme ça peut être pénible!), mais j'avais tout de même envie qu'elle essaie au moins une fois l'expérience d'une discussion de livre avant d'abandonner.

Sur la suggestion d'une copine, j'ai proposé à Mathilde que nous lisions le début du livre ensemble, comme nous le faisions quand elle était plus petite. Mardi soir, nous nous sommes installées sur son lit; j'ai lu la première page, elle a lu la deuxième. À la fin du premier chapitre, on apprend la disparition du frère de Jacob. Mystère! Elle était accrochée. Et très contente, tout comme moi, de retrouver cette ancienne complicité. "Maman, est-ce qu'on pourra commencer tous les livres comme ça, en les lisant ensemble?" Douce Mathilde.

Depuis, nous comparons nos lectures en fin de journée. Je ne crois pas que ce livre sera un coup de cœur pour elle, mais je crois qu'elle apprécie ces échanges, et je me promets de lire encore quelques chapitres avec elle.

Et d'aller boire un chocolat chaud dans un café pour fêter la fin de cette première lecture partagée.

vendredi 8 octobre 2010

Clé des champs

Samedi dernier, Mathilde passait son examen d'admission au secondaire. Pour souligner cette étape importante, nous avions prévu un massage entre filles en après-midi, mais tout était complet. J'ai donc demandé à Mathilde ce qui lui ferait plaisir. Je m'attendais à ce qu'elle suggère une de ses activités préférées: aller magasiner ensemble, aller au ciné ou au resto. Elle a réfléchi pendant quelques minutes, puis elle a dit:

"Une clé. Je veux ma clé de la maison."

À 11 ans, Mathilde est à la frontière entre l'enfance et l'adolescence, oscillant entre les deux mondes. Elle rêve de liberté, mais dans le confort de la sécurité familiale. À la visite du collège il y a deux semaines, elle a pris ma main un peu avant de passer la porte d'entrée, comme elle le faisait toute petite au moment de traverser la rue. Elle ne voulait pas appliquer à un collège international près d'ici, parce que leur programme est axé sur les voyages, et qu'elle ne peut s'imaginer partir sans nous pour plus d'une soirée.

Mais en même temps, elle veut revenir seule après l'école, demande à garder son frère, rêve d'aller magasiner seule avec sa copine. Et elle fait preuve parfois d'une maturité déroutante. Une de nos inquiétudes avec le secondaire était que l'école publique locale a bien mauvaise réputation et est loin d'être un environnement idéal. Lorsqu'elle a appris mercredi qu'elle avait été admise au collège de son choix, elle nous a dit: "Tu sais maman, je suis bien contente d'aller au collège. Mais je pense que peu importe l'école où on va, si on veut vraiment quelque chose, on va y arriver. Quelqu'un qui a vraiment envie d'être professeur pourrait aller à cette polyvalente et réussir très bien, sans problème. C'est ce qu'on veut qui compte."

Sage Mathilde.

Je lui ai donc acheté un petit porte-clé, à la fois similaire au mien et un peu différent, et nous sommes allés à la quincaillerie en famille samedi lui faire un double de notre clé. Son porte-clé voisine maintenant nos porte-clés à nous, attendant patiemment d'être utilisé, symbole d'un premier pas vers l'indépendance d'une petite fille.