Mathilde, Étienne et moi sommes partis vers 7h35, après avoir écouté une chanson des petites tounes, à la demande d'Éti. Il a choisi "Belle journée", qui raconte l'histoire d'un enfant heureux parce qu'enfin il pleut. Nous avons tous les quatre chanté avec enthousiasme "C'est une belle journée / Je peux enfin me promener / Avec mes bottes de pompiers". Moment de grands sourires et d'intensité.
En route, Étienne me demande:
-Maman, aujourd'hui est-ce que tu restes avec moi, ou je vais y aller tout seul?
-Tu y vas tout seul, mon lapin.
-YESSS!!!
Bon.
Dans la petite cour des maternelles, tout allait bien, malgré l'air à la fois excité et légèrement inquiet d'Étienne, malgré que je le trouvais soudainement si petit parmi tous ces enfants, son sac à dos de Transformers si grand.
Et puis la cloche a sonné.
Et j'ai compris que, pour moi, c'était là, maintenant, la vraie première journée. La dernière première journée d'école. J'avais le coeur si gros que j'ai du mettre mes lunettes de soleil pour qu'il ne voit pas le débordement. Il s'est digiré vers sa professeure, sans même un regard pour moi. Lorsque son groupe a pris son rang pour rentrer en classes, il s'est retourné une dernière fois, d'une voix un peu tremblante a crié: "Bye maman!" puis il est reparti, en gambadant, rigolant avec sa copine de garderie Kayla.
J'ai marché vers le bord de l'eau, si à l'envers que je respirais à peine, larmes coulant sur mes joues. Et je me suis mise à courir. Magnifique exutoire... Sur fond de Portishead (A taste of life / I can't describe), Vampire Weekend, Moby, Chemical Brothers, j'ai exorcisé ma peine pendant près de 50 minutes. Il me semblait qu'à chaque pas je laissais derrière moi ma tristesse, le désir illusoire de vouloir arrêter le temps, mes rêves impossibles, ma nostalgie de ce qui a été mais ne sera plus. Je suis rentrée chez moi le coeur un peu plus léger.
Moi aussi, peut-être, j'amorce une nouvelle aventure.