vendredi 28 août 2009

We carry on

Finalement, la vraie première journée était ce matin.

Mathilde, Étienne et moi sommes partis vers 7h35, après avoir écouté une chanson des petites tounes, à la demande d'Éti. Il a choisi "Belle journée", qui raconte l'histoire d'un enfant heureux parce qu'enfin il pleut. Nous avons tous les quatre chanté avec enthousiasme "C'est une belle journée / Je peux enfin me promener / Avec mes bottes de pompiers". Moment de grands sourires et d'intensité.

En route, Étienne me demande:
-Maman, aujourd'hui est-ce que tu restes avec moi, ou je vais y aller tout seul?
-Tu y vas tout seul, mon lapin.
-YESSS!!!

Bon.

Dans la petite cour des maternelles, tout allait bien, malgré l'air à la fois excité et légèrement inquiet d'Étienne, malgré que je le trouvais soudainement si petit parmi tous ces enfants, son sac à dos de Transformers si grand.

Et puis la cloche a sonné.

Et j'ai compris que, pour moi, c'était là, maintenant, la vraie première journée. La dernière première journée d'école. J'avais le coeur si gros que j'ai du mettre mes lunettes de soleil pour qu'il ne voit pas le débordement. Il s'est digiré vers sa professeure, sans même un regard pour moi. Lorsque son groupe a pris son rang pour rentrer en classes, il s'est retourné une dernière fois, d'une voix un peu tremblante a crié: "Bye maman!" puis il est reparti, en gambadant, rigolant avec sa copine de garderie Kayla.

J'ai marché vers le bord de l'eau, si à l'envers que je respirais à peine, larmes coulant sur mes joues. Et je me suis mise à courir. Magnifique exutoire... Sur fond de Portishead (A taste of life / I can't describe), Vampire Weekend, Moby, Chemical Brothers, j'ai exorcisé ma peine pendant près de 50 minutes. Il me semblait qu'à chaque pas je laissais derrière moi ma tristesse, le désir illusoire de vouloir arrêter le temps, mes rêves impossibles, ma nostalgie de ce qui a été mais ne sera plus. Je suis rentrée chez moi le coeur un peu plus léger.

Moi aussi, peut-être, j'amorce une nouvelle aventure.

jeudi 27 août 2009

Cet espace entre la fin et le début

Ce matin était la première journée d'école pour Mathilde et une visite de la maternelle pour Étienne. C'était une première qui n'en était pas vraiment une, puisque que nous restions ensembles dans sa classe. Il commence l'école pour vrai demain, mais pour deux heures seulement. Lundi est la vraie première journée complète, mais ça ne sera pas vraiment une première, puisqu'il sera déjà allé à l'école seul sans moi.

Cette rentrée progressive est très frustrante pour Étienne, qui était prêt pour "la vraie école" ce matin. Mais, en fait, je crois que cette rentrée est pour les parents. Je deviens si confuse avec toutes ces premières qui n'en sont pas vraiment que bientôt ça fera une semaine qu'il sera à l'école et je n'aurai pas encore pleuré cette étape, parce que j'attendrai encore la vraie première.

Alors que je vogue dans la nostalgie, Étienne ne voit que ce qui s'en vient, l'ivresse de ce nouveau projet. Hier, nous avons dit adieu aux éducatrices de la garderie. J'avais les larmes aux yeux et la gorge si serrée que je n'arrivais plus à parler, mais Étienne avait juste envie de rentrer à la maison, me regardait bizarrement, répétait que non, il n'allait pas "dire au revoir à tout le monde, c'était quoi ce truc?"

À son âge, il ne voit que ce qui s'en vient, mais ne réalise pas que toujours, lorsque qu'on amorce une nouvelle aventure, on laisse quelque chose--ou quelqu'un--derrière soi.

Il semble détaché, indifférent à tout ceci, mais je crois qu'il sent lui aussi qu'il est à l'aube d'un passage. Je le sens très fébrile, très sensible. Après une enième chicane avec sa soeur tout à l'heure, il est venu me voir et m'a tendu les bras, comme lorsqu'il était tout petit et voulait que je le prenne.

Je l'ai pris dans mes bras et nous avons dansé doucement sur Elsiane. Pendant au moins deux chansons nous sommes restés ainsi, ses petits bras me serrant très fort, sa tête enfouie profondément dans mon cou. Puis, rassuré, il s'est éloigné et est reparti jouer.

Et je suis restée là, les bras vides, entre la fin et le début...

dimanche 23 août 2009

C'est la fête d'Éti... et le début d'une tradition

Cette année, Étienne a eu une brillante idée pour fêter ses 5 ans: aller en camping avec ses cousins.

J'ai déjà lu que les moments de bonheur qu'on vit dans l'enfance ont un impact direct sur le cerveau, sculptant des chemins qui seront de plus en plus simples à prendre, rendant le bonheur plus "facile." À voir les six cousins passer d'un terrain à l'autre en toute liberté, se cacher dans les bois pendant des heures, partager leurs trucs sans hésitation, courir dans le noir avec leurs lampes de poche, plonger dans le lac et replonger encore, j'avais l'impression d'assister à la création d'une quantité incroyable de neurones de bonheur... 

J'ai aussi adoré passer du temps tranquille avec mes soeurs, partager une bouteille de vin en préparant le souper, boire un café le matin, bien confortablement assises, à discuter de tout et de rien. J'adore le camping, parce qu'il nous ramène à l'essentiel: manger, faire du plein air, dormir, profiter du moment présent puisqu'on n'a nulle part d'autre où aller, rien d'autre à faire.

Nous nous sommes quittées en nous promettant que c'était le début d'une tradition familiale...

dimanche 9 août 2009

Nager dans l'absurdité

Je trouve souvent que, pour apprécier pleinement les enfants, il faut embrasser l'absurdité, si souvent présente grâce à eux. Comme cette discussion d'avant le dodo avec Éti. Un de nos rituels de famille (trop souvent laissé de coté, malheureusement) est de nommer nos 5 bonheurs de la journée. Ce sont 5 moments, petits ou grands, qui nous ont apporté du bonheur dans notre journée. Pour moi, il y a souvent ma première gorgée de café le matin, une course au soleil, aller chercher les enfants à l'école/la garderie, le calin du matin d'Éti-aux-yeux-encore-collés. Mais Éti, parfois si sinistre, préfère parler de ses moments sombres.

Nous sommes couchés sur son lit, la lumière fermée, à faire nos calins; je lui demande:
- On dit nos bonheurs de la journée?
- Ok. Mais moi ze veux parler de mon moment triste.
- Ok, mais juste un et après on fait nos bonheurs. C'était quand ton moment triste?
- Quand z'ai pleuré tantôt, parce que Sylvain m'a chicané.
- Oui, mais il ne faut pas lancer les tomates de Sylvain dans sa piscine. D'abord, c'est ses tomates à Sylvain, et en plus c'est une mauvaise idée de les mettre dans la piscine.
- Ze sais. (Il pense. Il aime bien avoir le dernier mot). Mais si c'était mes tomates à moi? Ze pourrais les lancer dans la piscine?
- Oui, tu pourrais, mais juste si c'était ta piscine à toi. Ta piscine à toi quand tu seras grand (je ressens le besoin de préciser).
- Ok. (Il pense encore.) Mais un poisson?
- ...un poisson?
- Oui, si z'ai un poisson dans les mains, lui ze pourrais le lancer dans la piscine?
- Euh... (je suis confuse). Ben, s'il est vivant, et qu'il a besoin d'eau pour vivre et qu'il n'y en a pas d'autre proche, j'imagine que oui.
- Mais s'il est mort? Là ze peux?
- Non, s'il est mort, tu ne peux pas, quand même.
- Mais... s'il est vivant, mais que c'est un poisson qui mord, là ze peux?
- Euh... on fait nos bonheurs?

J'adore l'humour absurde. :-)

jeudi 6 août 2009

Apprendre à ne rien faire

Après une semaine passée à la plage, nous en sommes à notre dernière semaine de vacances. Mon mec est de retour au travail, alors les enfants et moi en profitons pour faire des petites excursions--Parc Safari avec tante Mylène, achats de fournitures scolaires (quoi de plus excitant qu'un sac à dos de Transformers pour commencer la maternelle?), la Ronde avec les amies vendredi.

Et entre ces activités... on ne fait rien. Avec bonheur.

J'ai beaucoup besoin de temps à moi, et je remarque la même chose chez mes enfants. Ils ne le demandent pas directement, mais l'expriment dans leurs gestes. Ils sont restés en pyjama jusqu'à 13h00 hier, et c'est l'idée d'aller acheter les fournitures scolaires (ils adorent) qui les a poussés à bouger.

Nous avons encore passé la matinée en pyjama aujourd'hui, eux à jouer aux playmobil dans le salon (ils ont construit une ville incroyable), moi assise dans mon grand fauteuil blanc, prenant le temps de boire mon café, le soleil chauffant mon visage, à lire un petit bonheur de livre.

Une partie de moi trouvait un peu poche l'idée d'une semaine de vacances à ne pas faire grand chose. Mais je réalise que mes enfants en ont besoin... et moi aussi. Peu importe ce qu'on en dit, nos petits vivent leur enfance à un rythme beaucoup plus intense que nous l'avons vécue. Je me souviens d'étés passés à lire, de longues marches vers la bibliothèque du Séminaire pour aller chercher mon maximum de 3 livres, que je lisais en une journée ou deux, pour retourner encore à la bibliothèque. Aucune heure de levée imposée, aucune heure de coucher obligatoire. On pouvait vivre à notre rythme.

Mes enfants connaissent probablement peu leur propre rythme, puisqu'ils vivent toute l'année à un rythme qu'on leur impose. Mathilde est en congé d'école, mais elle doit tout de même se lever pour aller au camp de jour. Elle adore le soccer, mais jouer intercité implique qu'elle a un match et maintenant deux pratiques par semaine. Je suis souvent en train de la pousser pour qu'on ne soit pas en retard: "Math, prépare ton sac de soccer. Math, on doit partir dans 5 minutes si on ne veut pas être en retard. Non, tu n'as pas le temps de manger tes biscuits; apporte-les dans l'auto."

Je réalise que je trouve ça un peu triste. J'aurais envie qu'ils aient plus souvent le temps de s'ennuyer, de découvrir leur propre rythme. C'est peut-être le temps de lire de livre de Carl Honoré.

Il nous reste au moins encore quelques journées à ne pas faire grand chose. Avec bonheur.