vendredi 30 décembre 2011

"Même si on a vomi, c'était de belles vacances!"

Encore une fois, nous avons été victimes de la gastro pendant le temps des fêtes.

Et cette fois, elle fut particulièrement vicieuse. Ce fut d'abord moi qui ai eu mal au coeur et au ventre pendant toute une journée, juste après Noel. Puis Étienne, qui a été malade pendant trois nuits. Le jour, il courait, s'amusait, rigolait, mais mangeait peu. Et la nuit... "maman!!!". Courses folles vers la toilette, larmes, longs moments à caresser un petit dos tout maigre pour aider le mal de ventre à passer. Stéphan se remet tranquillement d'un mal de ventre qui durait depuis quelques jours. Seule Mathilde semblait s'en tirer... jusqu'à la nuit dernière. Mais elle récupère très rapidement, beaucoup plus que nous tous en fait.

Le seul hic est que nous avions réservé dans un hôtel à Tremblant pour quelques jours, histoire de faire un peu de ski et prendre de petites vacances. Lorsque la gastro nous est tombée dessus, il était trop tard pour annuler. Nous sommes donc tout de même partis, et ce fut une excellente idée. Nous avons réussi à faire du ski, nous reposer, lire, dormir. Les enfants ont bien profité de la piscine, source de grand bonheur pour eux. Ce matin, alors qu'ils étaient étendus sur leur lit, Étienne bien reposé de sa longue nuit de sommeil, Mathilde encore un peu blanche de sa nuit difficile, ils se racontaient leurs petits bonheurs des vacances. "Mathilde, même si on a vomi, c'était de belles vacances, hein?"

Rien de tel qu'un enfant pour voir un peu de bonheur partout.

***

J'aime bien ces petites pauses hors de chez nous. Nous n'allons pas très loin, mais j'ai pourtant l'impression de me retirer complètement de cette routine dans laquelle on peut s'enliser si facilement. Il n'y a pas de télé, d'ordi ou de jeux vidéo, pas de tâches à faire non plus, alors nous prenons le temps d'être ensemble, de s'écouter, de rigoler.

Je prends un peu de recul, je révise mes priorités, je choisis ce que je décide de garder et ce que, enfin, je décide de laisser aller. Je reviens à la maison plus tranquille, plus focalisée, plus convaincue de vers où je veux aller.

***

Amour fraternel

Mathilde a une peur bleue de la gastro. C'est une vraie phobie et elle en parle à l'année, vivant toujours dans la crainte de l'attraper.

Mardi dernier, à 4 a.m., alors qu'Étienne vomissait à s'en arracher l'estomac, Mathilde est sortie de sa chambre en courant.

- Maman! Étienne vomit! Il est malade?
- Oui, Math, il a la gastro.

Moment de panique chez Mathilde. Étienne se retourne, d'une blancheur inquiétante, et entre deux vomissements lui dit, d'une voix qu'il veut rassurante:

- Ne t'en fais pas Math, c'est une toute petite gastro de rien du tout, tout ira bien.

Ça c'est de l'amour fraternel.

samedi 8 octobre 2011

Apprendre à être heureux

Mathilde a commencé le secondaire il y a quelques semaines. L'adaptation sociale se passe très bien, mais elle éprouve plus de difficulté avec la quantité de devoirs, les leçons, les examens parfois très difficiles. Elle se met une pression incroyable, exigeant d'elle-même un effort presque démesuré. Pourtant, nous n'avons aucune exigence, nous ne lui mettons aucune pression. Mais elle est obnubilée par la lourdeur de la tâche et en oublie un peu le reste. Elle se rend malheureuse, et je n'arrive pas à la sortir de cet état.

J'ai très mal dormi pendant la nuit de mercredi à jeudi. Mathilde a fait une forte fièvre, et je me suis levée souvent pour aller la voir, lui donner du tylenol, reprendre sa température pour vérifier si elle baissait. Je suis partie pour le boulot dans un état second, épuisée, inquiète. Mais lorsque je suis sortie du métro, le soleil était si éblouissant, l'air si frais, le ciel si bleu, je n'ai pu faire autrement que de sourire. Et j'ai eu envie, là, maintenant, de sortir de ce mood négatif. J'ai eu envie d'un espresso--double, triple même. J'ai fait un détour de 10 minutes pour chercher mon café, qui était juste parfait. Je suis arrivée au bureau, j'ai mis de la musique. J'étais si bien. Et j'ai passé une très belle journée.

J'ai réalisé il y a quelques années que j'ai une très grande capacité au bonheur. J'ai le bonheur facile, comme dit mon amoureux. Est-ce qu'on naît ainsi? Est-ce qu'on développe cette capacité? Peut-être un peu des deux. Mais en marchant vers le bureau avec mon espresso, le soleil sur mon visage, je réalisais à quel point je voudrais pouvoir enseigner cette capacité à Mathilde, lui montrer qu'il est toujours possible d'être heureux, que ça ne prend parfois qu'un peu de soleil, un peu de musique, un petit geste qui nous fait voir la vie différemment.

Mais je ne sais pas comment. Il est facile de leur apprendre à lire, écrire, faire du vélo. Il est plus difficile d'apprendre à être heureux. Il n'est pas étonnant qu'il existe autant de livres sur le sujet.

Drôle de hasard, dans La presse ce soir-là Marie-Rose Charest disait que « le plus beau cadeau que l'on peut donner à ses enfants, c'est de montrer qu'un adulte peut être heureux. » J'y repense depuis. C'est peut-être ça, le secret. Les enfants apprennent en nous voyant, en nous regardant, en nous imitant. Peut-être que si je partage un peu plus ces moments avec elle, que je lui raconte ce qui me rend heureuse, mes petits bonheurs, peut-être qu'elle apprendra à trouver les siens.

Ça vaut la peine d'essayer.

jeudi 25 août 2011

Le temps qui passe

Mathilde commençait le secondaire ce matin. C'est fou comme le temps passe vite. Il me semble que, hier encore, nous allions à sa première journée de maternelle, avec Bébé Étienne dans le porte-bébé.

Hier, Mathilde a demandé à aller magasiner avec ses amies au Centre Angrignon. Elles ont pris l'autobus, elles ont dîné sur place, puis elles sont revenues en fin de journée. Elle a été très raisonnable dans ses achats, m'a-t-elle dit, et ne s'est achetée que deux ombres à paupières.

Du maquillage. Ma petite fille prend maintenant l'autobus de la ville pour aller s'acheter du maquillage au centre d'achat. Tout va si vite.

Elle était si belle ce matin dans son uniforme du collège, à la fois inquiète et excitée. Elle tenait absolument à ce que je l'accompagne à l'école ("si tu ne viens pas, je n'y vais pas!). Mais arrivée sur place, toute anxiété s'est rapidement envolée en reconnaissant plein d'amis: amis d'écoles, amies du soccer, amies du camp Edphy. Elle m'a rapidement abandonnée avec les autres parents, à tenir sa boîte à lunch, pendant qu'elle passait d'un groupe d'amies à l'autre ("Tu es dans le groupe 111? Moi aussi!"). Lorsque les classes ont commencé, elle est venue en courant chercher sa boîte à lunch, m'a embrassée rapidement et m'a dit avec un immense sourire: "Je t'aime maman! À ce soir!"

Elle reviendra en autobus de la ville cet après-midi, après ses cours. J'attendrai impatiemment, en regardant par la fenêtre, comme je le faisais lorsqu'elle était en maternelle et revenait de l'école en autobus scolaire.

Le temps passe si vite. La vie passe si vite.

know it while you have it.


jeudi 4 août 2011

Entre fleurs, têtes de mort et signes japonais

Nous avons passé l'après-midi chez Ceramic Café hier, à la demande de Mathilde. J'ai trouvé fascinant de voir comme cette activité faisait ressortir la personnalité des enfants. Mathilde a choisi un très joli bol aux formes originales qu'elle a décoré de grandes fleurs multicolores aux lignes un peu floues. Le résultat est très réussi (en particulier son petit life is good au fond du bol), mais le processus fut intense. Elle poussait des cris de frustration lorsqu'elle n'arrivait pas au résultat voulu, se décourageait souvent, voulait tout abandonner puis se remettait au travail, en parlant beaucoup.

Son amie (qui a beaucoup de talent en dessin) a choisi une assiette sur laquelle elle a tracé avec précision le sigle du Canadien. Elle s'est appliquée, travaillait lentement mais sûrement, prenait souvent des pauses, souriait doucement. Le résultat est aussi très réussi, mais d'un style complètement différent du bol de Mathilde.

Quant à Étienne.... eh bien, il fut Étienne. Il a finalement choisi une assiette, après que j'aie refusé qu'il décore un énorme bibelot de singe, aussi inutile que dispendieux (25$!). Il ne voulait écouter aucune suggestion de notre part et a finalement fait une tête de mort noire sur son assiette qu'il avait d'abord peinte bleue. Puis il a rajouté son nom sur le rebord, mais en refusant d'utiliser le pinceau recommandé pour cette étape. Il a ensuite décidé de faire des fioritures rouges autour de son assiette. Puis, inspiré de ma petite tasse à thé, il a décidé de faire des signes japonais bruns un peu partout sur son assiette. Tout ça, très rapidement et sans aucun effort. Le résultat était... étonnant. :)

Conversation typique de cette journée:
- Étienne, si tu veux faire des lignes, tu devrais prendre ce pinceau plus petit, comme ça les lignes seraient plus droites.
- Non, c'est correct.
- Attends, ça dépasse de partout, je vais t'aider.
- Non, c'est correct comme ça, je vais le faire moi-même.
- Mais c'est tout croche!
- Oui, mais moi j'aime ça quand c'est tout croche!

J'ai finalement abandonné, ce qui fut une excellente décision pour mon état d'esprit. Étienne adore prendre ses propres décisions, faire les choses comme il en a envie. Il n'hésite jamais, ne se questionne jamais, fonce dans le tas et fait ce qui lui plait. Il a déjà tellement de règles à suivre, à la maison, à l'école, il peut bien peinturer son assiette tout croche s'il en a envie.

Pour ma part, j'ai eu un plaisir fou à peinturer une petite tasse de thé pour ma collection de tasses solitaires. J'ai adoré l'ambiance relax du café, les biscuits aux brisures de chocolat et l'espresso double à la mousse parfaite. J'y retournerai surement.

Je mets des photos en ligne dès que je récupère nos pièces!

vendredi 27 mai 2011

Argent, argent, argent, argent

Hier soir, en ouvrant mon cellulaire, je découvre un message texte dans mes brouillons, écrit par Mathilde un peu plus tôt (les enfants aiment bien prendre mon cellulaire et écrire des messages textes dans mes brouillons):

Poème
Argent
argent
argent
argent
pourquoi?
Pour rien

Nous avons beaucoup de discussions sur l'argent ces jours-ci. Mathilde n'a qu'une obsession depuis quelques temps: Avoir un téléphone cellulaire. Et pas n'importe quel. Elle en veut un avec plein de gadgets, un grand écran (tactile, évidemment) et tous les services possibles: internet, textos, emails, etc.

Évidemment, il n'est pas question que nous lui en achetions un. Ni Steph ni moi ne payons pour un cellulaire (le mien est fourni par le boulot), et je trouve tout à fait farfelu qu'une petite fille de 11 ans ait son propre téléphone. Mais elle en rêve. Elle peut passer une heure à les étudier sur le web, à prendre des notes sur les fonctions qui l'intéressent, sur les modèles qu'elle trouve beaux.

Elle a donc décidé qu'elle devra se payer elle-même ce téléphone. Comme elle ne peut encore travailler ("maman, est-ce qu'il y a une section dans le journal avec des emplois pour les filles de mon âge?"), elle a offert de prendre une certaine partie de nos tâches en échange d'une légère rémunération. Nous avons accepté. Elle ne fera jamais assez d'argent pour pouvoir se payer ce cellulaire (et je suis toujours contre l'idée d'un cellulaire à son âge, qu'elle se le paye ou non), mais je crois qu'il y a une certaine valeur dans cette exercice. Que cela lui permettra de comprendre que l'argent durement gagné n'est pas facile à dépenser.

Qui sait.

Étienne et le dentiste

Étienne a une relation particulière avec le dentiste. Dès son premier rendez-vous, lorsqu'il était tout petit, il était incroyablement relax. Il s'installait dans la chaise, prenait une respiration, et devenait... tout mou. À chaque fois, l'hygiéniste passait la remarque: "Comme il est drôle, lui! J'en n'ai pas beaucoup des comme ça!" Et ça n'est pas qu'il aime le dentiste.

Mais cet état de relaxation a atteint un autre niveau mardi, alors qu'il était chez le dentiste pour faire réparer deux caries. Le début a été plus difficile, alors que la piqure pour geler la gencive lui a fait un peu mal, et qu'il n'aimait pas du tout le sentiment d'anesthésie locale. "J'aime pas ça maman, c'est tout gluant ma joue!" Mais encore une fois, lorsque le dentiste a commencé la réparation (qui allait durer 30 minutes), il a repris son état relax.

Tellement relax... qu'il s'est endormi :)

Il est vraiment drôle mon petit mec.

vendredi 20 mai 2011

Souffrir pour apprendre

Mercredi dernier, Mathilde a failli perdre son iPod. En fait, dans sa tête, pendant une dizaine de minutes, elle l'avait perdu. Elle l'avait apporté au marcheton de l'école et l'avait mis dans la poche de son kangourou, mais lorsqu'elle est revenue dans sa classe, elle a réalisé qu'elle ne l'avait plus.

J'étais encore au parc où avait eu lieu le marcheton quand mon cellulaire sonne, indiquant un appel de l'école. Je réponds. C'est Mathilde, en larmes: "Maman! J'ai perdu mon iPod! Peux-tu le chercher dans le parc?" Pendant 10 minutes j'ai cherché, avec Mathilde toujours au téléphone, sans succès. J'ai fait le tour de tous les arbres, demandé à une des organisatrices, regardé sous les bancs. Rien.

Finalement, alors que je dis à Mathilde que je n'ai pas trouvé son iPod, une autre bénévole m'arrête: "Vous avez perdu un iPod? On en a retrouvé un!" C'était celui de Mathilde. Immense soupir de soulagement au téléphone: "Ah maman, si tu savais comme je me sens mieux! Je vais y faire attention à partir de maintenant!"

Elle savait qu'elle ne devait pas l'apporter à l'école. Elle savait aussi qu'elle devait y faire très attention. Nous lui avions dit tout ça, tant de fois. En tant que parent, on peut donner à nos enfants tous les conseils du monde, leur partager toutes nos connaissances, notre expérience. Mais ça rentre par une oreille et ça sort par une autre. Ça n'est pas de la mauvaise volonté de leur part. Ça ne veut simplement rien dire.

Jusqu'à ce que pendant 10 minutes on est convaincue d'avoir perdu son iPod.

Est-ce donc qu'une forme de souffrance est nécessaire pour apprendre, pour avoir un peu d'expérience? On dirait que oui. Combien de fois ai-je dit à Étienne de ne pas monter debout sur le bout du divan? Il aura fallu qu'il tombe et se fasse mal pour enfin ne plus recommencer.

Mais ça nous semble tellement contre-intuitif en tant que parent, alors qu'on essaie de constamment minimiser la souffrance de nos enfants. On ne veut pas qu'ils soient tristes. On ne veut pas qu'ils se blessent. On ne veut pas qu'ils soient malheureux. On les protège tellement qu'on les empêche peut-être d'expérimenter des situations peut-être un peu plus douloureuses, mais qui les aideraient à apprivoiser tranquillement les moments plus difficiles de la vie.

Pas toujours facile d'être parent.

dimanche 8 mai 2011

Toute vérité est bonne à dire... ou presque

Étienne est dans la cour arrière en train de perfectionner sa dernière invention: une immense catapulte bâtie avec des planches trouvées derrière le cabanon. Le résultat est impressionnant: Une grande planche en bois est en équilibre sur d'autres morceaux de bois. À un bout, il y a la glissade, à l'autre bout est posté un petit bonhomme de Batman, attendant patiemment son ascension vers le ciel. Étienne monte sur la glissade et saute avec enthousiasme sur un bout de la planche. Batman lève si haut qu'il dépasse amplement la toiture de la maison. Étienne ramasse son bonhomme et reprend le manège. Sans arrêt.

Stéphan passe le voir.

- Papa?
- Oui?
- Tu sais tes planches... disons que si peut-être j'en avais brisé une, est-ce que tu serais fâché?
- Les planches qui étaient derrière le cabanon?
- Oui.
- Non, je ne serais pas fâché.
- Pas du tout?
- Non.
- Alors j'ai quelque chose à te dire.
- Ah oui? Je me demande bien quoi.
- Ben, j'ai comme accroché la planche et elle est toute cassée.

Il la montre à Stéphan. Elle est vraiment amochée.

- Mais c'est pas grave, hein?
- Non, c'est pas grave.
- C'est bien que je dise la vérité, hein?
- Oui, c'est très bien.
- Moi je dis toujours la vérité.

Tout est relatif. :)

samedi 30 avril 2011

dimanche 10 avril 2011

Le son d'un autre tambour

J'ai un petit garçon un peu différent des autres.

Après un bon début d'année scolaire, la situation s'est mise à déraper en février. Il y eut d'abord un commentaire du professeur d'anglais, qui se plaignait qu'Étienne ne restait pas assis en place pendant l'histoire. Puis le prof d'éducation physique. Puis le prof de musique. Et d'arts plastiques.

Finalement, ce fut sa professeure principale qui s'est plaint, elle qui était pourtant notre alliée depuis le début de l'année, qui essaie de le garder intéressé en lui proposant un programme avancé et en le laissant lire dans la classe lorsqu'il s'ennuie. Il est trop difficile, il se lève tout le temps, il dérange. Il faut intervenir.

Le soir où j'ai reçu la note du professeur, j'ai beaucoup pleuré. Je suis encore traumatisée de sa professeure de maternelle, qui l'avait pris en grippe et était constamment sur son dos (tel que rapporté par une connaissance ayant fait du bénévolat dans la classe). Tout ce que je voyais, c'était mon petit mec qui se faisait engueuler toute la journée par des professeurs exaspérés qui ne voulaient pas d'un petit garçon un peu trop actif. Mon petit mec qui revenait à la maison en pleurant. Qui ne voulait plus aller à l'école.

Deux jours plus tard, j'ai rencontré la directrice, qui fut très rassurante. Elle voit Étienne comme un petit garçon encore immature (c'est un bébé du mois d'août) qui aime bien l'attention de ses amis (il est un peu le clown de la classe) et n'a pas vraiment peur de l'autorité. Il doit simplement réapprendre les règles. Elle a mis sur pied une feuille de route, avec des objectifs quotidiens simples et réalistes et dont les réussites sont soulignées par des privilèges et non par des conséquences.

***

Le système scolaire n'est pas fait pour les petits garçons comme Étienne, qui aiment bouger, qui sont curieux, mais qui n'aiment pas rester assis pendant six heures à apprendre passivement. Nous avons la chance cette année d'avoir une professeure dynamique qui fait l'effort de comprendre la personnalité d'Étienne. Mais je sais par expérience qu'elle est une exception.

Oui, je crois qu'il peut améliorer son comportement. Mais je sais aussi qu'il ne sera jamais un élève tranquille. Que son profil ne cadre pas avec la majorité des systèmes scolaires.

J'ai lu dernièrement une citation qui m'a beaucoup troublée et encouragée:
« Si un homme marche à un autre pas que ses camarades, c'est peut-être qu'il entend le son d'un autre tambour. Laissons-le suivre la musique qu'il entend, quelle qu'en soit la cadence. » Henry David Thoreau
Je rêve pour mon fils qu'il trouve sa place, sans avoir à perdre son identité. Qu'il arrive à fonctionner dans le monde actuel, à en comprendre les règles juste assez pour les respecter sans perdre sa différence.

Tout en écoutant le son de son propre tambour.

mercredi 30 mars 2011

Idées roses

Samedi dernier, Mathilde me rejoint dans la salle à manger, bien déterminée.

- Maman, je viens d'envoyer un long courriel à Audrey, c'est décidé, je pars ma compagnie cet été.
- Ah oui?
- Oui, cet été j'aurai du temps, alors on va faire des choses pour se faire de l'argent. On va promener des chiens, garder des enfants, arroser des plantes chez les gens qui seront en vacances, ...

Et elle énumère une longue liste d'activités lucratives, avec des idées pour les implanter: dépliants publicitaires, site web, stand de limonade pour la promotion, etc.

- Ça vient d’où cette nouvelle idée?
- Le dernier roman du divan rose!

Je lui ai acheté la semaine dernière, pour la remercier d'aider autant à la maison. Elle l'a lu d'un trait, comme les cinq précédents.

Dimanche, elle et ses amies ont passé l'après-midi à discuter de leurs plans, échafauder des stratégies, faire des esquisses de dépliants publicitaires. Au souper, ce fut le sujet de conversation principal. Elle était si belle à voir, tellement enthousiaste, excitée, la tête pleine d'idées, convaincue de son succès.

Merci Nadine.

***

Je n'ai pas osé lui avouer que certaines idées étaient farfelues ou avaient peu de chance de succès. Peu de gens laisseraient la responsabilité de leur maison à des filles de 11 ans et elles sont trop jeunes pour tondre le gazon.

Mais il m'est arrivé trop souvent que des gens « bienveillants », pour « m'éviter des déceptions », brisent mes rêves. J'ai besoin de rêver, de m'emballer, de m'exciter. Et je suis assez intelligente pour savoir quand une idée est impossible. Mais je dois faire ce chemin toute seule. Et souvent, cette idée de base un peu folle débouche sur une idée plus réaliste.

Alors qui sait. Je trouve l'idée de Mathilde et de ses amies un peu folle. Mais elles me prouveront peut-être que j'ai complètement tort.

Et je serai bien contente de l'admettre.

lundi 7 mars 2011

Interférences

Nous revenons de quelques jours passés dans la région de Charlevoix, dans un minuscule chalet. Une chambre à coucher fermée, une salle de bain, une pièce de grandeur moyenne qui sert de salon-salle à manger-cuisine, un loft avec un autre lit. Pas d'ordinateur ni de connection internet. Pas de Xbox, wii ou autre console. Une vieille télévision qui ne prend aucun poste.

Pendant quelques jours, pas de routine. Des moments qui se succèdent, les uns après les autres, parfois tranquilles, parfois intenses, parfois excités, mais toujours au présent. Des jeux de carte, des rigolades à quatre dans un lit, quatre livres lus sur un divan, un lit ou à la table, des soupers aux chandelles, du plein air. Beaucoup de plein air. De la neige, du froid, du soleil, encore de la neige.

Le silence de la routine.

Toujours, en bruit de fond dans mon quotidien, il y a des interférences. À la maison, j'ai souvent la tête ailleurs, à planifier la journée, l'épicerie, les tâches, les activités, les devoirs, les rendez-vous. Il y a aussi les inquiétudes, les préoccupations. Je suis un peu dans le futur ou tout juste dans le passé, mais rarement ici, maintenant. Je vis avec des interférences qui m'empêchent d'entendre pleinement, de voir clairement toute la beauté de mon quotidien.

Je voudrais bien ramener un peu du silence des vacances.

jeudi 24 février 2011

Les mitaines

À 6 ans, Étienne n'a toujours pas perdu une seule dent, mais il a perdu une quantité industrielle de mitaines. Au point où nous lui avons posé un ultimatum en novembre, alors qu'il ne nous restait qu'une seule paire complète: À la prochaine mitaine perdue, on allait attacher ses mitaines avec une corde. La menace a été très efficace ("Non! pas une corde comme un bébé!"), et il n'a plus perdu de mitaines depuis. De plus, l'école a fait un ménage monstre pendant les fêtes, et un tas de mitaines seules se sont retrouvées aux objets perdus, dont deux appartenant à Étienne.

Mardi, Étienne perd une mitaine, la première depuis longtemps. "Mais maman, j'en ai deux autres paires à la maison, je vais faire attention, pas de corde, svp!" J'accepte.

Conversation dans la voiture hier:

- Tu as eu une belle journée, Éti?
- Oui, mais je dois te dire quelque chose.

Je regarde par le rétroviseur. Il ne sourit pas.

- Quoi?
- Ben, j'ai encore perdu une mitaine.
- Ah non! Pour vrai?
- Oui.

Il a l'air vraiment penaud... mais il me semble voir une certaine étincelle dans ses yeux.

- Montre-moi tes mains.
- Pourquoi?
- Je veux voir tes mitaines.
- Tadah!

Il me montre ses deux mains, il a bien ses deux mitaines.

- C'était une blague! Je suis un sacré farceur, hein maman?

Un sacré farceur? Je pense surtout qu'il lit trop de petit Nicolas.

dimanche 20 février 2011

Un vent de changement

Jeudi, 17h30, je suis dans le train en direction Lachine. J'écris dans mon petit cahier. Je reviens d'un saut au 5 à 7 du bureau, tout juste le temps de prendre une Kilkenny.

Ça peut sembler banal comme histoire, mais la situation est un peu inhabituelle, parce que j'ai pu aller au 5 à 7 non pas parce que Stéphan est celui qui est rentré plus tôt aujourd'hui, mais parce que Mathilde gardait son frère. Depuis janvier, Mathilde rentre à la maison après l'école, et je vais chercher Éti au service de garde un peu plus tard. Ce soir, ma voisine a ramené Éti de l'école, et c'est Mathilde qui le garde. Je sais qu'il est arrivé, car ils m'ont appelée il y a quelques minutes: "Allô maman! Éti est arrivé, il veut te parler" "Allô maman! Je te donne un gros câlin, à tantôt!"

C'est un sentiment très étrange. D'un coté, j'apprécie beaucoup cette nouvelle liberté. J'ai l'impression qu'un monde s'ouvre à moi, que j'entre dans une nouvelle ère. Stéphan et moi pourrons peut-être même aller voir Incendies au cinéma, tiens.

Mais en même temps, j'ai tellement hâte d'arriver à la maison que ça me démange. Pendant le 5 à 7, les amis--contents que j'y assiste pour une fois--insistaient pour que je reste un peu plus longtemps, que je prenne le train suivant. Mais je leur ai dit que je ne voulais pas abuser de la première fois, que je voulais laisser à Math la chance de s'habituer à son nouveau rôle tranquillement.

Mais je réalise que ça n'est pas Mathilde qui a besoin de s'habituer.

C'est moi.

mercredi 16 février 2011

Compliment ultime

Depuis que mes enfants sont nés, je fais ce que tous les livres disent de ne jamais faire: je prépare souvent un repas différent pour les enfants. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles j'ai été aussi imparfaite. D'abord j'ai des enfants qui ont été très difficiles dès qu'ils ont commencé à manger. Pendant longtemps, Étienne n'a accepté de manger que des poivrons et des concombres comme légumes. Puis on a découvert l’intolérance d'Étienne aux produits laitiers. Puis il y a eu son reflux assez aigu, l’empêchant de manger des aliments acides comme les tomates.

Mais surtout, il y a eu un grand égoïsme derrière tout ça. Je n'avais pas envie de compromettre mes repas pour les rendre plus facile à aimer pour les enfants. Je n'aime pas le pâté chinois. Et j'en ai marre du spaghetti sauce à la viande. Je ne voulais pas arrêter de manger des crevettes parce que mes enfants ne pouvaient en manger avant l'âge de 5 ans (allergies potentielles obligent). J'ai donc continué à faire des sautés aux crevettes à la marocaine, des pennes arrabiata bien épicés ou encore des fondues au fromage. Bien sûr, plusieurs de nos repas étaient communs. Mais lorsque j'avais envie d'un repas qu'ils n'aimeraient pas, ce qui arrivait assez souvent, je ne me battais pas avec eux, je leur préparais des pâtes avec des crudités. Ils en ont mangé des pâtes!

Je me suis souvent sentie coupable, parce que je ne les obligeais pas à manger ce qu'il y avait dans mon assiette. Parce que je leur "passais leurs caprices" comme on m'a déjà dit. Parce que j'allais les ruiner à vie en ne les exposant pas dès leur jeune âge à plein de nouveaux aliments. Mais bon. Je suis paresseuse. Et gourmande. J'ai choisi mes batailles.

Mais le vent commence à tourner. Depuis quelques temps, Mathilde demande à goûter notre repas. Et souvent, après quelques bouchées, elle me dit: "Je peux manger la même chose que vous la prochaine fois?"

Ça me fait si plaisir.

Il reste Étienne.

J'ai refait ce soir le poulet à la citronnelle de la semaine dernière, cette fois sur un riz à la noix de coco. Étienne, peut-être le plus difficile des petits garçons du monde, a non seulement terminé son assiette en un temps record, il a aussi ajouté: "Maman, c'est vraiment bon! C'est presque mon repas préféré! C'est presque aussi bon que des hot-dogs!"

Il y a de l'espoir. Je pense.

dimanche 16 janvier 2011

Page 212 du catalogue Sears

Le week-end dernier, Mathilde arrive en courant dans la cuisine. Elle est clairement dans tous ses états.

- Maman! Tu devineras jamais! C'est épouvantable!
- Quoi?
- C'est Étienne! Je l'ai trouvé en train de lire le catalogue Sears! À LA PAGE DES BRASSIÈRES!!!!

Bon.

Étienne arrive en courant 30 secondes plus tard, le catalogue Sears dans les mains à la page des brassières beiges de matantes, presque en larmes.

- Maman! C'est juste que je lisais le catalogue et que j'étais rendu à cette page-là!

Bon.

J'ai d'abord pris Étienne à part. Je lui ai expliqué que c'était correct, qu'il avait le droit de regarder le catalogue Sears autant qu'il voulait, même les madames en brassière. J'ai ensuite pris Mathilde à part. Je lui ai expliqué que, un, ça n'était pas à elle de jouer à la maman avec Étienne et que, deux, il n'y avait absolument rien de mal à regarder les madames en brassière.

De tous les domaines d'éducation parentale, la sexualité est celui qui me préoccupe le plus. Je n'ai pas envie que la sexualité soit un sujet tabou, un plaisir honteux ou encore un truc dont on ne parle jamais, qu'on ne comprend pas trop. J'ai envie que, lorsqu'ils soient adultes, la sexualité fasse partie intégrante de leur vie amoureuse (on parle encore ici de dopamine et d'endorphine, soit dit en passant). Mais je ne veux pas non plus leur donner l'impression que tout est permis à l'adolescence.

Peut-être parce que ce sujet me préoccupe, j'ai beaucoup lu sur la sexualité et l'adolescence. Et je ne suis pas rassurée. En partie à cause d'internet, la sexualité des jeunes d'aujourd'hui est très différente de celle des générations précédentes. Au lieu de magazines playboy ou d'imagination pour nourrir leurs fantasmes, les jeunes garçons ont accès à des images et films de sexualité très hard sur internet. Cette sexualité devient pour eux la norme, et les effets de cette normalisation sont inquiétants: hypersexualisation des filles, banalisation de pratiques sexuelles extrêmes, incapacité de rentrer en relation à l'âge adule, et j'en passe. En fait, les articles sont souvent si dérangeants que j'ai parfois de la difficulté à les terminer.

Dans les prochaines années, j'aurai à faire l'éducation sexuelle de mes enfants, et ça m'inquiète. Je devrai apprendre à Mathilde à respecter son corps et ne pas se laisser influencer. Je devrais apprendre à Étienne à respecter ses blondes, lui expliquer la différence entre la réalité et ce qui existe sur internet. Je devrai aussi essayer de déterminer quand intervenir ou non, discerner ce qui est une curiosité normale d'un comportement à surveiller. Et avec Mathilde qui débute le secondaire l'an prochain, tout ça s'en vient pas mal plus vite que je ne le voudrais.

Bon.

En attendant, je croise mes doigts qu'Étienne ne découvre pas le catalogue Victoria's Secret trop vite...

lundi 3 janvier 2011

Deux plaques

La maternelle fut très difficile pour Étienne. L'école n'est pas faite pour les petits garçons, du moins ceux qui préfèrent bouger et courir plutôt que bricoler. On lui a donc reproché toute l'année de ne pas rester assis pendant les bricolages, de parler dans les corridors, d'être trop enthousiaste dans la classe. Parce qu'il n'avait jamais assez de bonhommes sourires à la fin de la semaine (foutus systèmes d'émulation), il n'avait jamais droit à la récréation récompense du vendredi après-midi (qu'il aimait tant) et devait donc rester à l'intérieur...faire du bricolage. Quelle tristesse pour moi de voir dégringoler l'estime de soi de mon petit garçon pourtant si passionné, si enthousiaste, si intéressé d'apprendre.

Pendant les vacances d'été, les enfants sont allés quelques semaines au camp Edphy, un camp de jour orienté sur l'activité physique. Après la première semaine, Étienne est revenu à la maison avec la plaque du "Participant de la semaine", le grand prix donné à celui qui, dans son groupe d'âge, s'est démarqué par sa participation, sa bonne humeur, son enthousiasme, son écoute. Il s'est promené avec sa plaque pendant quelques heures, puis nous l'avons mis fièrement sur le manteau de la cheminée. À la fin de la deuxième semaine, Étienne est revenu... avec une deuxième plaque du Participant de la semaine. J'espérais que ces plaques l'aideraient à reprendre confiance en lui, à laisser derrière lui l'expérience de l'école.

Clairement, je n'avais pas réalisé à quel point ces plaques étaient importantes.

Au bout de quelques semaines, j'ai enlevé les plaques du salon et je les ai mises dans une boite dans le garde-robe de sa chambre. Quelques semaines plus tard, je les ai retrouvées à nouveau sur le manteau de cheminée. Je les ai laissées là quelques temps, puis je les ai de nouveau rangées dans son garde-robe.

Hier, je les ai retrouvées à nouveau dans le salon:


J'ai finalement compris. Je vais les laisser là aussi longtemps qu'il en a envie.