dimanche 17 novembre 2013

Pré-adolescence

Étienne aime beaucoup les romans de Géronimo Stilton, une érudite souris qui travaille comme rédacteur en chef à l'Écho des Rongeurs et qui vit des aventures abracadabrantes. Comme les enfants sont en pédago ce vendredi, je leur ai proposé une visite au Salon du livre, qu'ils ont acceptée avec enthousiasme.

En lisant le guide du Salon du livre, je vois justement que Géronimo Stilton signera des autographes vendredi matin. Je suis convaincue que mon petit mec sera excité par l'idée:

— Éti! Devine qui signe des autographes vendredi!
Il me regarde, emballé.
— Qui?
— Géronimo Stilton.
C'est moi, ou son regard semble soudainement plutôt incrédule?
— Géronimo Stilton?
Je rajoute un peu d'enthousiasme dans ma réponse.
— Oui! C'est cool, hein!
— Euh... maman? Géronimo Stilton existe pas pour vrai, tu sais. Ça va être un dude nowhere déguisé en grosse souris qui va signer mon livre... C'est, comme, genre, pas rapport.

Je regarde Mathilde, un peu étonnée. Elle répond:
— Ben... y'a pas mal raison, maman.

"Un dude nowhere?" ...  "comme, genre, pas rapport?" ... il est où mon petit garçon déçu de n'avoir pu rencontrer Géronimo Stilton il y a quelques années? Où est la magie des mascottes et marionnettes? Quoi que, à regarder des photos de Géronimo signer des autographes, je ne peux dire qu'il a tort. L'autographe d'une grosse mascotte poilue ne m'exciterait pas vraiment non plus. Mon petit mec est plus près de la pré-adolescence que je ne le croyais. Et ça n'est peut-être pas si mal.




jeudi 4 juillet 2013

Chroniques de voyage - Venise

Nous sommes à Venise. Il est environ 8 a.m. Étienne et moi—les deux lève-tôt de la famille—quittons l'appartement en silence, afin de ne pas réveiller Stéphan et Mathilde qui dorment encore profondément.

Comme je me lève tôt, j'aime bien aller chercher à déjeuner pendant que ma marmaille dort encore. J'ai peut-être l'air de celle qui est dévouée, en partant ainsi pour offrir un déjeuner à sa famille, mais je dois être honnête. Ces escapades matinales sont un grand bonheur pour moi. J'aime les matins, encore plus ceux où je découvre les petits cafés du coin, la boulangerie qui fait les meilleurs croissants, les marchés ouverts offrant les meilleurs fruits locaux. Je prends le temps de boire mon espresso sur place, debout au comptoir, puis je termine mes achats et reviens à l'appartement.

Souvent, Étienne m'accompagne. J'aime sa présence. Il marche à mes cotés, me raconte plein de trucs, me fait remarquer des endroits intéressants. C'est un peu notre rituel matinal. À Paris, nous allions chaque matin chercher nos croissants à la boulangerie Chez Paul. Je prends un espresso, Éti prend un jus d'orange et nous revenons à l'appartement.

Ce matin-là, Étienne avait choisi de venir avec moi. C'est mon premier matin à Venise.

Le marché de Venise fut celui qui m'a demandé le plus de courage. Notre appartement était situé dans un quartier peu touristique; les espressos y étaient moins chers (90 centimes au lieu de 4 euros quelques rues plus loin!), les fruits aussi, et les cafés et boutiques sont fréquentés par les vénitiens... dont l'anglais est quasi inexistant. Je devais donc sortir mon italien pour une des premières fois, dans un environnement beaucoup moins simple que le restaurant.

Je suis passée devant le premier étal de fruits et légumes--établi dans une péniche, rien de moins!--sans m'arrêter. Je n'avais pas le courage. J'ai aussi passé devant le deuxième étal, puis le troisième. J'ai regardé par la fenêtre d'une boulangerie, et j'ai continué mon chemin sur Via Garibaldi, jusqu'à la mer.

Bon, je suis rendue au bout. Faut bien revenir.

- Maman? Pourquoi tu n'arrêtes nulle part?
- J'essaie, Éti, j'essaie.

* * *

Au retour, je prends enfin mon courage à deux mains. Nous nous arrêtons à un étal situé entre mon quartier et celui plus touristique (couper la poire en deux est toujours une bonne approche). Nous achetons les fruits pour la journée, et j'en profite pour pratiquer les quelques mots d'italien que je connais. Étienne aime bien pratiquer l'italien avec moi. Nous venons d'ailleurs d'apprendre un nouveau mot à l'étal de fruits et légumes: basta, du verbe bastare, qui signifie "terminé, fini". Nous essayons ensuite une nouvelle boulangerie afin de trouver de bons croissants (un exploit qui s’avérera impossible en Italie), puis je m'arrête boire un espresso bien tassé, debout au comptoir d'un café, alors qu'Étienne court après les pigeons dans la rue piétonnière.

De retour dans notre petite ruelle, nous marchons quelques pas derrière une vieille mamma italienne accompagnée d'un petit garçon d'une dizaine d'années, probablement son petit-fils. Comme nous, ils reviennent du marché. Ils ont une conversation animée; il a la mine piteuse et elle semble lui rabattre les oreilles avec une morale quelconque. Il prend la parole d'un ton plaintif; nous ne comprenons rien, sauf le dernier mot: computer, prononcé à l'italienne.

La vieille mamma s'enflamme soudainement, lève les bras au ciel et se met à crier:

- Il computer? Il computer? Basta! Basta il computer!

Le petit garçon baisse la tête, penaud. Étienne me regarde, surpris, puis il chuchote:

- Maman! Même les petits garçons italiens veulent jouer à l'ordi!
- Oui Éti! Et même les parents italiens les en empêchent parfois!

Il me regarde et sourit.

- Maintenant, maman, toi aussi tu pourras me dire: "Basta! Basta il computer!"
- C'est promis!

Il prend ma main et nous retournons tranquillement à l'appartement, prêts à réveiller nos deux marmottes et leur raconter notre aventure.

mardi 16 avril 2013

"Ma tête se remplit d'idées"

Dimanche dernier, alors que je prenais mon bain, on cogne à la porte de la salle de bain.

- Maman?

Étienne entre avant même que je réponde et s’assoit sur la toilette. Il tient dans ses mains un petit papier.

- Je n'arrive pas à dormir, maman.
- C'est normal, coco, c'est toujours plus difficile de s'endormir le dimanche, on est moins fatigué.
- Non maman, c'est pas ça. C'est que quand je me couche, ma tête se remplit d'idées.

Ah, les idées qui émergent quand, pour la première fois de la journée, on s'arrête vraiment. Je connais trop bien.

***

Étienne a toujours eu beaucoup de difficulté à s'endormir le soir. Depuis quelques mois, j'utilise une nouvelle technique avec lui à l'heure du dodo: la relaxation/méditation. On commence par fermer les yeux, prendre cinq grandes respirations, puis relaxer toutes les parties du corps, et on finit par une version simplifiée de la méditation, soit de compter ses respirations jusqu'à 10, puis de recommencer à nouveau, jusqu'à ce qu'on s'endorme.

Les premières fois furent un peu ardues:
- On commence par relaxer nos pieds.
- Maman?
- Oui?
- Qu'est-ce que ça veut dire relaxer?
- Imagine que tu es sur la plage, au soleil, et que tes pieds sont si mous et lourds qu'ils s'enfoncent dans le sable, qui est tout chaud. Est-ce que tu comprends un peu?
- Oui! Là je comprends. Et on est bien?
- Oui, on est très bien, même.
- Ok, continue.
- D'accord. Alors maintenant, imagine que tes mollets sont mous et lourds.
- Maman?
Je soupire mentalement. Ça risque d'être long.
- Oui?
- Les mollets, c'est où?
 Je lui montre.
- Ah, c'est derrière les tibias?
- Oui, c'est ça. Maintenant, Étienne, tu vas relaxer tes cuisses. Imagine que tes cuisses sont lourdes, tellement lourdes qu'elles s'enfoncent dans le sable. Maintenant, tu relaxes tes fesses.
- Maman?
- Oui?
- Comment on relaxe ça des fesses?
- !

Mais malgré les questions des premières fois, cette méthode est quasi-miraculeuse: Lorsque je quitte sa chambre, il est calme, sa respiration est profonde et il s'endort en moins de deux minutes, un véritable miracle pour mon petit bonhomme. On ne l'utilise pas à tous les jours—parfois je suis trop fatiguée, parfois il est si épuisé qu'il s'endort tout seul—mais c'est un moment qu'il aime beaucoup: "Maman, on va faire une relaxation ce soir? J'aime ta voix quand tu me parles, elle est belle et douce."

Après la discussion de dimanche, je comprenais un peu mieux pourquoi la relaxation fonctionne aussi bien: Elle lui permet de calmer ses idées dans sa tête.

***
Dimanche dernier, Étienne avait eu une nouvelle idée en se couchant: M'écrire un joli mot, qu'il m'a donné avant de retourner se coucher. Je lui ai répondu avant de me coucher, et j'ai reçu hier soir un autre mot:

(Chère maman, ton message était si beau à lire. Est-ce que toi tu aimerais bien avoir un autre enfant? Oui, non, Je ne sais pas.)

Un autre enfant! J'ai bien rigolé. Je ne sais d’où venait cette question; il ne veut pas du tout avoir un autre frère ou soeur ("ça pleurerait tout le temps"), et de toute façon, ça n'est même pas une possibilité. Mais je lui ai répondu, et je garde précieusement ces petits mots. 

J'aime bien quand il s'endort si bien suite à la méditation, mais j'aime aussi ses idées qui germent à l'heure du dodo...

(Je me demande si le numéro de téléphone au bas du papier1-866-99ARMEEest une menace pour le cas où je déciderais d'avoir un autre enfant ;-).