À 9 ans, Mathilde est de plus en plus exposée à ce qui se passe un peu partout sur la planète, surtout avec La Presse, que mon mec lit à tous les matins. (Étienne est, pour l'instant, seulement intéressé à savoir si le Canadien a gagné). Les photos et les titres qu'elle y lit génèrent souvent des questions pas toujours faciles à répondre.
Je ne sais jamais trop quelle approche prendre. J'avoue que, dans ce domaine, j'ai souvent tendance à vouloir la protéger plutôt que la préparer. Une partie de moi se dit qu'elle découvrira tout cela bien assez vite; le monde est si dur parfois, elle peut bien garder son innocence un peu plus longtemps.
Mais, une chose est claire, les discussions ne sont jamais banales.
Dernièrement, Mathilde me montre une photo troublante d'une jeune enfant palestinienne morte. Sous la photo, la légende suivante: "Un homme transporte le corps d'une jeune palestinienne touchée par un tir fratricide."
- Maman, c'est quoi "un tir fratricide"?
- C'est quand quelqu'un est tué par quelqu'un de son camp, qui est du même coté que lui.
- Ben, comment ça peut arriver?
J'entame une discussion plus technique qui, clairement, est beaucoup trop abstraite pour Mathilde. Je prends donc une approche plus terre à terre:
- Imagine que tu es en guerre avec Monsieur Lalonde.
Monsieur Lalonde, c'est le voisin d'en face.
- Ok.
- Il est caché dans sa haie et tire sur ta maison, et toi tu fais la même chose.
- Oui, je comprends.
- Ben, un tir fratricide c'est comme si Étienne décidait de passer sur le gazon en avant, mais tu ne l'as pas vu, et en voulant tirer sur Monsieur Lalonde, tu tires sur Étienne et il meurt.
Mathilde est au bord des larmes:
- Ben la! Qu'est-ce qu'il faisait là Étienne? Je ne veux pas qu'il meurt!
- C'est hypothétique, Mathilde, c'est pas vraiment Étienne, c'est une façon de te montrer ce que je veux dire. C'est cette petite fille que tu as vue dans le journal, et c'est comme si un soldat de son même pays avait tiré dessus par erreur.
- (maintenant peu impressionnée) En tout cas, la mère du soldat devait pas être contente!
Bon, peut-être que certains de ces concepts sont un peu trop abstraits pour elle.
Hier, elle est arrivée à la maison un peu anxieuse, parce qu'une de ses amies lui avait dit que le Canada serait bientôt en guerre contre la Chine, qui lancerait une bombe et on mourrait tous. (!) La pauvre Mathilde en avait eu mal au ventre d'inquiétude. Après une longue discussion pour la rassurer, on a droit pendant le souper à plusieurs questions sur la guerre, sur les batailles, la différence entre les deux, etc. Puis, on a droit à du grand Mathilde:
- Papa, est-ce que ça peut durer longtemps les guerres?
- Oui. Il y en a même une tellement longue qu'on l'a appelée la Guerre de cent ans.
- Cent ans? Ça a duré cent ans?
- Pas exactement, mais à peu près.
Mathilde est un peu incrédule et convaincue que son père dit n'importe quoi:
- Ben la, ils faisaient comment pour se battre les gens quand ils étaient tous rendus des vieux? (sur un ton un peu ironique) Les mémés, elles tapaient sur les autres à coup de sacoches? Pis les pépés à coup de canes?
On a ri aux larmes, même Étienne qui ne comprenait rien mais qui est toujours prêt à rigoler. Il a fallu expliquer que ce n'était pas les mêmes soldats qui se battaient tout au long de la guerre de cent ans, mais qu'il y avait eu une certaine rotation.
Je ne sais peut-être pas toujours comment répondre aux questions de Mathilde... mais on s'amuse bien chez nous.
mercredi 21 janvier 2009
mardi 20 janvier 2009
Les matins
J'adore les matins. Je suis une matinale. Certains matins, comme aujourd'hui, je me réveille à l'aube; je sais que je pourrais peut-être parvenir à me rendormir, mais l'idée de descendre au salon et de profiter de la solitude du matin gagne sur le désir de dormir encore un peu. Alors sans faire de bruit, je prends mon livre du moment, mon journal, mon portable, une couverture, je descends doucement les marches et je m'installe sur le divan.
J'ai toujours aimé les matins. Je crois vraiment qu'on nait matinal. Adolescente, je devais me lever tôt pour passer les journaux. J'ai des souvenirs très vifs de ces matins, du bonheur de marcher seule dans les rues à 5h45 a.m. Je me souviens de la pureté de l'air, des couleurs du ciel, du bleu intense de la nuit au bleu mauve de l'aube au bleu clair du jour levé, de cette tranquillité dans les rues de mon quartier, de ce sentiment que la journée, la vie m'appartient, que tout est possible. Mon père aussi était matinal; il était souvent debout à mon retour et nous déjeunions ensembles, en silence, complices du matin.
Mes matins sont un peu différents maintenant, mais ils me sont essentiels. J'aime écrire le matin. Avec des enfants, il est plus difficile d'avoir un peu de temps juste à moi, alors j'en profite le matin. J'aime prendre mon café, seule, assise sur le divan, à regarder le jour qui se lève, à réfléchir, à lire, à rêver, à écrire.
Je prends maintenant le train de 6h24 a.m., et souvent je regarde par la fenêtre le monde qui s'éveille doucement. Les maisons de Montréal-Ouest dont les fenêtres s'éclairent une à une, les phares des voitures qui se suivent sur Décarie, le soleil qui se lève sur le pont Jacques-Cartier. Je suis toujours étonnée de l'aspect lunaire et désertique de la cour Glen, immense site abandonné en face de la station Vendôme, où j'ai pendant quelques secondes l'impression d'être tombée dans un film de science-fiction.
Peut-être nos sens sont-ils plus intacts le matin, non pollués par les bruits, les odeurs, les images de la journée. "L'aube dissout les monstres" a écrit Paul Éluard. Peut-être le matin est-il pour moi simplement la confirmation qu'une nouvelle journée m'est offerte, que tout m'est possible, qu'aucune inquiétude ou tristesse n'est importante. Peut-être tous les matins sont-ils bleus.
J'ai toujours aimé les matins. Je crois vraiment qu'on nait matinal. Adolescente, je devais me lever tôt pour passer les journaux. J'ai des souvenirs très vifs de ces matins, du bonheur de marcher seule dans les rues à 5h45 a.m. Je me souviens de la pureté de l'air, des couleurs du ciel, du bleu intense de la nuit au bleu mauve de l'aube au bleu clair du jour levé, de cette tranquillité dans les rues de mon quartier, de ce sentiment que la journée, la vie m'appartient, que tout est possible. Mon père aussi était matinal; il était souvent debout à mon retour et nous déjeunions ensembles, en silence, complices du matin.
Mes matins sont un peu différents maintenant, mais ils me sont essentiels. J'aime écrire le matin. Avec des enfants, il est plus difficile d'avoir un peu de temps juste à moi, alors j'en profite le matin. J'aime prendre mon café, seule, assise sur le divan, à regarder le jour qui se lève, à réfléchir, à lire, à rêver, à écrire.
Je prends maintenant le train de 6h24 a.m., et souvent je regarde par la fenêtre le monde qui s'éveille doucement. Les maisons de Montréal-Ouest dont les fenêtres s'éclairent une à une, les phares des voitures qui se suivent sur Décarie, le soleil qui se lève sur le pont Jacques-Cartier. Je suis toujours étonnée de l'aspect lunaire et désertique de la cour Glen, immense site abandonné en face de la station Vendôme, où j'ai pendant quelques secondes l'impression d'être tombée dans un film de science-fiction.
Peut-être nos sens sont-ils plus intacts le matin, non pollués par les bruits, les odeurs, les images de la journée. "L'aube dissout les monstres" a écrit Paul Éluard. Peut-être le matin est-il pour moi simplement la confirmation qu'une nouvelle journée m'est offerte, que tout m'est possible, qu'aucune inquiétude ou tristesse n'est importante. Peut-être tous les matins sont-ils bleus.
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