mardi 29 décembre 2009

La vie devant nous

Aujourd'hui je suis allée avec Mathilde à l'Atelier Build-a-Bear pour qu'elle puisse échanger sa carte-cadeau reçue à Noël et tant désirée depuis des mois. Elle a "construit" un toutou qu'elle promène partout depuis, une jolie panda surnommée Freddie:

L'expression de la petite fille encore en elle et de la pré-adolescente qui s'en vient était si évidente dans sa liste de cadeaux cette année: une montre sport, une carte-cadeau de Build-a-Bear... ainsi qu'un fer plat et du maquillage. Une minute elle joue encore au toutou, l'autre elle rêve d'aplatir ses cheveux et de se mettre du gloss pour être jolie.

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Lorsqu'Étienne était tout petit, j'ai eu une révélation qui m'avait beaucoup troublée. En tant que maman, je passe ma vie à m'éloigner physiquement de mes enfants. Ils ont vécu les neuf premiers mois de leur vie en moi... une fusion totale. Nous étions reliés directement par un cordon, coupé par le papa à la naissance. Les premiers mois sont passés en contact physique quasi constant. Puis ils apprennent à marcher, ils s'éloignent tranquillement. Et cette distance physique ne fait que s'agrandir.

J'avais eu cette réflexion alors qu'Étienne était tout petit. À cette époque, je n'avais qu'à m'assoir par terre et en moins de 30 secondes il venait s'installer sur moi, à la recherche de bisous et câlins. J'avais soudainement réalisé que cette période passerait, qu'un jour il serait adulte et (s'il se développait normalement!) il n'aurait plus ce réflexe. Déjà, à 10 ans, les câlins avec Mathilde commencent à être un peu plus gauches, un peu moins faciles. Étienne est toujours aussi colleux, mais ses câlins sont un peu moins longs, un peu moins urgents.

Cette réalisation m'avait beaucoup attristée; les enfants grandiraient... et s'éloigneraient peu à peu.

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Le mois dernier, j'avais une "journée de filles" avec Mathilde. Pour la féliciter de ses bons efforts à l'école, nous allions nous faire masser (ce qu'elle adore, vive les assurances!), diner au resto sur St-Denis et ensuite nous faire couper les cheveux.

Pendant le diner, j'ai eu l'impression que le temps s'arrêtait, et que je voyais Mathilde pour la première fois. Elle me racontait une histoire, et je remarquais son intelligence, son humour mordant, sa sensibilité. Je voyais l'adulte qu'elle deviendra, tout le plaisir que j'aurai à échanger avec elle, tout la complicité potentielle, impossible entre une adulte et une enfant.

J'ai eu une nouvelle révélation, qui me rassure un peu. Oui, nous nous éloignons physiquement, et cette affection me manquera beaucoup, mais nous nous rapprochons intellectuellement, émotivement. Nous avons la vie devant nous. Nous nous éloignerons... pour mieux nous rapprocher.

lundi 21 décembre 2009

Froot loops et pyjamas

Depuis samedi, les enfants et moi vivons dans la déchéance totale.

Nous avons d'abord commencé par refuser de nous habiller samedi matin. C'était notre premier acte de rébellion. À bas les vêtements! Vive les pyjamas! Nous avons passé la journée à ne rien faire de productif. À jouer à l'ordi sans limite de temps, se louer un film (vive le cinéma sur demande de Vidéotron), lire sur le divan, prendre un bain chaud. J'ai même fait deux siestes, du jamais vu dans l'histoire de Nathalie. On a mangé quand on en avait envie, de la soupe et des bagels, rien de compliqué. Puis, en fin de journée, on a pris un bain et mis un autre pyjama (plus propre, tout de même).

Le bonheur total.

Aujourd'hui, nous avons sombré un peu plus profondément dans la déchéance: à l'épicerie (il faut bien sortir un jour, quand il ne reste plus de soupe et de bagels), nous nous sommes achetés... des Froot Loops. Les Froot Loops représentent chez nous l'antithèse des déjeuners santé que nous prenons habituellement, pour avoir de l'énergie et être en forme à l'école. Pas besoin d'énergie pour écouter des films en pyjama. Au retour de l'épicerie, malgré qu'il était presque l'heure du souper, nous nous sommes tous les trois servi un grand bol de Froot Loops (on vit dans la déchéance après tout), que nous avons mangé avec appétit. Dixit Mathilde: "J'ai vraiment hâte à demain matin."

Nous avons besoin d'une pause. Une pause des horaires chargés, des levers toujours trop tôt, des heures de coucher rigides, des activités organisées, des limites de temps imposées à nos activités préférées parce qu'on a quelque chose de plus "urgent" à faire (les devoirs, les leçons, l'épicerie). Ce Noël, nous n'organisons rien. Nous vivons au jour le jour, au gré de la température et de Ciné-Cadeau. Carl Honoré, l'auteur de Under Pressure (que j'ai beaucoup aimé bien que je ne l'ai jamais terminé, moi et la non-fiction, ça n'est pas une histoire d'amour), serait vraiment fier de nous.

Et nous avons décrété que le 26 décembre sera une autre journée pyjama, passée à se louer des films en famille, jouer aux nouveaux jeux reçus à Noël, prendre des bains, lire, jouer à l'ordi.

Et à manger des Froot Loops.