Je dois arrêter de vivre dans le déni. Je parle de ma grande fille comme d'une pré-ado, mais à 13 ans, bientôt en secondaire 2 (et plus grande que moi!), c'est une vrai ado.
Et une ado, c'est pas facile. Pas facile du tout. Même quand c'est un modèle doux, gentil, serviable et souriant comme la mienne.
Je me souviens lorsque j'ai commencé ma carrière en rédaction, alors que j'étais encore toute jeune et naïve, une de mes collègues dans la quarantaine vivait une phase difficile avec son ado. Elle me parlait d'un livre dont le titre était « Get Out Of My Life, but First Could You Drive Me and Cheryl to the Mall? ». Je ne pouvais m'imaginer un titre plus débile, ni l'idée qu'on ait envie de lire un tel livre.
Mais je crois que j'irai l'acheter cet après-midi.
Ce matin, nous avons eu la chicane du siècle. Pendant plus d'une heure, nous avons essayé de discuter, expliquer, converser pour régler la situation. J'ai fait plus de concessions que jamais, j'ai été d'une patience infinie (enfin... la plupart du temps), plusieurs fois j'ai pris sur mes épaules des fautes qui n'étaient pas simplement miennes pour montrer que je voulais régler la situation, pour lui donner une chance de se sortir de cette chicane sans avoir à faire trop de concessions.
Rien à faire.
C'est alors que j'ai eu un flash: Il y a quelques semaines, elle et son frère se chicanaient sans arrêt, pour des pacotilles, au point où Étienne (qui aura 8 ans demain et n'est pas un exemple de sagesse) s'est pourtant mis à rigoler devant le ridicule de la situation. Du coup, Mathilde lui a répondu rageusement : « Mais arrête de rire! On est en train de se chicaner! » On se serait cru dans un film absurde. Et là j'ai compris: Elle ne voulait pas régler la chicane. Belliqueuse, elle cherchait des manières de mettre le bordel tout en prenant le rôle de la victime. Et peu importe ce que je dirais, nous n'allions pas régler cette chicane comme on le ferait entre deux adultes.
J'ai finalement abandonné. Elle est montée mi-rageuse, mi-larmoyante dans sa chambre, et je suis partie—full rageuse—chercher à dîner. Après quelques heures dans sa chambre, elle est finalement venue nous voir pour s'excuser, puis elle est redevenue souriante et de bonne humeur, affectueuse, comme si rien de tout cela n'était arrivé, alors que j'étais encore toute à l'envers.
Vivre avec une adolescente est comme s'aventurer en terrain vierge. Toutes les règles établies jusqu'à maintenant disparaissent. Les enjeux ne sont pas ce qu'ils semblent être. Alors que j'essayais de régler la situation comme je le ferais avec un adulte, elle était probablement en train d'expérimenter les cotés rebelles de sa personnalité.
Je n'ai plus de repères. J'ai besoin d'une carte pour déchiffrer ce nouveau terrain, pour naviguer les prochaines années sans trop m'écorcher et surtout en étant capable de soutenir cette belle grande fille que j'aime tant mais qui me fait parfois sortir de mes gonds.
Renaud-Bray, me voici...
samedi 18 août 2012
vendredi 3 août 2012
Coté cour, coté jardin
Cette semaine, j'habite un peu dans une pièce de théâtre.
Nous partageons avec des amis une grande maison près de la plage. La chambre que nous avons choisie est grande, jolie, confortable, bien décorée, et la table de chevet de mon coté du lit assez grande pour que je puisse y mettre tous les livres que j'ai apportés. La chambre a cependant une caractéristique avec des effets insoupçonnés: On peut y accéder par deux portes, une venant de la cuisine, l'autre du salon. Évidemment, aucune de ces portes n'a de loquet.
Et j'ai l'impression que je suis l'actrice principale d'une pièce de théâtre d'été, avec deux petits acteurs dont l'objectif est d'entrer au moment le plus inopportun avec des répliques plus délirantes les unes que les autres.
En voici un extrait.
Acte 1, Scène 4: La famille se prépare pour aller à la plage. Sur la scène, la maman essaie d'enfiler son bikini. Le haut du bikini est bien joli, mais il s'attache à l'arrière par des cordons croisés qui s'entremêlent facilement. La maman ne porte que le bas du bikini et tient le haut dans ses mains. Elle essaie tant bien que mal de démêler les cordons. En arrière-scène, on entend des voix d'enfants qui cherchent leurs sandales.
La porte s'ouvre coté jardin. Une grande ado rentre, laissant la porte toute grande ouverte.
Grande ado: Maman? Qu'est-ce que tu fais?
Maman (se couvrant rapidement la poitrine avec son haut de bikini, mêlant tous les cordons à nouveau): Ado! Ferme la porte! Tout le monde va me voir nue!
Grande ado (s'avançant vers l'intérieur de la pièce, sans fermer la porte): Ah! Tu mets ton costume de bain! Désolée, je ne savais pas.
Maman (fermant la porte coté jardin): Tu peux cogner la prochaine fois, s'il-te-plait?
Grande ado: Oui, oui, bien sur! As-tu vu Petit frère?
Maman: Non, je ne l'ai pas vu. Je peux m'habiller maintenant?
Grande ado: Oui, oui, désolée!
La grande ado quitte coté cour, oubliant de fermer la porte. La maman ferme la porte coté cour et recommence à essayer de démêler ses cordons. La porte s'ouvre coté jardin. Un petit garçon entre, laissant la porte toute grande ouverte.
Petit garçon: Maman? Qu'est-ce que tu fais?
Maman (se couvrant encore la poitrine, mêlant encore les cordons): Petit garçon! Ferme la porte! Tout le monde va me voir nue!
Petit garçon (s'avançant vers l'intérieur de la pièce, sans fermer la porte): Ah! Tu mets ton costume de bain! Désolé, je ne savais pas.
Maman (fermant la porte coté jardin): Tu peux cogner la prochaine fois, s'il-te-plait?
Petit garçon: Oui, oui, bien sur! As-tu vu Grande Ado?
Maman: Oui, elle vient tout juste de passer par ici. Elle te chercher d'ailleurs. Je peux m'habiller maintenant?
Petit garçon: Oui, oui, désolé!
Le petit garçon quitte coté cour, oubliant de fermer la porte. La maman ferme la porte coté cour et recommence à essayer de démêler ses cordons. La porte s'ouvre coté jardin. Son amoureux entre, refermant la porte derrière lui.
Amoureux: Ooooh... jolie! Tu portes le monokini aujourd'hui?
Maman: Non! Je voudrais bien mettre mon haut de bikini mais tout le montre entre tout le temps!
Amoureux (prenant son amoureuse dans ses bras): Moi je t'aime bien en monokini en tout cas...
Maman (laissant tomber le haut de bikini par terre): Ah oui? ...
La porte s'ouvre coté jardin et Grande Ado rentre.
Grande ado: Maman? Ah non! Pas encore des embrassades! Ça suffit! Papa, tu peux venir m'arranger mon vélo?
Amoureux (à regret): Oui, j'arrive.
Les deux quittent coté cour, et l'amoureux ferme la porte derrière lui. La maman ramasse son haut de bikini et recommence à arranger les cordons. Au moment même où elle réussit à mettre son bikini, les deux portes s'ouvrent en même temps. Grande ado entre coté jardin, Petit garçon entre coté cour. Les deux sont habillés pour la plage.
Grande ado et Petit garçon: Maman! Maman! Pourquoi c'est si long de t'habiller! On attend après toi pour aller à la plage!
La maman se regarde dans le miroir, soupire et sort, coté jardin.
Nous partageons avec des amis une grande maison près de la plage. La chambre que nous avons choisie est grande, jolie, confortable, bien décorée, et la table de chevet de mon coté du lit assez grande pour que je puisse y mettre tous les livres que j'ai apportés. La chambre a cependant une caractéristique avec des effets insoupçonnés: On peut y accéder par deux portes, une venant de la cuisine, l'autre du salon. Évidemment, aucune de ces portes n'a de loquet.
Et j'ai l'impression que je suis l'actrice principale d'une pièce de théâtre d'été, avec deux petits acteurs dont l'objectif est d'entrer au moment le plus inopportun avec des répliques plus délirantes les unes que les autres.
En voici un extrait.
Acte 1, Scène 4: La famille se prépare pour aller à la plage. Sur la scène, la maman essaie d'enfiler son bikini. Le haut du bikini est bien joli, mais il s'attache à l'arrière par des cordons croisés qui s'entremêlent facilement. La maman ne porte que le bas du bikini et tient le haut dans ses mains. Elle essaie tant bien que mal de démêler les cordons. En arrière-scène, on entend des voix d'enfants qui cherchent leurs sandales.
La porte s'ouvre coté jardin. Une grande ado rentre, laissant la porte toute grande ouverte.
Grande ado: Maman? Qu'est-ce que tu fais?
Maman (se couvrant rapidement la poitrine avec son haut de bikini, mêlant tous les cordons à nouveau): Ado! Ferme la porte! Tout le monde va me voir nue!
Grande ado (s'avançant vers l'intérieur de la pièce, sans fermer la porte): Ah! Tu mets ton costume de bain! Désolée, je ne savais pas.
Maman (fermant la porte coté jardin): Tu peux cogner la prochaine fois, s'il-te-plait?
Grande ado: Oui, oui, bien sur! As-tu vu Petit frère?
Maman: Non, je ne l'ai pas vu. Je peux m'habiller maintenant?
Grande ado: Oui, oui, désolée!
La grande ado quitte coté cour, oubliant de fermer la porte. La maman ferme la porte coté cour et recommence à essayer de démêler ses cordons. La porte s'ouvre coté jardin. Un petit garçon entre, laissant la porte toute grande ouverte.
Petit garçon: Maman? Qu'est-ce que tu fais?
Maman (se couvrant encore la poitrine, mêlant encore les cordons): Petit garçon! Ferme la porte! Tout le monde va me voir nue!
Petit garçon (s'avançant vers l'intérieur de la pièce, sans fermer la porte): Ah! Tu mets ton costume de bain! Désolé, je ne savais pas.
Maman (fermant la porte coté jardin): Tu peux cogner la prochaine fois, s'il-te-plait?
Petit garçon: Oui, oui, bien sur! As-tu vu Grande Ado?
Maman: Oui, elle vient tout juste de passer par ici. Elle te chercher d'ailleurs. Je peux m'habiller maintenant?
Petit garçon: Oui, oui, désolé!
Le petit garçon quitte coté cour, oubliant de fermer la porte. La maman ferme la porte coté cour et recommence à essayer de démêler ses cordons. La porte s'ouvre coté jardin. Son amoureux entre, refermant la porte derrière lui.
Amoureux: Ooooh... jolie! Tu portes le monokini aujourd'hui?
Maman: Non! Je voudrais bien mettre mon haut de bikini mais tout le montre entre tout le temps!
Amoureux (prenant son amoureuse dans ses bras): Moi je t'aime bien en monokini en tout cas...
Maman (laissant tomber le haut de bikini par terre): Ah oui? ...
La porte s'ouvre coté jardin et Grande Ado rentre.
Grande ado: Maman? Ah non! Pas encore des embrassades! Ça suffit! Papa, tu peux venir m'arranger mon vélo?
Amoureux (à regret): Oui, j'arrive.
Les deux quittent coté cour, et l'amoureux ferme la porte derrière lui. La maman ramasse son haut de bikini et recommence à arranger les cordons. Au moment même où elle réussit à mettre son bikini, les deux portes s'ouvrent en même temps. Grande ado entre coté jardin, Petit garçon entre coté cour. Les deux sont habillés pour la plage.
Grande ado et Petit garçon: Maman! Maman! Pourquoi c'est si long de t'habiller! On attend après toi pour aller à la plage!
La maman se regarde dans le miroir, soupire et sort, coté jardin.
mercredi 1 août 2012
Leçon d'humilité
Nous avons une chaise de plage bon marché achetée il y a quelques années. Nous ne l'utilisons presque jamais, puisque nous sommes très souvent dans l'eau, mais je la traîne malgré tout un peu partout.
Plus tôt cette semaine, je décide de profiter du soleil assise sur ma chaise. J'essaie de l'ouvrir, ça me semble pourtant simple, mais je n'y arrive pas. À force d'essayer, je réussis à l'ouvrir, mais en mode « pitoune de plage » : tellement inclinée vers l'arrière qu'on doit être couchée sur le dos. Je sais qu'il y a un mode « maman surveille ses petits qui se baignent », mais j'ai beau essayer de le trouver, je n'y arrive pas. Je demande à mon amoureux, mais Étienne arrive plus rapidement: « Attends, maman, je te l'arrange. » Il installe la chaise comme s'il avait fait ça toute sa vie, puis repart jouer dans l'eau.
Hier, je sors la chaise à nouveau, mais encore une fois je suis bloquée au mode « pitoune » (un signe?). J'appelle Étienne. Il arrive en courant.
— Tu peux m'aider à placer la chaise?
Il soupire.
— Maman, regarde. Tu mets tes mains ici, tu tiens le bout avec ton genou et ensuite tu pousses avec tes pouces.
Il arrange la chaise.
— Tu vois?
— Oui, oui, Éti, merci!
J'arrive pour m'asseoir, mais il remet la chaise en mode pitoune.
— À toi maintenant maman. Montre-moi si tu as bien compris.
Ben coup donc. C'est pas parce qu'on a juste sept ans qu'on ne peut donner une leçon à sa maman.
Plus tôt cette semaine, je décide de profiter du soleil assise sur ma chaise. J'essaie de l'ouvrir, ça me semble pourtant simple, mais je n'y arrive pas. À force d'essayer, je réussis à l'ouvrir, mais en mode « pitoune de plage » : tellement inclinée vers l'arrière qu'on doit être couchée sur le dos. Je sais qu'il y a un mode « maman surveille ses petits qui se baignent », mais j'ai beau essayer de le trouver, je n'y arrive pas. Je demande à mon amoureux, mais Étienne arrive plus rapidement: « Attends, maman, je te l'arrange. » Il installe la chaise comme s'il avait fait ça toute sa vie, puis repart jouer dans l'eau.
Hier, je sors la chaise à nouveau, mais encore une fois je suis bloquée au mode « pitoune » (un signe?). J'appelle Étienne. Il arrive en courant.
— Tu peux m'aider à placer la chaise?
Il soupire.
— Maman, regarde. Tu mets tes mains ici, tu tiens le bout avec ton genou et ensuite tu pousses avec tes pouces.
Il arrange la chaise.
— Tu vois?
— Oui, oui, Éti, merci!
J'arrive pour m'asseoir, mais il remet la chaise en mode pitoune.
— À toi maintenant maman. Montre-moi si tu as bien compris.
Ben coup donc. C'est pas parce qu'on a juste sept ans qu'on ne peut donner une leçon à sa maman.
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