lundi 25 janvier 2010

Les petits bonheurs

Il y a longtemps, j'ai lu un livre suggérant de faire une liste des cinq bonheurs de notre journée avant de s'endormir. La théorie était que cet exercice nous mettait dans un état d'esprit plus positif avant le dodo et, à long terme, faisait de nous des gens plus optimistes. Je ne sais pas trop si c'est vrai, mais j'ai aimé l'idée, que je pratique très souvent. Je voudrais faire l'exercice avec les enfants, mais j'oublie toujours lorsqu'arrive la routine du soir.

Alors aujourd'hui, pendant le souper, j'ai eu une idée. "Est-ce qu'on se dit nos bonheurs de la journée?" J'ai eu peur évidemment qu'Étienne-le-sombre réponde que ça ne lui tentait pas et que de toute façon il "déteste l'école" (sa nouvelle expression). Surprise! Il s'est porté volontaire pour commencer et était tout content de raconter qu'il avait eu une bonne journée à l'école. Ensuite Mathilde m'a longuement raconté le midi impro à l'école, une activité qu'elle adore et dont je n'avais jamais entendu parler. Je leur ai ensuite parlé de mon nouveau livre, Ru, complètement génial, du Vietnam, des Boat people. Puis Étienne a continué avec un autre bonheur. Nous avons finalement parlé de nos bonheurs pendant tout le souper, jusqu'au début de Tactic (émission préférée de Mathilde et un de ses bonheurs).

C'était tout simple, mais une façon tellement incroyable d'avoir plein de détails sur ce que les enfants ont aimé de leur journée.

Et ce souper... est en tête de mes bonheurs de la journée. Avec mon livre auquel je retourne maintenant, et mon lit que je rejoindrai dans 15 minutes...

dimanche 24 janvier 2010

lundi 18 janvier 2010

Conversation de banquette arrière

Dimanche dernier. Nous sommes en voiture. À la radio de Radio-Canada, un reporter interviewe de jeunes enfants Haïtiens dans le cadre d'un reportage spécial sur le séisme en Haïti. Les voix d'enfants attirent l'attention de Mathilde et Étienne.

Conversation de banquette arrière amorcée par Mathilde:

- Étienne, les enfants qui parlent à la radio, ils ne sont pas chanceux parce que dans leur pays il y a eu un gros tremblement de terre, et ça a tout cassé leur maison. Alors ils n'ont plus de maison.
- Moi z'aime pas ça les tremblements de terre. Il y en a des tremblements de terre ici, Mathilde?
- Non, pas ici. Nous on est corrects ici. Mais eux ils n'ont rien à manger, alors nous on leur envoie de la nourriture par avion pour les aider un peu. Et en plus, parce qu'ils n'ont plus de maison, ils marchent dans les rues pour se trouver un autre endroit pour habiter. Ils y en a qui ont perdu leur famille, alors ils n'ont plus de père ou de mère.
(silence)
- Continue, Mathilde.
- Et des fois, ils sont trop fatigués alors ils s'arrêtent et se couchent par terre pour faire dodo. Ils ont même pas de lits. Ils dorment dehors.
- Qu'est-ce qu'ils font quand il neige?
- La-bas il ne neige pas, il fait toujours chaud, alors au moins ils n'ont pas froid.
- Pourquoi il ne neige pas la-bas?

(et suit une discussion sur pourquoi il fait toujours chaud dans certains pays)


***

En soi, cette conversation n'a rien d'extraordinaire. Mais j'y voyais la conscience naissante de Mathilde, sa patience dans l'explication, son désir de partager avec son frère. L'intérêt d'Étienne, sa confiance inébranlable en sa grande sœur, lui qui boit toujours les paroles de Mathilde et ne les met jamais en doute. Mais surtout, surtout... la chance incroyable de savoir que mes enfants vivent dans un monde privilégié où je peux leur offrir un toit, une maison confortable, une sécurité affective, un avenir où tout est possible. Et la réalisation que, pour l'instant, ce genre de tragédie n'est pour eux qu'une conversation de banquette arrière...

samedi 2 janvier 2010

"Le talent, ça n'existe pas. Le talent, c'est d'avoir envie de faire quelque chose." -Jacques Brel

Ce matin, j'ai montré à ma fille comment faire de la couture.

Ceux qui me connaissent bien peuvent comprendre toute l'ironie de cette situation.

Je suis la fille d'une très grande couturière, mais je suis complètement nulle en couture. Dans le meilleur des cas, je pose un bouton, qui s'attache ensuite mal et retombe souvent quelques mois plus tard. Aujourd'hui, j'avais un coussin à recoudre ainsi que deux animaux à opérer: un lapin qui avait perdu sa queue et un éléphant qui avait perdu un bras. C'est dur la vie de maman-chirurgienne.

Je dis que je suis nulle, mais c'est en fait que je n'ai absolument aucun intérêt pour la couture. J'ai longtemps pensé que j'étais nulle en couture, comme j'étais nulle en cuisine et nulle avec les plantes. Je ne suis pas née avec un talent exceptionnel pour aucune de ces activités, et j'en déduisais que ces activités étaient donc hors de ma portée. Quelle horrible conviction! J'ai compris avec le temps qu'avec juste un peu d'intérêt, de patience et un esprit un tant soit peu audacieux, il n'y a rien que je ne peux pas faire. Je dois juste en avoir envie.

Je resterai donc (avec bonheur) nulle en couture, surtout que j'aurai probablement une fille qui sera une grande couturière, à voir son enchantement pour la couture ce matin. Comme je lui ai transmis l'étendue de mes connaissances en couture en moins de 15 minutes, je crois qu'elle aurait besoin d'une visite chez sa grand-maman pour développer son talent...

Pendant ce temps, je m'attaquerai aux mystères de la pâte Filo.

***

Mathilde-la-créative a transformé l'atelier de couture de ce matin en clinique de chirurgie pour animaux... Dr. Étienne et Dr. Mathilde ont donc performé plusieurs chirurgies dans leur hôpital pour animaux:

À voir la file d'attente, ils sont clairement très talentueux ;-)

(je viens de remarquer que l'éléphant et le lapin que j'ai opérés ce matin se sont remis en ligne... je me demande si je dois le prendre personnel... ;-)

mardi 29 décembre 2009

La vie devant nous

Aujourd'hui je suis allée avec Mathilde à l'Atelier Build-a-Bear pour qu'elle puisse échanger sa carte-cadeau reçue à Noël et tant désirée depuis des mois. Elle a "construit" un toutou qu'elle promène partout depuis, une jolie panda surnommée Freddie:

L'expression de la petite fille encore en elle et de la pré-adolescente qui s'en vient était si évidente dans sa liste de cadeaux cette année: une montre sport, une carte-cadeau de Build-a-Bear... ainsi qu'un fer plat et du maquillage. Une minute elle joue encore au toutou, l'autre elle rêve d'aplatir ses cheveux et de se mettre du gloss pour être jolie.

***

Lorsqu'Étienne était tout petit, j'ai eu une révélation qui m'avait beaucoup troublée. En tant que maman, je passe ma vie à m'éloigner physiquement de mes enfants. Ils ont vécu les neuf premiers mois de leur vie en moi... une fusion totale. Nous étions reliés directement par un cordon, coupé par le papa à la naissance. Les premiers mois sont passés en contact physique quasi constant. Puis ils apprennent à marcher, ils s'éloignent tranquillement. Et cette distance physique ne fait que s'agrandir.

J'avais eu cette réflexion alors qu'Étienne était tout petit. À cette époque, je n'avais qu'à m'assoir par terre et en moins de 30 secondes il venait s'installer sur moi, à la recherche de bisous et câlins. J'avais soudainement réalisé que cette période passerait, qu'un jour il serait adulte et (s'il se développait normalement!) il n'aurait plus ce réflexe. Déjà, à 10 ans, les câlins avec Mathilde commencent à être un peu plus gauches, un peu moins faciles. Étienne est toujours aussi colleux, mais ses câlins sont un peu moins longs, un peu moins urgents.

Cette réalisation m'avait beaucoup attristée; les enfants grandiraient... et s'éloigneraient peu à peu.

***

Le mois dernier, j'avais une "journée de filles" avec Mathilde. Pour la féliciter de ses bons efforts à l'école, nous allions nous faire masser (ce qu'elle adore, vive les assurances!), diner au resto sur St-Denis et ensuite nous faire couper les cheveux.

Pendant le diner, j'ai eu l'impression que le temps s'arrêtait, et que je voyais Mathilde pour la première fois. Elle me racontait une histoire, et je remarquais son intelligence, son humour mordant, sa sensibilité. Je voyais l'adulte qu'elle deviendra, tout le plaisir que j'aurai à échanger avec elle, tout la complicité potentielle, impossible entre une adulte et une enfant.

J'ai eu une nouvelle révélation, qui me rassure un peu. Oui, nous nous éloignons physiquement, et cette affection me manquera beaucoup, mais nous nous rapprochons intellectuellement, émotivement. Nous avons la vie devant nous. Nous nous éloignerons... pour mieux nous rapprocher.

lundi 21 décembre 2009

Froot loops et pyjamas

Depuis samedi, les enfants et moi vivons dans la déchéance totale.

Nous avons d'abord commencé par refuser de nous habiller samedi matin. C'était notre premier acte de rébellion. À bas les vêtements! Vive les pyjamas! Nous avons passé la journée à ne rien faire de productif. À jouer à l'ordi sans limite de temps, se louer un film (vive le cinéma sur demande de Vidéotron), lire sur le divan, prendre un bain chaud. J'ai même fait deux siestes, du jamais vu dans l'histoire de Nathalie. On a mangé quand on en avait envie, de la soupe et des bagels, rien de compliqué. Puis, en fin de journée, on a pris un bain et mis un autre pyjama (plus propre, tout de même).

Le bonheur total.

Aujourd'hui, nous avons sombré un peu plus profondément dans la déchéance: à l'épicerie (il faut bien sortir un jour, quand il ne reste plus de soupe et de bagels), nous nous sommes achetés... des Froot Loops. Les Froot Loops représentent chez nous l'antithèse des déjeuners santé que nous prenons habituellement, pour avoir de l'énergie et être en forme à l'école. Pas besoin d'énergie pour écouter des films en pyjama. Au retour de l'épicerie, malgré qu'il était presque l'heure du souper, nous nous sommes tous les trois servi un grand bol de Froot Loops (on vit dans la déchéance après tout), que nous avons mangé avec appétit. Dixit Mathilde: "J'ai vraiment hâte à demain matin."

Nous avons besoin d'une pause. Une pause des horaires chargés, des levers toujours trop tôt, des heures de coucher rigides, des activités organisées, des limites de temps imposées à nos activités préférées parce qu'on a quelque chose de plus "urgent" à faire (les devoirs, les leçons, l'épicerie). Ce Noël, nous n'organisons rien. Nous vivons au jour le jour, au gré de la température et de Ciné-Cadeau. Carl Honoré, l'auteur de Under Pressure (que j'ai beaucoup aimé bien que je ne l'ai jamais terminé, moi et la non-fiction, ça n'est pas une histoire d'amour), serait vraiment fier de nous.

Et nous avons décrété que le 26 décembre sera une autre journée pyjama, passée à se louer des films en famille, jouer aux nouveaux jeux reçus à Noël, prendre des bains, lire, jouer à l'ordi.

Et à manger des Froot Loops.

dimanche 29 novembre 2009

La route que nous suivons

Dernièrement, Étienne est allé jouer chez un nouvel ami. Le jour d'avant, il avait acheté avec ses sous un Neo Shifter, mélange de transformer, alien, et bonhomme légo full killer. Étienne a passé presque 2 heures à monter le bonhomme, et encore plus de temps à jouer avec. Il en était tellement fier qu'il voulait l'amener chez son nouvel ami. 

Mais, malgré le fait que je trouve le jouet très cool, il a tout de même un coté assez, disons, violent. Il a l'air très méchant, il a des armes, il tire des boulets, clairement il n'a pas été fait pour jouer à la poupée. 

Alors... j'ai refusé qu'Étienne l'amène chez son ami. Parce que j'avais peur du jugement de la maman d'Axel, que je ne connais pas. Peur qu'elle pense que j'élève mon enfant dans la violence, que je ne l'élève pas dans la paix. Peur qu'elle ne veuille pas que mon fils joue avec son fils. 

J'y repense encore, parce que la première chose qu'Étienne a dit en arrivant chez Axel, c'est: "Hey, maman! Regarde! Axel a le même Neo Shifter que moi." 

Ben oui, regarde donc. Il a aussi la même épée de G.I. Joe que toi. Et les mêmes super héros. 

Je vis très bien avec la façon dont j'élève mon fils. C'est un garçon presque stéréotypé tellement il aime les autos, les batailles, les légos, les trains, les bonshommes qui ont l'air méchant et ont envie de se battre. Laissé à lui-même, il trouve des bâtons qu'il transforme en épées, il joue à la bataille avec ses amis, mêmes les plantes qu'il arrache parfois dans mes plates-bandes deviennent des armes. Mais il est doux comme un agneau, n'a jamais frappé personne, est super affectueux et très gentil avec ses amis. Alors je n'hésite pas à lui offrir ces jouets qu'il aime tant, surtout lorsque je vois à quel point ils stimulent son imagination, à quel point il peut être concentré lorsqu'il doit les fabriquer. 

Mais je trouve complètement fou le fait que j'ai essayé de "cacher" ce jouet à cette maman. Que je n'arrive pas à m'assumer complètement. Que, même maintenant, je n'ai pas complètement confiance en mes décisions de mère. Que l'opinion de cette femme, que je ne connaissais même pas, était d'une certaine façon plus importante que mes propres valeurs. 

Il faudrait peut-être que je commence à m'assumer.

dimanche 15 novembre 2009

L'imagination débordante de Mathilde

Mathilde n'aime pas toujours son incroyable imagination parce qu'elle lui joue bien souvent des tours. La combinaison explosive de son imagination et de ses tendances anxieuses lui font passer des moments parfois bien difficiles. Ce fut le cas lorsqu'elle eut son vaccin dimanche dernier; elle a d'abord eu très peur du vaccin lui-même, convaincue qu'il serait incroyablement douloureux (ce ne fut pas le cas). Puis, après le vaccin, elle s'est mise à s'imaginer, en larmes, tous les effets secondaires potentiels du vaccin, convaincue qu'elle en souffrait. Nous avons réussi à la calmer, mais la soirée a été très difficile pour ma belle Mathilde, qui "déteste" son anxiété. Elle n'accepte pas très bien cet aspect de sa personnalité et s'en voulait de s'être laissée emporter par son imagination.

Mais cette imagination est aussi une force incroyablement positive dans sa vie, et je suis souvent impressionnée par ses créations diverses. Hier, en cherchant quelque chose à faire, elle a dit: "Éti! J'ai une bonne idée! On va prendre les boites en carton et on va faire une fusée!" (Stéphan venait de monter deux nouvelles chaises achetées chez Ikea, et les boites étaient dans le salon).

Voici le résultat:

Avec ordinateurs et GPS intégrés!

La conception et le montage sont d'elle. J'ai simplement fait les trous aux endroits demandés (histoire de préserver tous ses doigts). Étienne a aidé un peu, mais il a surtout joué (et fait son propre petit laptop).

Nous avons eu une longue discussion hier, où j'ai essayé de lui faire comprendre que c'était son imagination galopante dans les moments anxieux qui lui permettait aussi de créer des trucs aussi cools, aussi incroyables que cette fusée. Je ne sais pas si j'ai réussi à lui montrer que j'aime toutes ces parties d'elles, à la convaincre à quel point je la trouve géniale. Mais j'espère que j'ai réussi juste un tout petit peu, et qu'elle s'en souviendra lorsque son esprit dérivera vers le coté sombre de son imagination...

mardi 3 novembre 2009

Se rebeller contre les devoirs

La semaine dernière, je lisais un article sur un blog que j'adore, Free-Range Kids. L'auteure du blog, Lenore Skenazy, prône de redonner à nos petits une enfance où ils sont libres d'explorer, sans toutes ces règles de sécurité souvent exagérées qui font qu'ils n'ont plus la liberté d'être simplement des enfants. Ils devraient pouvoir jouer dehors, marcher ou prendre leur vélo pour aller à l'école, aller seuls à la bibliothèque ou au parc, sans être constamment chaperonnés. 

J'ai besoin de lire ces textes pour me rappeler de ne pas me laisser aller à la panique générale qui suggère de garder nos enfants à la maison afin qu'il ne leur arrive rien. Justement... il ne leur arrive rien. Ils n'ont donc jamais la chance de faire de simples choix, peut-être de petites erreurs, et ainsi apprendre à prendre de bonnes décisions. Et on s'attend pourtant à ce qu'ils soient aptes à faire de bons choix plus tard dans leur vie lorsque les conséquences sont plus importantes (par exemple, je fume ou non?), sans jamais leur avoir donné la chance de prendre de petites décisions. Mais je m'égare. 

Le blog était sur l'importance des devoirs, et un extrait m'a beaucoup troublée:
What struck me most about the real-life stories, though, was how many moms and dads are allowing hours and hours of homework eat up their children’s childhood—as if it just isn’t under their control. As a society it seems that we have forgotten how to be parents; we are letting “systems”—be it after-school sports, media, toy companies, or schools—parent for us. So next time your child sighs and lugs his/her backpack to the “well-lit, quiet homework space”, say, “Forget about it! Go outside! I’ll write you a note!”
Cet extrait m'a troublée, parce que je m'y suis reconnue. Je ne proteste jamais la quantité incroyable de devoirs de Mathilde cette année; elle passe pourtant facilement 1.5 heures par jour, après l'école, à faire des devoirs et leçons de toute sorte, sans compter les études qu'elle fait le week-end. Elle en devient fatiguée, découragée, démotivée. C'est normal... elle a 10 ans! Elle devrait pouvoir s'amuser un peu et non pas chercher 15 mots dans le dictionnaire qu'elle copie ensuite sans y porter aucune attention. 

Je ne sais pas si c'est la lecture de cet article (sûrement), ou le fait d'être d'une humeur massacrante hier à force d'être séquestrée à l'intérieur à cause d'une vilaine grippe (un peu), mais je me suis fâchée hier. Ou plutôt, j'ai décidé de protester. Mathilde devait étudier un gros examen de maths pour aujourd'hui, en plus de faire son devoir. J'ai décidé qu'on sautait le devoir. Elle a tout de même passé 2 heures à étudier son examen... alors j'ai écrit au prof que considérant le temps passé à étudier l'examen, il ne restait plus de temps pour faire le devoir. Et tant pis si elle n'est pas contente. 

J'ai aussi trouvé sur le blog de Mme Skenazy une critique très positive de Under Pressure de Carl Honoré, qu'on m'avait recommandé, qui prône aussi un retour à une enfance plus libre, moins organisée. Je l'ai réservé à la bibliothèque, et je vais le chercher cet après-midi, avant d'aller chercher les enfants à l'école. 

Ensuite, on profitera du fait que j'ai un peu retrouvé ma forme et qu'il fait super beau pour jouer dans les feuilles. 

Et tant pis pour les devoirs.

lundi 2 novembre 2009

Vieillir

Ce week-end, Stéphan et moi discussions de la qualité poétique de certains titres d'albums CDs québécois lorsqu'Étienne se mêle à la conversation: "Tu peux me les lire, papa? Qu'est-ce que ça veut dire?" 

Alors Stéphan lui lit et explique. Rendu à "La plus belle fille de la prison", Stéphan lui demande: "Tu sais que ce ça veut dire, la plus belle fille?" Et là, sans aucune hésitation, Étienne se retourne, me pointe du doigt et dit: "Ben, c'est elle." Quel bonheur dans mon coeur de maman, écrasée sur le fauteuil à cause d'une vilaine grippe. Ben oui, c'est moi. Qui d'autre? 

*** 

J'ai l'intention d'imprimer un jour ce blog et de le donner à mes enfants, pour qu'ils aient des souvenirs d'eux lorsqu'ils étaient petits, et pour qu'ils aient un peu idée de qui était leur maman. Je réalise que je parle moins de Mathilde que d'Étienne depuis quelques temps. Mathilde est maintenant rendue à un âge où ses confidences se font souvent avec la promesse de n'en parler à personne. Ses inquiétudes, intérêts ou rêves ne sont pas encore adolescents, mais ils ne sont plus enfants non plus. Notre relation tombe maintenant dans le domaine du privé...

lundi 26 octobre 2009

Rêver d'un Bionicle... un dollar à la fois

Depuis quelques temps, Étienne a droit à une allocation (3$ par semaine) en échange d'une tâche. Il doit mettre tout le recyclage dans un sac lorsque le bac est plein. Il trouvait injuste que Mathilde, qui a une allocation et une tâche similaire (recycler les journaux), avait un peu d'argent de poche pour s'acheter des trucs alors qu'il n'en avait jamais.

Depuis, il accumule ses sous dans une petite boite en carton. Il a maintenant un 5$, des 2$ et des 1$, qu'il compte et recompte régulièrement.

Le week-end dernier, Étienne a retrouvé un de ses catalogues de Mégablocks, et il s'est mis à rêver... "Maman, est-ce que ze peux m'acheter ça avec mes sous?" Évidemment, il rêve du méga château de Bionicle à $100, alors pour l'aider dans ses choix, je lui ai montré le catalogue en ligne de Megablocks, qui affiche les prix de chaque jouet. Je lui ai trouvé les items qui valaient entre 10$ et 20$, en lui rappelant qu'il a accumulé 14$. Il passe maintenant sa pause ordi à regarder les items, les comparer, me montrer ce qu'il peut acheter: "ça maman c'est cool et c'est 13$! ze peux!" ou "ça c'est beau mais, ze peux pas maman, regarde c'est 18$. Il faut que ze ramasse d'autres dollars." Ou encore "Ça c'est 10$ mais il y a juste deux méchants, l'autre en a trois." J'étais assez fière de sa capacité à lire les chiffres et à comparer ses options... mais je n'avais rien vu.

Ce soir, après son bain, Étienne me voit en train de passer le balai:
- Maman, attends, ze vais le faire pour toi.
- Ah oui? (C'est la première fois qu'il se porte volontaire pour une tâche du genre.)
- Oui! Donne-moi le balai, ze vais le passer.
- Ok. Merci! Tu es gentil!
- (Sourire angélique) Mais ze suis touzours gentil maman.

Hummm...

Après sa tâche, qu'il a étonnamment bien effectuée, il est revenu me voir:
- Maman?
- Oui?
- Ze peux avoir $4 parce que z'ai passé le balai?
- ... !

Je lui ai donné $1 pour son bon travail et son entrepreneurship. Si je suis chanceuse, il vise toujours le Bionicle à $100.

vendredi 23 octobre 2009

Première neige

Il est impossible d'avoir des enfants et de ne pas adorer la première neige, celle qui surprend, qui arrive un jeudi d'octobre sombre et froid, qui tombe en flocons blancs, ouatteux, immenses, qui fait sauter les enfants d'envie d'aller jouer dehors. Alors on décide que, pour une fois, on se rebelle contre les devoirs interminables. On donne à notre fille toutes les réponses pour qu'elle ne soit pas punie par son prof... et on s'en va dehors.

mardi 29 septembre 2009

L'omniscience du Père Noël

Étienne n'a pas encore vraiment de conscience. En fait, comme il croit au Père Noël, et qu'il sait qu'il doit bien se comporter pour recevoir des cadeaux, c'est le Père Noël qui lui tient lieu de conscience.

Hier l'école a téléphoné pour me dire qu'Étienne faisait de la fièvre, ce qui nous inquiète toujours depuis les convulsions. Drôle de hasard, la fièvre a mystérieusement disparu en arrivant à la maison, et les autres maux se sont rapidement envolés, faisant place à l'énergie nécessaire pour jouer aux Bionicles et légos.

Ce matin, Stéphan (a.k.a. papa poule) ne savait pas trop s'il devait l'envoyer à l'école ou non. Cette conversation a répondu à sa question:

- Papa? Est-ce que le Père Noël lit dans nos pensées?
- Non.
- Ah! Ben ze peux pas aller à l'école auzourd'hui, z'ai mal au ventre.

Ce fut donc une journée à l'école pour Petit Poulet :)

mardi 22 septembre 2009

Ilot de tranquillité

La rentrée scolaire se passe un peu difficilement pour Étienne. Il a de la difficulté à se souvenir de toutes les règles et revient souvent à la maison avec plein d'avertissements dans son agenda. Il est impossible d'obtenir aucune information sur sa journée, "ze veux pas en parler." Il est épuisé (même s'il refuse de l'admettre) et devient chialeux à l'arrivée, jamais content de ce qu'on lui offre, pleurant souvent.

Ce soir, alors que Mathilde faisait ses devoirs, j'essayais de nous trouver une activité pour l'occuper. Uno? Trop plate. Une histoire? Ça non plus. Un dessin? On en fait à tous les jours. Finalement, j'abandonne, je lui dis que je n'ai plus d'idée. Il me regarde alors avec ses grands yeux tristes: "Ze veux aller dans tes bras."

Ahhh... petit poulet.

Je l'ai donc pris dans mes bras, et nous sommes restés ainsi cinq minutes, assis dans les escaliers à ne rien faire. Puis nous sommes allés dans ma chambre, nous étendre sur mon lit alors que je lui coupais les ongles. Tranquilles, silencieux, dans la lumière de fin d'après-midi. Puis, soudainement, il s'est mis à parler de l'école, sans arrêt. À me nommer tous les amis de sa classe, un par un. Avec qui il dinait, avec qui il était assis, qui était vraiment son ami, qui pleurait toujours, qui ne parlait jamais. Je n'osais pas bouger, pas poser de questions, de peur d'arrêter ce flot d'information si précieux, ce moment cadeau qui m'était offert alors que je n'avais rien demandé.

Puis il s'est relevé, maintenant content et souriant, et est parti jouer dans sa chambre avec sa fusée Star Wars.

J'ai eu envie d'un peu plus de ces ilots de tranquillité dans la chaos actuel de ma vie...

lundi 21 septembre 2009

L'entrepreneurship de Mathilde

 Samedi dernier, Mathilde a réalisé un grand rêve: Faire une vente de garage.


Je ne sais d'où lui vient cette obsession (je suis loin d'être une fan des ventes de garage), mais elle en parle depuis plusieurs années. Alors lorsqu'une voisine m'a approchée cet été pour faire une vente de garage, j'ai dit à Mathilde: Si ça t'intéresse, envoie-lui un courriel. 

Ce qu'elle a fait:
bonjour Francine,

Si vous voulez bien,
nous aimerions bien
participer a votre vente de garage.

Si nous pouvons,
on voudrais savoir quand cela aura lieu s.v.p.

merci
mathilde

Francine a accepté l'offre de Mathilde (comment résister à ce courriel? :), et elles ont planifié ça pour le week-end dernier. Pendant des semaines, Mathilde a préparé les objets qu'elle allait vendre, elle a discuté prix avec Stéphan et étiqueté ses trucs, elle a fait un inventaire sur ordi de son stock. 

Samedi matin, 7 a.m., elle était prête:


J'ai trouvé émouvant de la voir ainsi, à la fois excitée et un peu inquiète de son aventure, rêvant de tous ces clients qui allaient venir. Elle m'a demandé de rester un peu avec elle, puis j'ai pu la laisser après une trentaine de minutes. 

Étienne tenait évidemment à être présent, même s'il n'avait pas envie de rester derrière une table. Il avait donc choisi quelques trucs à vendre, laissant la responsabilité à Mathilde.

(Il faisait froid, alors évidemment il fallait mettre des gants... avec des shorts :)

La journée a été un peu décevante pour Mathilde en terme de ventes. Elle avait estimé faire environ 7$. En milieu d'après-midi, elle n'avait vendu que pour 2.75$. Elle a révisé ses prix à la baisse, a rajouté une affiche "tout est négociable" sur sa table, mais a terminé la journée avec 4.75$ de profit. Éti quant à lui a fait 2.25$, qu'il a rapidement dépensé sur une immense fusée Star Wars datant des années 80 et un bonhomme GI Joe. 

Malgré ce peu de succès, Mathilde a adoré sa journée, et la vente de garage s'est rapidement transformée en fête de quartier, avec plus de 5 familles (et 10 enfants entre 3 et 14 ans!) qui participaient avec bonheur à l'événement.

J'admire la persévérance et l'initiative de Mathilde, tout l'effort et l'enthousiasme qu'elle met dans ses entreprises... 

Son prochain rêve: un kiosque de limonade :-)

vendredi 11 septembre 2009

Un vendredi...

Un vendredi
matin ensoleillé
air d'automne

un autobus
le rire d'un enfant
de l'inquiétude à la confiance

Envoyer la main
regards complices
coeurs légers

rentrer chez soi
douce solitude
baigner
dans la beauté du moment

vendredi 28 août 2009

We carry on

Finalement, la vraie première journée était ce matin.

Mathilde, Étienne et moi sommes partis vers 7h35, après avoir écouté une chanson des petites tounes, à la demande d'Éti. Il a choisi "Belle journée", qui raconte l'histoire d'un enfant heureux parce qu'enfin il pleut. Nous avons tous les quatre chanté avec enthousiasme "C'est une belle journée / Je peux enfin me promener / Avec mes bottes de pompiers". Moment de grands sourires et d'intensité.

En route, Étienne me demande:
-Maman, aujourd'hui est-ce que tu restes avec moi, ou je vais y aller tout seul?
-Tu y vas tout seul, mon lapin.
-YESSS!!!

Bon.

Dans la petite cour des maternelles, tout allait bien, malgré l'air à la fois excité et légèrement inquiet d'Étienne, malgré que je le trouvais soudainement si petit parmi tous ces enfants, son sac à dos de Transformers si grand.

Et puis la cloche a sonné.

Et j'ai compris que, pour moi, c'était là, maintenant, la vraie première journée. La dernière première journée d'école. J'avais le coeur si gros que j'ai du mettre mes lunettes de soleil pour qu'il ne voit pas le débordement. Il s'est digiré vers sa professeure, sans même un regard pour moi. Lorsque son groupe a pris son rang pour rentrer en classes, il s'est retourné une dernière fois, d'une voix un peu tremblante a crié: "Bye maman!" puis il est reparti, en gambadant, rigolant avec sa copine de garderie Kayla.

J'ai marché vers le bord de l'eau, si à l'envers que je respirais à peine, larmes coulant sur mes joues. Et je me suis mise à courir. Magnifique exutoire... Sur fond de Portishead (A taste of life / I can't describe), Vampire Weekend, Moby, Chemical Brothers, j'ai exorcisé ma peine pendant près de 50 minutes. Il me semblait qu'à chaque pas je laissais derrière moi ma tristesse, le désir illusoire de vouloir arrêter le temps, mes rêves impossibles, ma nostalgie de ce qui a été mais ne sera plus. Je suis rentrée chez moi le coeur un peu plus léger.

Moi aussi, peut-être, j'amorce une nouvelle aventure.

jeudi 27 août 2009

Cet espace entre la fin et le début

Ce matin était la première journée d'école pour Mathilde et une visite de la maternelle pour Étienne. C'était une première qui n'en était pas vraiment une, puisque que nous restions ensembles dans sa classe. Il commence l'école pour vrai demain, mais pour deux heures seulement. Lundi est la vraie première journée complète, mais ça ne sera pas vraiment une première, puisqu'il sera déjà allé à l'école seul sans moi.

Cette rentrée progressive est très frustrante pour Étienne, qui était prêt pour "la vraie école" ce matin. Mais, en fait, je crois que cette rentrée est pour les parents. Je deviens si confuse avec toutes ces premières qui n'en sont pas vraiment que bientôt ça fera une semaine qu'il sera à l'école et je n'aurai pas encore pleuré cette étape, parce que j'attendrai encore la vraie première.

Alors que je vogue dans la nostalgie, Étienne ne voit que ce qui s'en vient, l'ivresse de ce nouveau projet. Hier, nous avons dit adieu aux éducatrices de la garderie. J'avais les larmes aux yeux et la gorge si serrée que je n'arrivais plus à parler, mais Étienne avait juste envie de rentrer à la maison, me regardait bizarrement, répétait que non, il n'allait pas "dire au revoir à tout le monde, c'était quoi ce truc?"

À son âge, il ne voit que ce qui s'en vient, mais ne réalise pas que toujours, lorsque qu'on amorce une nouvelle aventure, on laisse quelque chose--ou quelqu'un--derrière soi.

Il semble détaché, indifférent à tout ceci, mais je crois qu'il sent lui aussi qu'il est à l'aube d'un passage. Je le sens très fébrile, très sensible. Après une enième chicane avec sa soeur tout à l'heure, il est venu me voir et m'a tendu les bras, comme lorsqu'il était tout petit et voulait que je le prenne.

Je l'ai pris dans mes bras et nous avons dansé doucement sur Elsiane. Pendant au moins deux chansons nous sommes restés ainsi, ses petits bras me serrant très fort, sa tête enfouie profondément dans mon cou. Puis, rassuré, il s'est éloigné et est reparti jouer.

Et je suis restée là, les bras vides, entre la fin et le début...

dimanche 23 août 2009

C'est la fête d'Éti... et le début d'une tradition

Cette année, Étienne a eu une brillante idée pour fêter ses 5 ans: aller en camping avec ses cousins.

J'ai déjà lu que les moments de bonheur qu'on vit dans l'enfance ont un impact direct sur le cerveau, sculptant des chemins qui seront de plus en plus simples à prendre, rendant le bonheur plus "facile." À voir les six cousins passer d'un terrain à l'autre en toute liberté, se cacher dans les bois pendant des heures, partager leurs trucs sans hésitation, courir dans le noir avec leurs lampes de poche, plonger dans le lac et replonger encore, j'avais l'impression d'assister à la création d'une quantité incroyable de neurones de bonheur... 

J'ai aussi adoré passer du temps tranquille avec mes soeurs, partager une bouteille de vin en préparant le souper, boire un café le matin, bien confortablement assises, à discuter de tout et de rien. J'adore le camping, parce qu'il nous ramène à l'essentiel: manger, faire du plein air, dormir, profiter du moment présent puisqu'on n'a nulle part d'autre où aller, rien d'autre à faire.

Nous nous sommes quittées en nous promettant que c'était le début d'une tradition familiale...

dimanche 9 août 2009

Nager dans l'absurdité

Je trouve souvent que, pour apprécier pleinement les enfants, il faut embrasser l'absurdité, si souvent présente grâce à eux. Comme cette discussion d'avant le dodo avec Éti. Un de nos rituels de famille (trop souvent laissé de coté, malheureusement) est de nommer nos 5 bonheurs de la journée. Ce sont 5 moments, petits ou grands, qui nous ont apporté du bonheur dans notre journée. Pour moi, il y a souvent ma première gorgée de café le matin, une course au soleil, aller chercher les enfants à l'école/la garderie, le calin du matin d'Éti-aux-yeux-encore-collés. Mais Éti, parfois si sinistre, préfère parler de ses moments sombres.

Nous sommes couchés sur son lit, la lumière fermée, à faire nos calins; je lui demande:
- On dit nos bonheurs de la journée?
- Ok. Mais moi ze veux parler de mon moment triste.
- Ok, mais juste un et après on fait nos bonheurs. C'était quand ton moment triste?
- Quand z'ai pleuré tantôt, parce que Sylvain m'a chicané.
- Oui, mais il ne faut pas lancer les tomates de Sylvain dans sa piscine. D'abord, c'est ses tomates à Sylvain, et en plus c'est une mauvaise idée de les mettre dans la piscine.
- Ze sais. (Il pense. Il aime bien avoir le dernier mot). Mais si c'était mes tomates à moi? Ze pourrais les lancer dans la piscine?
- Oui, tu pourrais, mais juste si c'était ta piscine à toi. Ta piscine à toi quand tu seras grand (je ressens le besoin de préciser).
- Ok. (Il pense encore.) Mais un poisson?
- ...un poisson?
- Oui, si z'ai un poisson dans les mains, lui ze pourrais le lancer dans la piscine?
- Euh... (je suis confuse). Ben, s'il est vivant, et qu'il a besoin d'eau pour vivre et qu'il n'y en a pas d'autre proche, j'imagine que oui.
- Mais s'il est mort? Là ze peux?
- Non, s'il est mort, tu ne peux pas, quand même.
- Mais... s'il est vivant, mais que c'est un poisson qui mord, là ze peux?
- Euh... on fait nos bonheurs?

J'adore l'humour absurde. :-)