lundi 18 janvier 2010

Conversation de banquette arrière

Dimanche dernier. Nous sommes en voiture. À la radio de Radio-Canada, un reporter interviewe de jeunes enfants Haïtiens dans le cadre d'un reportage spécial sur le séisme en Haïti. Les voix d'enfants attirent l'attention de Mathilde et Étienne.

Conversation de banquette arrière amorcée par Mathilde:

- Étienne, les enfants qui parlent à la radio, ils ne sont pas chanceux parce que dans leur pays il y a eu un gros tremblement de terre, et ça a tout cassé leur maison. Alors ils n'ont plus de maison.
- Moi z'aime pas ça les tremblements de terre. Il y en a des tremblements de terre ici, Mathilde?
- Non, pas ici. Nous on est corrects ici. Mais eux ils n'ont rien à manger, alors nous on leur envoie de la nourriture par avion pour les aider un peu. Et en plus, parce qu'ils n'ont plus de maison, ils marchent dans les rues pour se trouver un autre endroit pour habiter. Ils y en a qui ont perdu leur famille, alors ils n'ont plus de père ou de mère.
(silence)
- Continue, Mathilde.
- Et des fois, ils sont trop fatigués alors ils s'arrêtent et se couchent par terre pour faire dodo. Ils ont même pas de lits. Ils dorment dehors.
- Qu'est-ce qu'ils font quand il neige?
- La-bas il ne neige pas, il fait toujours chaud, alors au moins ils n'ont pas froid.
- Pourquoi il ne neige pas la-bas?

(et suit une discussion sur pourquoi il fait toujours chaud dans certains pays)


***

En soi, cette conversation n'a rien d'extraordinaire. Mais j'y voyais la conscience naissante de Mathilde, sa patience dans l'explication, son désir de partager avec son frère. L'intérêt d'Étienne, sa confiance inébranlable en sa grande sœur, lui qui boit toujours les paroles de Mathilde et ne les met jamais en doute. Mais surtout, surtout... la chance incroyable de savoir que mes enfants vivent dans un monde privilégié où je peux leur offrir un toit, une maison confortable, une sécurité affective, un avenir où tout est possible. Et la réalisation que, pour l'instant, ce genre de tragédie n'est pour eux qu'une conversation de banquette arrière...

Aucun commentaire: