vendredi 27 mai 2011

Argent, argent, argent, argent

Hier soir, en ouvrant mon cellulaire, je découvre un message texte dans mes brouillons, écrit par Mathilde un peu plus tôt (les enfants aiment bien prendre mon cellulaire et écrire des messages textes dans mes brouillons):

Poème
Argent
argent
argent
argent
pourquoi?
Pour rien

Nous avons beaucoup de discussions sur l'argent ces jours-ci. Mathilde n'a qu'une obsession depuis quelques temps: Avoir un téléphone cellulaire. Et pas n'importe quel. Elle en veut un avec plein de gadgets, un grand écran (tactile, évidemment) et tous les services possibles: internet, textos, emails, etc.

Évidemment, il n'est pas question que nous lui en achetions un. Ni Steph ni moi ne payons pour un cellulaire (le mien est fourni par le boulot), et je trouve tout à fait farfelu qu'une petite fille de 11 ans ait son propre téléphone. Mais elle en rêve. Elle peut passer une heure à les étudier sur le web, à prendre des notes sur les fonctions qui l'intéressent, sur les modèles qu'elle trouve beaux.

Elle a donc décidé qu'elle devra se payer elle-même ce téléphone. Comme elle ne peut encore travailler ("maman, est-ce qu'il y a une section dans le journal avec des emplois pour les filles de mon âge?"), elle a offert de prendre une certaine partie de nos tâches en échange d'une légère rémunération. Nous avons accepté. Elle ne fera jamais assez d'argent pour pouvoir se payer ce cellulaire (et je suis toujours contre l'idée d'un cellulaire à son âge, qu'elle se le paye ou non), mais je crois qu'il y a une certaine valeur dans cette exercice. Que cela lui permettra de comprendre que l'argent durement gagné n'est pas facile à dépenser.

Qui sait.

Étienne et le dentiste

Étienne a une relation particulière avec le dentiste. Dès son premier rendez-vous, lorsqu'il était tout petit, il était incroyablement relax. Il s'installait dans la chaise, prenait une respiration, et devenait... tout mou. À chaque fois, l'hygiéniste passait la remarque: "Comme il est drôle, lui! J'en n'ai pas beaucoup des comme ça!" Et ça n'est pas qu'il aime le dentiste.

Mais cet état de relaxation a atteint un autre niveau mardi, alors qu'il était chez le dentiste pour faire réparer deux caries. Le début a été plus difficile, alors que la piqure pour geler la gencive lui a fait un peu mal, et qu'il n'aimait pas du tout le sentiment d'anesthésie locale. "J'aime pas ça maman, c'est tout gluant ma joue!" Mais encore une fois, lorsque le dentiste a commencé la réparation (qui allait durer 30 minutes), il a repris son état relax.

Tellement relax... qu'il s'est endormi :)

Il est vraiment drôle mon petit mec.

vendredi 20 mai 2011

Souffrir pour apprendre

Mercredi dernier, Mathilde a failli perdre son iPod. En fait, dans sa tête, pendant une dizaine de minutes, elle l'avait perdu. Elle l'avait apporté au marcheton de l'école et l'avait mis dans la poche de son kangourou, mais lorsqu'elle est revenue dans sa classe, elle a réalisé qu'elle ne l'avait plus.

J'étais encore au parc où avait eu lieu le marcheton quand mon cellulaire sonne, indiquant un appel de l'école. Je réponds. C'est Mathilde, en larmes: "Maman! J'ai perdu mon iPod! Peux-tu le chercher dans le parc?" Pendant 10 minutes j'ai cherché, avec Mathilde toujours au téléphone, sans succès. J'ai fait le tour de tous les arbres, demandé à une des organisatrices, regardé sous les bancs. Rien.

Finalement, alors que je dis à Mathilde que je n'ai pas trouvé son iPod, une autre bénévole m'arrête: "Vous avez perdu un iPod? On en a retrouvé un!" C'était celui de Mathilde. Immense soupir de soulagement au téléphone: "Ah maman, si tu savais comme je me sens mieux! Je vais y faire attention à partir de maintenant!"

Elle savait qu'elle ne devait pas l'apporter à l'école. Elle savait aussi qu'elle devait y faire très attention. Nous lui avions dit tout ça, tant de fois. En tant que parent, on peut donner à nos enfants tous les conseils du monde, leur partager toutes nos connaissances, notre expérience. Mais ça rentre par une oreille et ça sort par une autre. Ça n'est pas de la mauvaise volonté de leur part. Ça ne veut simplement rien dire.

Jusqu'à ce que pendant 10 minutes on est convaincue d'avoir perdu son iPod.

Est-ce donc qu'une forme de souffrance est nécessaire pour apprendre, pour avoir un peu d'expérience? On dirait que oui. Combien de fois ai-je dit à Étienne de ne pas monter debout sur le bout du divan? Il aura fallu qu'il tombe et se fasse mal pour enfin ne plus recommencer.

Mais ça nous semble tellement contre-intuitif en tant que parent, alors qu'on essaie de constamment minimiser la souffrance de nos enfants. On ne veut pas qu'ils soient tristes. On ne veut pas qu'ils se blessent. On ne veut pas qu'ils soient malheureux. On les protège tellement qu'on les empêche peut-être d'expérimenter des situations peut-être un peu plus douloureuses, mais qui les aideraient à apprivoiser tranquillement les moments plus difficiles de la vie.

Pas toujours facile d'être parent.

dimanche 8 mai 2011

Toute vérité est bonne à dire... ou presque

Étienne est dans la cour arrière en train de perfectionner sa dernière invention: une immense catapulte bâtie avec des planches trouvées derrière le cabanon. Le résultat est impressionnant: Une grande planche en bois est en équilibre sur d'autres morceaux de bois. À un bout, il y a la glissade, à l'autre bout est posté un petit bonhomme de Batman, attendant patiemment son ascension vers le ciel. Étienne monte sur la glissade et saute avec enthousiasme sur un bout de la planche. Batman lève si haut qu'il dépasse amplement la toiture de la maison. Étienne ramasse son bonhomme et reprend le manège. Sans arrêt.

Stéphan passe le voir.

- Papa?
- Oui?
- Tu sais tes planches... disons que si peut-être j'en avais brisé une, est-ce que tu serais fâché?
- Les planches qui étaient derrière le cabanon?
- Oui.
- Non, je ne serais pas fâché.
- Pas du tout?
- Non.
- Alors j'ai quelque chose à te dire.
- Ah oui? Je me demande bien quoi.
- Ben, j'ai comme accroché la planche et elle est toute cassée.

Il la montre à Stéphan. Elle est vraiment amochée.

- Mais c'est pas grave, hein?
- Non, c'est pas grave.
- C'est bien que je dise la vérité, hein?
- Oui, c'est très bien.
- Moi je dis toujours la vérité.

Tout est relatif. :)

samedi 30 avril 2011

dimanche 10 avril 2011

Le son d'un autre tambour

J'ai un petit garçon un peu différent des autres.

Après un bon début d'année scolaire, la situation s'est mise à déraper en février. Il y eut d'abord un commentaire du professeur d'anglais, qui se plaignait qu'Étienne ne restait pas assis en place pendant l'histoire. Puis le prof d'éducation physique. Puis le prof de musique. Et d'arts plastiques.

Finalement, ce fut sa professeure principale qui s'est plaint, elle qui était pourtant notre alliée depuis le début de l'année, qui essaie de le garder intéressé en lui proposant un programme avancé et en le laissant lire dans la classe lorsqu'il s'ennuie. Il est trop difficile, il se lève tout le temps, il dérange. Il faut intervenir.

Le soir où j'ai reçu la note du professeur, j'ai beaucoup pleuré. Je suis encore traumatisée de sa professeure de maternelle, qui l'avait pris en grippe et était constamment sur son dos (tel que rapporté par une connaissance ayant fait du bénévolat dans la classe). Tout ce que je voyais, c'était mon petit mec qui se faisait engueuler toute la journée par des professeurs exaspérés qui ne voulaient pas d'un petit garçon un peu trop actif. Mon petit mec qui revenait à la maison en pleurant. Qui ne voulait plus aller à l'école.

Deux jours plus tard, j'ai rencontré la directrice, qui fut très rassurante. Elle voit Étienne comme un petit garçon encore immature (c'est un bébé du mois d'août) qui aime bien l'attention de ses amis (il est un peu le clown de la classe) et n'a pas vraiment peur de l'autorité. Il doit simplement réapprendre les règles. Elle a mis sur pied une feuille de route, avec des objectifs quotidiens simples et réalistes et dont les réussites sont soulignées par des privilèges et non par des conséquences.

***

Le système scolaire n'est pas fait pour les petits garçons comme Étienne, qui aiment bouger, qui sont curieux, mais qui n'aiment pas rester assis pendant six heures à apprendre passivement. Nous avons la chance cette année d'avoir une professeure dynamique qui fait l'effort de comprendre la personnalité d'Étienne. Mais je sais par expérience qu'elle est une exception.

Oui, je crois qu'il peut améliorer son comportement. Mais je sais aussi qu'il ne sera jamais un élève tranquille. Que son profil ne cadre pas avec la majorité des systèmes scolaires.

J'ai lu dernièrement une citation qui m'a beaucoup troublée et encouragée:
« Si un homme marche à un autre pas que ses camarades, c'est peut-être qu'il entend le son d'un autre tambour. Laissons-le suivre la musique qu'il entend, quelle qu'en soit la cadence. » Henry David Thoreau
Je rêve pour mon fils qu'il trouve sa place, sans avoir à perdre son identité. Qu'il arrive à fonctionner dans le monde actuel, à en comprendre les règles juste assez pour les respecter sans perdre sa différence.

Tout en écoutant le son de son propre tambour.

mercredi 30 mars 2011

Idées roses

Samedi dernier, Mathilde me rejoint dans la salle à manger, bien déterminée.

- Maman, je viens d'envoyer un long courriel à Audrey, c'est décidé, je pars ma compagnie cet été.
- Ah oui?
- Oui, cet été j'aurai du temps, alors on va faire des choses pour se faire de l'argent. On va promener des chiens, garder des enfants, arroser des plantes chez les gens qui seront en vacances, ...

Et elle énumère une longue liste d'activités lucratives, avec des idées pour les implanter: dépliants publicitaires, site web, stand de limonade pour la promotion, etc.

- Ça vient d’où cette nouvelle idée?
- Le dernier roman du divan rose!

Je lui ai acheté la semaine dernière, pour la remercier d'aider autant à la maison. Elle l'a lu d'un trait, comme les cinq précédents.

Dimanche, elle et ses amies ont passé l'après-midi à discuter de leurs plans, échafauder des stratégies, faire des esquisses de dépliants publicitaires. Au souper, ce fut le sujet de conversation principal. Elle était si belle à voir, tellement enthousiaste, excitée, la tête pleine d'idées, convaincue de son succès.

Merci Nadine.

***

Je n'ai pas osé lui avouer que certaines idées étaient farfelues ou avaient peu de chance de succès. Peu de gens laisseraient la responsabilité de leur maison à des filles de 11 ans et elles sont trop jeunes pour tondre le gazon.

Mais il m'est arrivé trop souvent que des gens « bienveillants », pour « m'éviter des déceptions », brisent mes rêves. J'ai besoin de rêver, de m'emballer, de m'exciter. Et je suis assez intelligente pour savoir quand une idée est impossible. Mais je dois faire ce chemin toute seule. Et souvent, cette idée de base un peu folle débouche sur une idée plus réaliste.

Alors qui sait. Je trouve l'idée de Mathilde et de ses amies un peu folle. Mais elles me prouveront peut-être que j'ai complètement tort.

Et je serai bien contente de l'admettre.

lundi 7 mars 2011

Interférences

Nous revenons de quelques jours passés dans la région de Charlevoix, dans un minuscule chalet. Une chambre à coucher fermée, une salle de bain, une pièce de grandeur moyenne qui sert de salon-salle à manger-cuisine, un loft avec un autre lit. Pas d'ordinateur ni de connection internet. Pas de Xbox, wii ou autre console. Une vieille télévision qui ne prend aucun poste.

Pendant quelques jours, pas de routine. Des moments qui se succèdent, les uns après les autres, parfois tranquilles, parfois intenses, parfois excités, mais toujours au présent. Des jeux de carte, des rigolades à quatre dans un lit, quatre livres lus sur un divan, un lit ou à la table, des soupers aux chandelles, du plein air. Beaucoup de plein air. De la neige, du froid, du soleil, encore de la neige.

Le silence de la routine.

Toujours, en bruit de fond dans mon quotidien, il y a des interférences. À la maison, j'ai souvent la tête ailleurs, à planifier la journée, l'épicerie, les tâches, les activités, les devoirs, les rendez-vous. Il y a aussi les inquiétudes, les préoccupations. Je suis un peu dans le futur ou tout juste dans le passé, mais rarement ici, maintenant. Je vis avec des interférences qui m'empêchent d'entendre pleinement, de voir clairement toute la beauté de mon quotidien.

Je voudrais bien ramener un peu du silence des vacances.

jeudi 24 février 2011

Les mitaines

À 6 ans, Étienne n'a toujours pas perdu une seule dent, mais il a perdu une quantité industrielle de mitaines. Au point où nous lui avons posé un ultimatum en novembre, alors qu'il ne nous restait qu'une seule paire complète: À la prochaine mitaine perdue, on allait attacher ses mitaines avec une corde. La menace a été très efficace ("Non! pas une corde comme un bébé!"), et il n'a plus perdu de mitaines depuis. De plus, l'école a fait un ménage monstre pendant les fêtes, et un tas de mitaines seules se sont retrouvées aux objets perdus, dont deux appartenant à Étienne.

Mardi, Étienne perd une mitaine, la première depuis longtemps. "Mais maman, j'en ai deux autres paires à la maison, je vais faire attention, pas de corde, svp!" J'accepte.

Conversation dans la voiture hier:

- Tu as eu une belle journée, Éti?
- Oui, mais je dois te dire quelque chose.

Je regarde par le rétroviseur. Il ne sourit pas.

- Quoi?
- Ben, j'ai encore perdu une mitaine.
- Ah non! Pour vrai?
- Oui.

Il a l'air vraiment penaud... mais il me semble voir une certaine étincelle dans ses yeux.

- Montre-moi tes mains.
- Pourquoi?
- Je veux voir tes mitaines.
- Tadah!

Il me montre ses deux mains, il a bien ses deux mitaines.

- C'était une blague! Je suis un sacré farceur, hein maman?

Un sacré farceur? Je pense surtout qu'il lit trop de petit Nicolas.

dimanche 20 février 2011

Un vent de changement

Jeudi, 17h30, je suis dans le train en direction Lachine. J'écris dans mon petit cahier. Je reviens d'un saut au 5 à 7 du bureau, tout juste le temps de prendre une Kilkenny.

Ça peut sembler banal comme histoire, mais la situation est un peu inhabituelle, parce que j'ai pu aller au 5 à 7 non pas parce que Stéphan est celui qui est rentré plus tôt aujourd'hui, mais parce que Mathilde gardait son frère. Depuis janvier, Mathilde rentre à la maison après l'école, et je vais chercher Éti au service de garde un peu plus tard. Ce soir, ma voisine a ramené Éti de l'école, et c'est Mathilde qui le garde. Je sais qu'il est arrivé, car ils m'ont appelée il y a quelques minutes: "Allô maman! Éti est arrivé, il veut te parler" "Allô maman! Je te donne un gros câlin, à tantôt!"

C'est un sentiment très étrange. D'un coté, j'apprécie beaucoup cette nouvelle liberté. J'ai l'impression qu'un monde s'ouvre à moi, que j'entre dans une nouvelle ère. Stéphan et moi pourrons peut-être même aller voir Incendies au cinéma, tiens.

Mais en même temps, j'ai tellement hâte d'arriver à la maison que ça me démange. Pendant le 5 à 7, les amis--contents que j'y assiste pour une fois--insistaient pour que je reste un peu plus longtemps, que je prenne le train suivant. Mais je leur ai dit que je ne voulais pas abuser de la première fois, que je voulais laisser à Math la chance de s'habituer à son nouveau rôle tranquillement.

Mais je réalise que ça n'est pas Mathilde qui a besoin de s'habituer.

C'est moi.

mercredi 16 février 2011

Compliment ultime

Depuis que mes enfants sont nés, je fais ce que tous les livres disent de ne jamais faire: je prépare souvent un repas différent pour les enfants. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles j'ai été aussi imparfaite. D'abord j'ai des enfants qui ont été très difficiles dès qu'ils ont commencé à manger. Pendant longtemps, Étienne n'a accepté de manger que des poivrons et des concombres comme légumes. Puis on a découvert l’intolérance d'Étienne aux produits laitiers. Puis il y a eu son reflux assez aigu, l’empêchant de manger des aliments acides comme les tomates.

Mais surtout, il y a eu un grand égoïsme derrière tout ça. Je n'avais pas envie de compromettre mes repas pour les rendre plus facile à aimer pour les enfants. Je n'aime pas le pâté chinois. Et j'en ai marre du spaghetti sauce à la viande. Je ne voulais pas arrêter de manger des crevettes parce que mes enfants ne pouvaient en manger avant l'âge de 5 ans (allergies potentielles obligent). J'ai donc continué à faire des sautés aux crevettes à la marocaine, des pennes arrabiata bien épicés ou encore des fondues au fromage. Bien sûr, plusieurs de nos repas étaient communs. Mais lorsque j'avais envie d'un repas qu'ils n'aimeraient pas, ce qui arrivait assez souvent, je ne me battais pas avec eux, je leur préparais des pâtes avec des crudités. Ils en ont mangé des pâtes!

Je me suis souvent sentie coupable, parce que je ne les obligeais pas à manger ce qu'il y avait dans mon assiette. Parce que je leur "passais leurs caprices" comme on m'a déjà dit. Parce que j'allais les ruiner à vie en ne les exposant pas dès leur jeune âge à plein de nouveaux aliments. Mais bon. Je suis paresseuse. Et gourmande. J'ai choisi mes batailles.

Mais le vent commence à tourner. Depuis quelques temps, Mathilde demande à goûter notre repas. Et souvent, après quelques bouchées, elle me dit: "Je peux manger la même chose que vous la prochaine fois?"

Ça me fait si plaisir.

Il reste Étienne.

J'ai refait ce soir le poulet à la citronnelle de la semaine dernière, cette fois sur un riz à la noix de coco. Étienne, peut-être le plus difficile des petits garçons du monde, a non seulement terminé son assiette en un temps record, il a aussi ajouté: "Maman, c'est vraiment bon! C'est presque mon repas préféré! C'est presque aussi bon que des hot-dogs!"

Il y a de l'espoir. Je pense.

dimanche 16 janvier 2011

Page 212 du catalogue Sears

Le week-end dernier, Mathilde arrive en courant dans la cuisine. Elle est clairement dans tous ses états.

- Maman! Tu devineras jamais! C'est épouvantable!
- Quoi?
- C'est Étienne! Je l'ai trouvé en train de lire le catalogue Sears! À LA PAGE DES BRASSIÈRES!!!!

Bon.

Étienne arrive en courant 30 secondes plus tard, le catalogue Sears dans les mains à la page des brassières beiges de matantes, presque en larmes.

- Maman! C'est juste que je lisais le catalogue et que j'étais rendu à cette page-là!

Bon.

J'ai d'abord pris Étienne à part. Je lui ai expliqué que c'était correct, qu'il avait le droit de regarder le catalogue Sears autant qu'il voulait, même les madames en brassière. J'ai ensuite pris Mathilde à part. Je lui ai expliqué que, un, ça n'était pas à elle de jouer à la maman avec Étienne et que, deux, il n'y avait absolument rien de mal à regarder les madames en brassière.

De tous les domaines d'éducation parentale, la sexualité est celui qui me préoccupe le plus. Je n'ai pas envie que la sexualité soit un sujet tabou, un plaisir honteux ou encore un truc dont on ne parle jamais, qu'on ne comprend pas trop. J'ai envie que, lorsqu'ils soient adultes, la sexualité fasse partie intégrante de leur vie amoureuse (on parle encore ici de dopamine et d'endorphine, soit dit en passant). Mais je ne veux pas non plus leur donner l'impression que tout est permis à l'adolescence.

Peut-être parce que ce sujet me préoccupe, j'ai beaucoup lu sur la sexualité et l'adolescence. Et je ne suis pas rassurée. En partie à cause d'internet, la sexualité des jeunes d'aujourd'hui est très différente de celle des générations précédentes. Au lieu de magazines playboy ou d'imagination pour nourrir leurs fantasmes, les jeunes garçons ont accès à des images et films de sexualité très hard sur internet. Cette sexualité devient pour eux la norme, et les effets de cette normalisation sont inquiétants: hypersexualisation des filles, banalisation de pratiques sexuelles extrêmes, incapacité de rentrer en relation à l'âge adule, et j'en passe. En fait, les articles sont souvent si dérangeants que j'ai parfois de la difficulté à les terminer.

Dans les prochaines années, j'aurai à faire l'éducation sexuelle de mes enfants, et ça m'inquiète. Je devrai apprendre à Mathilde à respecter son corps et ne pas se laisser influencer. Je devrais apprendre à Étienne à respecter ses blondes, lui expliquer la différence entre la réalité et ce qui existe sur internet. Je devrai aussi essayer de déterminer quand intervenir ou non, discerner ce qui est une curiosité normale d'un comportement à surveiller. Et avec Mathilde qui débute le secondaire l'an prochain, tout ça s'en vient pas mal plus vite que je ne le voudrais.

Bon.

En attendant, je croise mes doigts qu'Étienne ne découvre pas le catalogue Victoria's Secret trop vite...

lundi 3 janvier 2011

Deux plaques

La maternelle fut très difficile pour Étienne. L'école n'est pas faite pour les petits garçons, du moins ceux qui préfèrent bouger et courir plutôt que bricoler. On lui a donc reproché toute l'année de ne pas rester assis pendant les bricolages, de parler dans les corridors, d'être trop enthousiaste dans la classe. Parce qu'il n'avait jamais assez de bonhommes sourires à la fin de la semaine (foutus systèmes d'émulation), il n'avait jamais droit à la récréation récompense du vendredi après-midi (qu'il aimait tant) et devait donc rester à l'intérieur...faire du bricolage. Quelle tristesse pour moi de voir dégringoler l'estime de soi de mon petit garçon pourtant si passionné, si enthousiaste, si intéressé d'apprendre.

Pendant les vacances d'été, les enfants sont allés quelques semaines au camp Edphy, un camp de jour orienté sur l'activité physique. Après la première semaine, Étienne est revenu à la maison avec la plaque du "Participant de la semaine", le grand prix donné à celui qui, dans son groupe d'âge, s'est démarqué par sa participation, sa bonne humeur, son enthousiasme, son écoute. Il s'est promené avec sa plaque pendant quelques heures, puis nous l'avons mis fièrement sur le manteau de la cheminée. À la fin de la deuxième semaine, Étienne est revenu... avec une deuxième plaque du Participant de la semaine. J'espérais que ces plaques l'aideraient à reprendre confiance en lui, à laisser derrière lui l'expérience de l'école.

Clairement, je n'avais pas réalisé à quel point ces plaques étaient importantes.

Au bout de quelques semaines, j'ai enlevé les plaques du salon et je les ai mises dans une boite dans le garde-robe de sa chambre. Quelques semaines plus tard, je les ai retrouvées à nouveau sur le manteau de cheminée. Je les ai laissées là quelques temps, puis je les ai de nouveau rangées dans son garde-robe.

Hier, je les ai retrouvées à nouveau dans le salon:


J'ai finalement compris. Je vais les laisser là aussi longtemps qu'il en a envie.

dimanche 26 décembre 2010

Mathilde à la messe

Mes enfants ne sont pas baptisés. La décision s'est prise presque seule. À la naissance de Mathilde, on m'a dit que, pour la faire baptiser, je n'avais qu'à expliquer pourquoi je voulais "élever mon enfant dans la foi catholique". Comme je n'arrivais pas à répondre à cette question, nous ne sommes jamais passés à l'étape suivante. Mes enfants ne sont donc jamais allés à la messe.

L'introduction à la religion catholique pour Mathilde fut plutôt saugrenue. Nous sommes de grands fans du Seigneur des anneaux. Nos enfants ont vu plusieurs fois tous les films (avec, évidemment, une censure parentale des scènes de violence). Lorsque Mathilde avait environ 4 ans, nous sommes allés visiter une jolie église à l’Île du Prince Édouard. En entrant dans l'église, Mathilde demande: "c'est quoi une église maman?" "C'est un peu comme la maison de Dieu." Et comme je commence à lui expliquer qui est Dieu, j'entends: "Maman! Regarde, c'est Gandalf!" Elle est devant une peinture qui représente Jésus, avec sa barbe et ses longs cheveux blonds, habillé d'une grande robe blanche et tenant un bâton de berger à la main. Malgré nos explications, Mathilde a longtemps été convaincue que l'église était la maison de Gandalf.

Cette année, Mathilde et moi sommes allées à la messe de Noël parce que ma nièce chantait dans la chorale des enfants. Étienne est resté à la maison avec ses cousins. Je n'ai jamais regretté ma décision de ne pas élever mes enfants "dans la foi", mais pendant la messe les questions de Mathilde me faisaient réaliser à quel point elle ignorait tout de la religion catholique: l'histoire de la naissance de Jésus, Bethléem, les rois mages, les histoires de la Bible, le Saint-Esprit. Je ne regrette pas ma décision, mais je suis triste de l'impact sur sa culture. Son manque de connaissance l'empêchera de comprendre les références à la religion catholique si souvent présentes dans les films, les livres, les journaux.

Mais bon. Je me dis que si un jour les enfants en ont envie, ils pourront toujours s'intéresser à la religion. Mais je ne crois pas qu'aller à la messe aura inspiré Mathilde:

- Comment tu as trouvé ça, la messe, Math?
- Vraiment plate.

Difficile de la contredire.

lundi 20 décembre 2010

Discussions de salle de bain

Dimanche, 9:30 a.m., salle de bain du sous-sol. Je m'asseois sur la toilette, espérant un petit moment tranquille pour faire ce que j'ai à faire. Mathilde m'appelle:

- Maman?
- Je suis ici.

Elle entre dans la salle de bain.

- Ça va? Tu fais caca?
- Euh, je voudrais bien, oui.
- Ok, je te dérange pas longtemps. Tu as vu mon chandail de I love LA? Je vais chez Audrey.
- Oui, il est dans le panier là.
- Super, merci. Hey, tu savais que .... blah blah blah...

Elle commence à me raconter un truc sur son ami Mathieu pendant qu'elle s'habille. Étienne arrive.

- Maman?
- Étienne, tu peux pas rentrer, maman veut faire caca.
- Mais pourquoi t'es là, toi?
- Je m'habille et après je m'en vais.
- Oui, mais t'as fini de t'habiller!
- Oui, mais j'ai quelque chose à dire à maman!

Étienne a sur lui son super fusil intergalactique, qui fait des bruits très cool. Étienne a décidé que le shhhtou-touv! gèle les gens sur place alors que le tchlink! les ramène à la vie. Depuis samedi matin, il se promène et nous gèle à volonté.

- Donc, comme je te disais maman, après il lui a dit...
shhhtou-touv!!!
Mathilde s'immobilise.
tchlink! 
- ...que ça ne lui dérangeait pas de sortir avec, mais dans le fond ça voulait dire qu'il...
shhhtou-touv!!!
Mathilde s'immobilise à nouveau.
tchlink! 
- ... voulait, mais il ne voulait pas lui dire. Maman, tu m'écoutes?
- Oui, oui, bien sur, tu disais que...
shhhtou-touv!!!
Je m'immobilise.
tchlink! 

Je repends vie. Je regarde Étienne. Je regarde Mathilde. L'absurdité de la situation me frappe... et l'envie m'appelle sérieusement.

- Euh, vous pourriez aller jouer ailleurs?

***

Dimanche soir, 19h. Les enfants jouent au playmobil en bas, je ne les ai pas entendus depuis plus de 30 minutes. La vaisselle est rangée, le linge plié et rangé dans les tiroirs. Mes tâches sont terminées. J'ai besoin d'un moment Calgon, alors je me coule un bain chaud et je m'installe bien confortablement avec mon livre.

Je jure, je suis dans le bain depuis moins de deux minutes, 120 petites secondes, quand j'entends:

- Maman?

Je suis convaincue qu'ils ont un détecteur. Peut-être croient-ils que j'ai peur de la solitude?

J'ai répondu à la question, et j'ai établi un nouveau règlement. Quand la porte de la salle de bain est fermée, personne n'a le droit d'entrer, à moins que ce soit une urgence ("non, si t'as envie de caca, c'est pas une urgence, tu peux aller en bas. Non, t'as pas besoin de te brosser les dents tout de suite, ça non plus c'est pas urgent. Faut que ça saigne. Si ça saigne, ça c'est une urgence").

Pendant ma pause Calgon, ça cogne à la porte:

- Maman?
- Est-ce que c'est urgent?
- Ben, un peu.
- Est-ce que ça saigne?
- ...
- Est-ce que ça saigne?
- Euh, non.
- Ok, alors on s'en reparle dans 10 minutes.

Je n'ai pas eu d'autre visite.

Mieux vaut tard que jamais pour mettre ses limites, non?

mercredi 8 décembre 2010

Une question de perspective

La semaine dernière, Étienne avait comme devoir dans son cahier Astuce d'écrire une "phrase drôle". Il y avait des exemples en haut de la page, du genre "une bicyclette à boutons" (on voyait une bicyclette dont les roues étaient remplacées par des boutons) ou encore "un mouton qui vole dans le ciel."

Étienne, après y avoir pensé un peu, a finalement trouvé sa phrase:

"Un volcan qui explose comme du caca."

Je ne sais si c'est à force de côtoyer des petits mecs de 6 ans, mais j'ai trouvé ça hilarant. Pas mal plus drôle qu'une bicyclette à boutons en tout cas.

Sauf que Madame Karine n'a pas trouvé ça très drôle.

Étienne n'a donc pas "réussi" son devoir. Madame Karine a souligné le mot "drôle" dans les directives du devoir et a écrit en rouge, sous la phrase d'Étienne: "Ce n'est pas drôle."

Mon petit mec était bien triste, "surtout que je n'avais même pas fait de faute, maman!" Je n'ai rien dit, mais je comprends que Mme Karine ne peut ouvertement approuver l'utilisation du mot caca comme objet d'humour dans une classe de première année. Je peux facilement imaginer le délire de pipi-caca-vomi-pénis-vagin que ça pourrait créer.

Sauf que j'aurais bien aimé voir le visage de Madame Karine (qui est une excellente professeur et a un très bon sens de l'humour) à la lecture de cette phrase...

lundi 6 décembre 2010

Première neige

Le plaisir de revenir de l'école, de mettre son habit de neige et d'aller jouer dehors... tant pis pour les devoirs.
Et, au coucher, le rêve secret que demain, peut-être, s'il neige cette nuit, et s'il neige encore, ils pourront rester à la maison et jouer dehors... encore...

vendredi 26 novembre 2010

Parvana (ou Mathilde et les talibans)

Pour notre club de lecture de novembre, Mathilde et moi avons à lire Parvana, Une enfance en Afghanistan, roman racontant l'histoire d'une petite afghane de 11 ans dont le père est arrêté par les talibans. Pour subvenir aux besoins de sa mère et ses soeurs, elle devra se transformer en garçon afin de circuler dans les rues de sa ville.

Encore une fois, Mathilde n'avait pas envie de lire le livre, même si elle voulait à nouveau participer au club. Nous avons donc commencé à lire le livre ensemble, ce qu'elle aime beaucoup. Mais le quotidien de Parvana est si différent du nôtre, si rempli de termes qui n'évoquent rien pour Mathilde--tchador, tchadri, talibans--qu'elle n'arrivait pas à bien concevoir le monde dans lequel vit Parvana.

Alors j'ai eu une idée.

Depuis environ un an--en fait, depuis que j'ai lu Le violoncelliste de Sarajevo--il m'arrive d'avoir recours à Google Image pendant la lecture d'un livre. J'ai parfois l'impression que de visualiser les lieux d'un récit me permet de le vivre un peu plus. Ce fut particulièrement le cas avec les photos de Sarajevo pendant le siège. Le quotidien de Flèche, Kenan et Dragan me semblait plus réel, plus aride après avoir vu les rues ensanglantées de Sarajevo, ses bâtiments démolis, ses cadavres abandonnés.

Par AfghanistanMatters
Alors j'ai préparé pour Mathilde des photos de burqa, de Kaboul, de talibans, de maisons en ruines, que nous avons regardées tranquillement.

 Et depuis, Mathilde lit Parvana à tous les jours pendant ses périodes de lecture à l'école, parce qu'elle en a envie, et le soir nous lisons un chapitre ensemble. Je crois que maintenant qu'elle visualise un peu mieux le monde de Parvana, elle apprécie plus le récit de ses aventures.

J'aime l'ouverture sur le monde qu'offrent les livres, et j'aime accompagner Mathilde dans cette découverte.

***

J'écris ce texte sur mon portable, assise à la table, alors qu'Étienne--enfin libéré de sa conséquence--joue à Club Pingouin sur l'autre portable, juste à côté de moi. Souvent il s'arrête pour me serrer très fort dans ses bras. "On s'aime nous deux maman!"

Oui, on s'aime.

dimanche 21 novembre 2010

Graffiteur en devenir

Tout a commencé par des dessins faits au crayon de cire sur le plancher de sa chambre. Sur sa porte. Sur sa table de chevet. Et sur son bureau.

On peut comprendre ce comportement à 2 ou 3 ans, quand on ne sait pas encore qu'il ne faut pas dessiner sur les murs. Mais à 6 ans, même si ça semble très cool, on sait très bien que ça n'est pas une bonne idée. Il faut croire que la tentation était trop forte, car Étienne s'en est donné à cœur joie la semaine dernière. Comme conséquence, il a du tout nettoyer et a perdu ses droits d'écran (xbox et jeux à l'ordi) pour deux jours. Un supplice, à l'entendre pleurer.

Mais clairement, la conséquence n'était pas à la hauteur.

Ce week-end, en nettoyant la table alors qu'Étienne joue dehors avec son meilleur ami, je découvre ceci:



Le nom Étienne. Gravé sur la table de la salle à manger. Justement à la place où il s'assoit tout le temps. Plutôt facile d'identifier le coupable.

Mon mec et moi, un peu découragés, discutons d'une conséquence à la hauteur. Puis nous le faisons rentrer. Il s'assoit à la table, face à son graffiti.

- Qu'est-ce qu'il y a?

Il a un grand sourire, les joues rouges, la tuque en train de tomber. Il n'a aucune idée de ce que nous voulons lui dire et a juste envie de retourner dehors.

Mon mec pointe le graffiti. Le sourire tombe. Oups.

- Étienne, qui a fait ça?

Il ne répond pas. Étienne n'a jamais tort. Jamais il ne veut admettre la moindre faute. Mon mec demande à nouveau:

- Étienne, qui a fait ça?
- Est-ce que la personne qui a fait ça va se faire chicaner?
- L'important c'est de dire la vérité. Qui a fait ça?
Silence.
- Étienne, je te le demande pour une dernière fois. Qui a fait ça?
- M-O-I. (Peut-être qu'en épelant les lettres au lieu de dire le mot, on admet moins sa culpabilité?)
- Pourquoi tu as fait ça?

Silence. Il cherche très fort une bonne raison, mais il n'en trouve pas. Pendant ce temps, Zac l'attend dehors.

- Étienne, peux-tu nous expliquer pourquoi tu as fait ça?
- KWAK! KWAK! KWAK! KWAK!

Je me retourne. Par la fenêtre, je vois Zac qui court sur le gazon, battant intensément des bras, se prenant vraisemblablement pour une corneille. J'essaie de ne pas rire. C'est difficile.

- Étienne, est-ce que tu penses que c'était une bonne idée?
- Non. (Il baisse la tête). Je n'aurais pas dû.
- Non, tu n'aurais pas dû. Comme conséquence, tu vas perdre tes droits d'écran pendant cinq jours.
- Cinq jours!!! Est-ce que je vais pouvoir écouter la télé un peu au moins? (Tout se négocie avec Étienne).
- KWAK! KWAK! KWAK! KWAK!

Zac repasse près de la fenêtre.

- Tu devras aussi écrire la phrase "Je ne dois pas écrire sur la table" plusieurs fois, pour bien comprendre.
- Okay, oui.
- C'est bon, tu peux retourner jouer maintenant.


***

Je ne sais s'il a compris cette fois. Mais, malgré le sérieux de sa bêtise, je ne peux faire autrement que de trouver tout ça un peu drôle. Ce qu'il a fait n'a aucun bon sens, aucune allure, mais il y a quelque chose de très Étienne dans cette bêtise. Il fait ce qu'il a envie de faire et fait toujours tout avec enthousiasme. Ses bêtises sont souvent exploratoires, toujours sans malice. Ça devait être assez cool d'écrire son nom sur la table, non?

J'héberge peut-être un graffiteur en devenir, un futur artiste, un grand dessinateur. J'espère tout de même qu'à l'avenir, il choisira autre chose que le mobilier de la maison pour exprimer son art.

dimanche 7 novembre 2010

Conversation de banquette arrière

Cet après-midi, nous sommes en route vers la grande bibliothèque, accompagnés de Zac, le grand ami d'Étienne. Il  vient de voir le signe de la compagnie pour laquelle son papa travaille.

- Hey, Étienne, regarde, c'est là que mon père travaille!
- Où ça?
- Là, en vert et blanc.
- Oui, je le vois.
- C'est là que tu veux travailler quand tu es grand.
- Pourquoi?
- On te donne 40 argents par semaine!
- 40 argents? Moi je voudrais plus, genre, mille dollars.
- Mais ça dépend, si tu es directeur, là tu as 50 argents.
- ...
- Et le mieux, c'est boss. Là tu as 60 argents par semaine!

***

- Étienne! On est près du Centre Bell!
- Où ça?
- Juste là, avec le signe du Canadien.
- Oui, je le vois.
- Je suis allé voir le Canadien avec mon père hier. Mais ils ont perdu. Mais il y en a qui étaient vraiment chanceux, ils ont fait un tour de Zamboni!
- Une quoi? Une Zamboni?
- Oui, c'est la machine pour arranger la glace. (Suit ensuite une longue discussion sur la façon dont on fait la glace, est-ce qu'il y a de l'herbe en dessous de la patinoire comme au parc, ou est-ce que c'est plutôt des roches ou même de la neige?) Mais les joueurs du Canadien, il ne sont vraiment pas chanceux, parce que c'est sous la patinoire qu'il y a leur douche.
- Leur douche?
- Ben oui, ils prennent leur douche après le match. Mais tu sais pas quoi Étienne?
- Quoi?
- Ils doivent la prendre devant tout le monde! Tout nu devant tout le monde!
- Ben d'abord moi je vais jamais jouer au hockey!
- Moi non plus.
- Ou si je joue pour le Canadien, je garde mon habit et je vais prendre ma douche chez nous.
- Ouen, moi aussi.


***

Les petits mecs sont craquants :-)