dimanche 21 novembre 2010

Graffiteur en devenir

Tout a commencé par des dessins faits au crayon de cire sur le plancher de sa chambre. Sur sa porte. Sur sa table de chevet. Et sur son bureau.

On peut comprendre ce comportement à 2 ou 3 ans, quand on ne sait pas encore qu'il ne faut pas dessiner sur les murs. Mais à 6 ans, même si ça semble très cool, on sait très bien que ça n'est pas une bonne idée. Il faut croire que la tentation était trop forte, car Étienne s'en est donné à cœur joie la semaine dernière. Comme conséquence, il a du tout nettoyer et a perdu ses droits d'écran (xbox et jeux à l'ordi) pour deux jours. Un supplice, à l'entendre pleurer.

Mais clairement, la conséquence n'était pas à la hauteur.

Ce week-end, en nettoyant la table alors qu'Étienne joue dehors avec son meilleur ami, je découvre ceci:



Le nom Étienne. Gravé sur la table de la salle à manger. Justement à la place où il s'assoit tout le temps. Plutôt facile d'identifier le coupable.

Mon mec et moi, un peu découragés, discutons d'une conséquence à la hauteur. Puis nous le faisons rentrer. Il s'assoit à la table, face à son graffiti.

- Qu'est-ce qu'il y a?

Il a un grand sourire, les joues rouges, la tuque en train de tomber. Il n'a aucune idée de ce que nous voulons lui dire et a juste envie de retourner dehors.

Mon mec pointe le graffiti. Le sourire tombe. Oups.

- Étienne, qui a fait ça?

Il ne répond pas. Étienne n'a jamais tort. Jamais il ne veut admettre la moindre faute. Mon mec demande à nouveau:

- Étienne, qui a fait ça?
- Est-ce que la personne qui a fait ça va se faire chicaner?
- L'important c'est de dire la vérité. Qui a fait ça?
Silence.
- Étienne, je te le demande pour une dernière fois. Qui a fait ça?
- M-O-I. (Peut-être qu'en épelant les lettres au lieu de dire le mot, on admet moins sa culpabilité?)
- Pourquoi tu as fait ça?

Silence. Il cherche très fort une bonne raison, mais il n'en trouve pas. Pendant ce temps, Zac l'attend dehors.

- Étienne, peux-tu nous expliquer pourquoi tu as fait ça?
- KWAK! KWAK! KWAK! KWAK!

Je me retourne. Par la fenêtre, je vois Zac qui court sur le gazon, battant intensément des bras, se prenant vraisemblablement pour une corneille. J'essaie de ne pas rire. C'est difficile.

- Étienne, est-ce que tu penses que c'était une bonne idée?
- Non. (Il baisse la tête). Je n'aurais pas dû.
- Non, tu n'aurais pas dû. Comme conséquence, tu vas perdre tes droits d'écran pendant cinq jours.
- Cinq jours!!! Est-ce que je vais pouvoir écouter la télé un peu au moins? (Tout se négocie avec Étienne).
- KWAK! KWAK! KWAK! KWAK!

Zac repasse près de la fenêtre.

- Tu devras aussi écrire la phrase "Je ne dois pas écrire sur la table" plusieurs fois, pour bien comprendre.
- Okay, oui.
- C'est bon, tu peux retourner jouer maintenant.


***

Je ne sais s'il a compris cette fois. Mais, malgré le sérieux de sa bêtise, je ne peux faire autrement que de trouver tout ça un peu drôle. Ce qu'il a fait n'a aucun bon sens, aucune allure, mais il y a quelque chose de très Étienne dans cette bêtise. Il fait ce qu'il a envie de faire et fait toujours tout avec enthousiasme. Ses bêtises sont souvent exploratoires, toujours sans malice. Ça devait être assez cool d'écrire son nom sur la table, non?

J'héberge peut-être un graffiteur en devenir, un futur artiste, un grand dessinateur. J'espère tout de même qu'à l'avenir, il choisira autre chose que le mobilier de la maison pour exprimer son art.

1 commentaire:

Mylene a dit...

La graffitologue en moi ne peut qu'être éblouie par ce geste purement gratuit et identitaire. Je tag donc je suis. C'est ça façon de délimiter son territoire et de construire son identité... C'est plus fort que lui. Quoi que sur le mobilier de la maison (ou urbain) c'est pas très pratique, j'en conviens!