Mes enfants ne sont pas baptisés. La décision s'est prise presque seule. À la naissance de Mathilde, on m'a dit que, pour la faire baptiser, je n'avais qu'à expliquer pourquoi je voulais "élever mon enfant dans la foi catholique". Comme je n'arrivais pas à répondre à cette question, nous ne sommes jamais passés à l'étape suivante. Mes enfants ne sont donc jamais allés à la messe.
L'introduction à la religion catholique pour Mathilde fut plutôt saugrenue. Nous sommes de grands fans du Seigneur des anneaux. Nos enfants ont vu plusieurs fois tous les films (avec, évidemment, une censure parentale des scènes de violence). Lorsque Mathilde avait environ 4 ans, nous sommes allés visiter une jolie église à l’Île du Prince Édouard. En entrant dans l'église, Mathilde demande: "c'est quoi une église maman?" "C'est un peu comme la maison de Dieu." Et comme je commence à lui expliquer qui est Dieu, j'entends: "Maman! Regarde, c'est Gandalf!" Elle est devant une peinture qui représente Jésus, avec sa barbe et ses longs cheveux blonds, habillé d'une grande robe blanche et tenant un bâton de berger à la main. Malgré nos explications, Mathilde a longtemps été convaincue que l'église était la maison de Gandalf.
Cette année, Mathilde et moi sommes allées à la messe de Noël parce que ma nièce chantait dans la chorale des enfants. Étienne est resté à la maison avec ses cousins. Je n'ai jamais regretté ma décision de ne pas élever mes enfants "dans la foi", mais pendant la messe les questions de Mathilde me faisaient réaliser à quel point elle ignorait tout de la religion catholique: l'histoire de la naissance de Jésus, Bethléem, les rois mages, les histoires de la Bible, le Saint-Esprit. Je ne regrette pas ma décision, mais je suis triste de l'impact sur sa culture. Son manque de connaissance l'empêchera de comprendre les références à la religion catholique si souvent présentes dans les films, les livres, les journaux.
Mais bon. Je me dis que si un jour les enfants en ont envie, ils pourront toujours s'intéresser à la religion. Mais je ne crois pas qu'aller à la messe aura inspiré Mathilde:
- Comment tu as trouvé ça, la messe, Math?
- Vraiment plate.
Difficile de la contredire.
dimanche 26 décembre 2010
lundi 20 décembre 2010
Discussions de salle de bain
Dimanche, 9:30 a.m., salle de bain du sous-sol. Je m'asseois sur la toilette, espérant un petit moment tranquille pour faire ce que j'ai à faire. Mathilde m'appelle:
- Maman?
- Je suis ici.
Elle entre dans la salle de bain.
- Ça va? Tu fais caca?
- Euh, je voudrais bien, oui.
- Ok, je te dérange pas longtemps. Tu as vu mon chandail de I love LA? Je vais chez Audrey.
- Oui, il est dans le panier là.
- Super, merci. Hey, tu savais que .... blah blah blah...
Elle commence à me raconter un truc sur son ami Mathieu pendant qu'elle s'habille. Étienne arrive.
- Maman?
- Étienne, tu peux pas rentrer, maman veut faire caca.
- Mais pourquoi t'es là, toi?
- Je m'habille et après je m'en vais.
- Oui, mais t'as fini de t'habiller!
- Oui, mais j'ai quelque chose à dire à maman!
Étienne a sur lui son super fusil intergalactique, qui fait des bruits très cool. Étienne a décidé que le shhhtou-touv! gèle les gens sur place alors que le tchlink! les ramène à la vie. Depuis samedi matin, il se promène et nous gèle à volonté.
- Donc, comme je te disais maman, après il lui a dit...
shhhtou-touv!!!
Mathilde s'immobilise.
tchlink!
- ...que ça ne lui dérangeait pas de sortir avec, mais dans le fond ça voulait dire qu'il...
shhhtou-touv!!!
Mathilde s'immobilise à nouveau.
tchlink!
- ... voulait, mais il ne voulait pas lui dire. Maman, tu m'écoutes?
- Oui, oui, bien sur, tu disais que...
shhhtou-touv!!!
Je m'immobilise.
tchlink!
Je repends vie. Je regarde Étienne. Je regarde Mathilde. L'absurdité de la situation me frappe... et l'envie m'appelle sérieusement.
- Euh, vous pourriez aller jouer ailleurs?
Dimanche soir, 19h. Les enfants jouent au playmobil en bas, je ne les ai pas entendus depuis plus de 30 minutes. La vaisselle est rangée, le linge plié et rangé dans les tiroirs. Mes tâches sont terminées. J'ai besoin d'un moment Calgon, alors je me coule un bain chaud et je m'installe bien confortablement avec mon livre.
Je jure, je suis dans le bain depuis moins de deux minutes, 120 petites secondes, quand j'entends:
- Maman?
Je suis convaincue qu'ils ont un détecteur. Peut-être croient-ils que j'ai peur de la solitude?
J'ai répondu à la question, et j'ai établi un nouveau règlement. Quand la porte de la salle de bain est fermée, personne n'a le droit d'entrer, à moins que ce soit une urgence ("non, si t'as envie de caca, c'est pas une urgence, tu peux aller en bas. Non, t'as pas besoin de te brosser les dents tout de suite, ça non plus c'est pas urgent. Faut que ça saigne. Si ça saigne, ça c'est une urgence").
Pendant ma pause Calgon, ça cogne à la porte:
- Maman?
- Est-ce que c'est urgent?
- Ben, un peu.
- Est-ce que ça saigne?
- ...
- Est-ce que ça saigne?
- Euh, non.
- Ok, alors on s'en reparle dans 10 minutes.
Je n'ai pas eu d'autre visite.
Mieux vaut tard que jamais pour mettre ses limites, non?
- Maman?
- Je suis ici.
Elle entre dans la salle de bain.
- Ça va? Tu fais caca?
- Euh, je voudrais bien, oui.
- Ok, je te dérange pas longtemps. Tu as vu mon chandail de I love LA? Je vais chez Audrey.
- Oui, il est dans le panier là.
- Super, merci. Hey, tu savais que .... blah blah blah...
Elle commence à me raconter un truc sur son ami Mathieu pendant qu'elle s'habille. Étienne arrive.
- Maman?
- Étienne, tu peux pas rentrer, maman veut faire caca.
- Mais pourquoi t'es là, toi?
- Je m'habille et après je m'en vais.
- Oui, mais t'as fini de t'habiller!
- Oui, mais j'ai quelque chose à dire à maman!
Étienne a sur lui son super fusil intergalactique, qui fait des bruits très cool. Étienne a décidé que le shhhtou-touv! gèle les gens sur place alors que le tchlink! les ramène à la vie. Depuis samedi matin, il se promène et nous gèle à volonté.
- Donc, comme je te disais maman, après il lui a dit...
shhhtou-touv!!!
Mathilde s'immobilise.
tchlink!
- ...que ça ne lui dérangeait pas de sortir avec, mais dans le fond ça voulait dire qu'il...
shhhtou-touv!!!
Mathilde s'immobilise à nouveau.
tchlink!
- ... voulait, mais il ne voulait pas lui dire. Maman, tu m'écoutes?
- Oui, oui, bien sur, tu disais que...
shhhtou-touv!!!
Je m'immobilise.
tchlink!
Je repends vie. Je regarde Étienne. Je regarde Mathilde. L'absurdité de la situation me frappe... et l'envie m'appelle sérieusement.
- Euh, vous pourriez aller jouer ailleurs?
***
Dimanche soir, 19h. Les enfants jouent au playmobil en bas, je ne les ai pas entendus depuis plus de 30 minutes. La vaisselle est rangée, le linge plié et rangé dans les tiroirs. Mes tâches sont terminées. J'ai besoin d'un moment Calgon, alors je me coule un bain chaud et je m'installe bien confortablement avec mon livre.
Je jure, je suis dans le bain depuis moins de deux minutes, 120 petites secondes, quand j'entends:
- Maman?
Je suis convaincue qu'ils ont un détecteur. Peut-être croient-ils que j'ai peur de la solitude?
J'ai répondu à la question, et j'ai établi un nouveau règlement. Quand la porte de la salle de bain est fermée, personne n'a le droit d'entrer, à moins que ce soit une urgence ("non, si t'as envie de caca, c'est pas une urgence, tu peux aller en bas. Non, t'as pas besoin de te brosser les dents tout de suite, ça non plus c'est pas urgent. Faut que ça saigne. Si ça saigne, ça c'est une urgence").
Pendant ma pause Calgon, ça cogne à la porte:
- Maman?
- Est-ce que c'est urgent?
- Ben, un peu.
- Est-ce que ça saigne?
- ...
- Est-ce que ça saigne?
- Euh, non.
- Ok, alors on s'en reparle dans 10 minutes.
Je n'ai pas eu d'autre visite.
Mieux vaut tard que jamais pour mettre ses limites, non?
mercredi 8 décembre 2010
Une question de perspective
La semaine dernière, Étienne avait comme devoir dans son cahier Astuce d'écrire une "phrase drôle". Il y avait des exemples en haut de la page, du genre "une bicyclette à boutons" (on voyait une bicyclette dont les roues étaient remplacées par des boutons) ou encore "un mouton qui vole dans le ciel."
Étienne, après y avoir pensé un peu, a finalement trouvé sa phrase:
"Un volcan qui explose comme du caca."
Je ne sais si c'est à force de côtoyer des petits mecs de 6 ans, mais j'ai trouvé ça hilarant. Pas mal plus drôle qu'une bicyclette à boutons en tout cas.
Sauf que Madame Karine n'a pas trouvé ça très drôle.
Étienne n'a donc pas "réussi" son devoir. Madame Karine a souligné le mot "drôle" dans les directives du devoir et a écrit en rouge, sous la phrase d'Étienne: "Ce n'est pas drôle."
Mon petit mec était bien triste, "surtout que je n'avais même pas fait de faute, maman!" Je n'ai rien dit, mais je comprends que Mme Karine ne peut ouvertement approuver l'utilisation du mot caca comme objet d'humour dans une classe de première année. Je peux facilement imaginer le délire de pipi-caca-vomi-pénis-vagin que ça pourrait créer.
Sauf que j'aurais bien aimé voir le visage de Madame Karine (qui est une excellente professeur et a un très bon sens de l'humour) à la lecture de cette phrase...
Étienne, après y avoir pensé un peu, a finalement trouvé sa phrase:
"Un volcan qui explose comme du caca."
Je ne sais si c'est à force de côtoyer des petits mecs de 6 ans, mais j'ai trouvé ça hilarant. Pas mal plus drôle qu'une bicyclette à boutons en tout cas.
Sauf que Madame Karine n'a pas trouvé ça très drôle.
Étienne n'a donc pas "réussi" son devoir. Madame Karine a souligné le mot "drôle" dans les directives du devoir et a écrit en rouge, sous la phrase d'Étienne: "Ce n'est pas drôle."
Mon petit mec était bien triste, "surtout que je n'avais même pas fait de faute, maman!" Je n'ai rien dit, mais je comprends que Mme Karine ne peut ouvertement approuver l'utilisation du mot caca comme objet d'humour dans une classe de première année. Je peux facilement imaginer le délire de pipi-caca-vomi-pénis-vagin que ça pourrait créer.
Sauf que j'aurais bien aimé voir le visage de Madame Karine (qui est une excellente professeur et a un très bon sens de l'humour) à la lecture de cette phrase...
lundi 6 décembre 2010
Première neige
Le plaisir de revenir de l'école, de mettre son habit de neige et d'aller jouer dehors... tant pis pour les devoirs.
Et, au coucher, le rêve secret que demain, peut-être, s'il neige cette nuit, et s'il neige encore, ils pourront rester à la maison et jouer dehors... encore...
Et, au coucher, le rêve secret que demain, peut-être, s'il neige cette nuit, et s'il neige encore, ils pourront rester à la maison et jouer dehors... encore...
vendredi 26 novembre 2010
Parvana (ou Mathilde et les talibans)
Pour notre club de lecture de novembre, Mathilde et moi avons à lire Parvana, Une enfance en Afghanistan, roman racontant l'histoire d'une petite afghane de 11 ans dont le père est arrêté par les talibans. Pour subvenir aux besoins de sa mère et ses soeurs, elle devra se transformer en garçon afin de circuler dans les rues de sa ville.
Encore une fois, Mathilde n'avait pas envie de lire le livre, même si elle voulait à nouveau participer au club. Nous avons donc commencé à lire le livre ensemble, ce qu'elle aime beaucoup. Mais le quotidien de Parvana est si différent du nôtre, si rempli de termes qui n'évoquent rien pour Mathilde--tchador, tchadri, talibans--qu'elle n'arrivait pas à bien concevoir le monde dans lequel vit Parvana.
Alors j'ai eu une idée.
Depuis environ un an--en fait, depuis que j'ai lu Le violoncelliste de Sarajevo--il m'arrive d'avoir recours à Google Image pendant la lecture d'un livre. J'ai parfois l'impression que de visualiser les lieux d'un récit me permet de le vivre un peu plus. Ce fut particulièrement le cas avec les photos de Sarajevo pendant le siège. Le quotidien de Flèche, Kenan et Dragan me semblait plus réel, plus aride après avoir vu les rues ensanglantées de Sarajevo, ses bâtiments démolis, ses cadavres abandonnés.
Alors j'ai préparé pour Mathilde des photos de burqa, de Kaboul, de talibans, de maisons en ruines, que nous avons regardées tranquillement.
Et depuis, Mathilde lit Parvana à tous les jours pendant ses périodes de lecture à l'école, parce qu'elle en a envie, et le soir nous lisons un chapitre ensemble. Je crois que maintenant qu'elle visualise un peu mieux le monde de Parvana, elle apprécie plus le récit de ses aventures.
J'aime l'ouverture sur le monde qu'offrent les livres, et j'aime accompagner Mathilde dans cette découverte.
J'écris ce texte sur mon portable, assise à la table, alors qu'Étienne--enfin libéré de sa conséquence--joue à Club Pingouin sur l'autre portable, juste à côté de moi. Souvent il s'arrête pour me serrer très fort dans ses bras. "On s'aime nous deux maman!"
Oui, on s'aime.
Encore une fois, Mathilde n'avait pas envie de lire le livre, même si elle voulait à nouveau participer au club. Nous avons donc commencé à lire le livre ensemble, ce qu'elle aime beaucoup. Mais le quotidien de Parvana est si différent du nôtre, si rempli de termes qui n'évoquent rien pour Mathilde--tchador, tchadri, talibans--qu'elle n'arrivait pas à bien concevoir le monde dans lequel vit Parvana.
Alors j'ai eu une idée.
Depuis environ un an--en fait, depuis que j'ai lu Le violoncelliste de Sarajevo--il m'arrive d'avoir recours à Google Image pendant la lecture d'un livre. J'ai parfois l'impression que de visualiser les lieux d'un récit me permet de le vivre un peu plus. Ce fut particulièrement le cas avec les photos de Sarajevo pendant le siège. Le quotidien de Flèche, Kenan et Dragan me semblait plus réel, plus aride après avoir vu les rues ensanglantées de Sarajevo, ses bâtiments démolis, ses cadavres abandonnés.
![]() |
| Par AfghanistanMatters |
Et depuis, Mathilde lit Parvana à tous les jours pendant ses périodes de lecture à l'école, parce qu'elle en a envie, et le soir nous lisons un chapitre ensemble. Je crois que maintenant qu'elle visualise un peu mieux le monde de Parvana, elle apprécie plus le récit de ses aventures.
J'aime l'ouverture sur le monde qu'offrent les livres, et j'aime accompagner Mathilde dans cette découverte.
***
J'écris ce texte sur mon portable, assise à la table, alors qu'Étienne--enfin libéré de sa conséquence--joue à Club Pingouin sur l'autre portable, juste à côté de moi. Souvent il s'arrête pour me serrer très fort dans ses bras. "On s'aime nous deux maman!"
Oui, on s'aime.
dimanche 21 novembre 2010
Graffiteur en devenir
Tout a commencé par des dessins faits au crayon de cire sur le plancher de sa chambre. Sur sa porte. Sur sa table de chevet. Et sur son bureau.
On peut comprendre ce comportement à 2 ou 3 ans, quand on ne sait pas encore qu'il ne faut pas dessiner sur les murs. Mais à 6 ans, même si ça semble très cool, on sait très bien que ça n'est pas une bonne idée. Il faut croire que la tentation était trop forte, car Étienne s'en est donné à cœur joie la semaine dernière. Comme conséquence, il a du tout nettoyer et a perdu ses droits d'écran (xbox et jeux à l'ordi) pour deux jours. Un supplice, à l'entendre pleurer.
Mais clairement, la conséquence n'était pas à la hauteur.
Ce week-end, en nettoyant la table alors qu'Étienne joue dehors avec son meilleur ami, je découvre ceci:
Le nom Étienne. Gravé sur la table de la salle à manger. Justement à la place où il s'assoit tout le temps. Plutôt facile d'identifier le coupable.
Mon mec et moi, un peu découragés, discutons d'une conséquence à la hauteur. Puis nous le faisons rentrer. Il s'assoit à la table, face à son graffiti.
- Qu'est-ce qu'il y a?
Il a un grand sourire, les joues rouges, la tuque en train de tomber. Il n'a aucune idée de ce que nous voulons lui dire et a juste envie de retourner dehors.
Mon mec pointe le graffiti. Le sourire tombe. Oups.
- Étienne, qui a fait ça?
Il ne répond pas. Étienne n'a jamais tort. Jamais il ne veut admettre la moindre faute. Mon mec demande à nouveau:
- Étienne, qui a fait ça?
- Est-ce que la personne qui a fait ça va se faire chicaner?
- L'important c'est de dire la vérité. Qui a fait ça?
Silence.
- Étienne, je te le demande pour une dernière fois. Qui a fait ça?
- M-O-I. (Peut-être qu'en épelant les lettres au lieu de dire le mot, on admet moins sa culpabilité?)
- Pourquoi tu as fait ça?
Silence. Il cherche très fort une bonne raison, mais il n'en trouve pas. Pendant ce temps, Zac l'attend dehors.
- Étienne, peux-tu nous expliquer pourquoi tu as fait ça?
- KWAK! KWAK! KWAK! KWAK!
Je me retourne. Par la fenêtre, je vois Zac qui court sur le gazon, battant intensément des bras, se prenant vraisemblablement pour une corneille. J'essaie de ne pas rire. C'est difficile.
- Étienne, est-ce que tu penses que c'était une bonne idée?
- Non. (Il baisse la tête). Je n'aurais pas dû.
- Non, tu n'aurais pas dû. Comme conséquence, tu vas perdre tes droits d'écran pendant cinq jours.
- Cinq jours!!! Est-ce que je vais pouvoir écouter la télé un peu au moins? (Tout se négocie avec Étienne).
- KWAK! KWAK! KWAK! KWAK!
Zac repasse près de la fenêtre.
- Tu devras aussi écrire la phrase "Je ne dois pas écrire sur la table" plusieurs fois, pour bien comprendre.
- Okay, oui.
- C'est bon, tu peux retourner jouer maintenant.
Je ne sais s'il a compris cette fois. Mais, malgré le sérieux de sa bêtise, je ne peux faire autrement que de trouver tout ça un peu drôle. Ce qu'il a fait n'a aucun bon sens, aucune allure, mais il y a quelque chose de très Étienne dans cette bêtise. Il fait ce qu'il a envie de faire et fait toujours tout avec enthousiasme. Ses bêtises sont souvent exploratoires, toujours sans malice. Ça devait être assez cool d'écrire son nom sur la table, non?
J'héberge peut-être un graffiteur en devenir, un futur artiste, un grand dessinateur. J'espère tout de même qu'à l'avenir, il choisira autre chose que le mobilier de la maison pour exprimer son art.
On peut comprendre ce comportement à 2 ou 3 ans, quand on ne sait pas encore qu'il ne faut pas dessiner sur les murs. Mais à 6 ans, même si ça semble très cool, on sait très bien que ça n'est pas une bonne idée. Il faut croire que la tentation était trop forte, car Étienne s'en est donné à cœur joie la semaine dernière. Comme conséquence, il a du tout nettoyer et a perdu ses droits d'écran (xbox et jeux à l'ordi) pour deux jours. Un supplice, à l'entendre pleurer.
Mais clairement, la conséquence n'était pas à la hauteur.
Ce week-end, en nettoyant la table alors qu'Étienne joue dehors avec son meilleur ami, je découvre ceci:
Le nom Étienne. Gravé sur la table de la salle à manger. Justement à la place où il s'assoit tout le temps. Plutôt facile d'identifier le coupable.
Mon mec et moi, un peu découragés, discutons d'une conséquence à la hauteur. Puis nous le faisons rentrer. Il s'assoit à la table, face à son graffiti.
- Qu'est-ce qu'il y a?
Il a un grand sourire, les joues rouges, la tuque en train de tomber. Il n'a aucune idée de ce que nous voulons lui dire et a juste envie de retourner dehors.
Mon mec pointe le graffiti. Le sourire tombe. Oups.
- Étienne, qui a fait ça?
Il ne répond pas. Étienne n'a jamais tort. Jamais il ne veut admettre la moindre faute. Mon mec demande à nouveau:
- Étienne, qui a fait ça?
- Est-ce que la personne qui a fait ça va se faire chicaner?
- L'important c'est de dire la vérité. Qui a fait ça?
Silence.
- Étienne, je te le demande pour une dernière fois. Qui a fait ça?
- M-O-I. (Peut-être qu'en épelant les lettres au lieu de dire le mot, on admet moins sa culpabilité?)
- Pourquoi tu as fait ça?
Silence. Il cherche très fort une bonne raison, mais il n'en trouve pas. Pendant ce temps, Zac l'attend dehors.
- Étienne, peux-tu nous expliquer pourquoi tu as fait ça?
- KWAK! KWAK! KWAK! KWAK!
Je me retourne. Par la fenêtre, je vois Zac qui court sur le gazon, battant intensément des bras, se prenant vraisemblablement pour une corneille. J'essaie de ne pas rire. C'est difficile.
- Étienne, est-ce que tu penses que c'était une bonne idée?
- Non. (Il baisse la tête). Je n'aurais pas dû.
- Non, tu n'aurais pas dû. Comme conséquence, tu vas perdre tes droits d'écran pendant cinq jours.
- Cinq jours!!! Est-ce que je vais pouvoir écouter la télé un peu au moins? (Tout se négocie avec Étienne).
- KWAK! KWAK! KWAK! KWAK!
Zac repasse près de la fenêtre.
- Tu devras aussi écrire la phrase "Je ne dois pas écrire sur la table" plusieurs fois, pour bien comprendre.
- Okay, oui.
- C'est bon, tu peux retourner jouer maintenant.
***
Je ne sais s'il a compris cette fois. Mais, malgré le sérieux de sa bêtise, je ne peux faire autrement que de trouver tout ça un peu drôle. Ce qu'il a fait n'a aucun bon sens, aucune allure, mais il y a quelque chose de très Étienne dans cette bêtise. Il fait ce qu'il a envie de faire et fait toujours tout avec enthousiasme. Ses bêtises sont souvent exploratoires, toujours sans malice. Ça devait être assez cool d'écrire son nom sur la table, non?
J'héberge peut-être un graffiteur en devenir, un futur artiste, un grand dessinateur. J'espère tout de même qu'à l'avenir, il choisira autre chose que le mobilier de la maison pour exprimer son art.
dimanche 7 novembre 2010
Conversation de banquette arrière
Cet après-midi, nous sommes en route vers la grande bibliothèque, accompagnés de Zac, le grand ami d'Étienne. Il vient de voir le signe de la compagnie pour laquelle son papa travaille.
- Hey, Étienne, regarde, c'est là que mon père travaille!
- Où ça?
- Là, en vert et blanc.
- Oui, je le vois.
- C'est là que tu veux travailler quand tu es grand.
- Pourquoi?
- On te donne 40 argents par semaine!
- 40 argents? Moi je voudrais plus, genre, mille dollars.
- Mais ça dépend, si tu es directeur, là tu as 50 argents.
- ...
- Et le mieux, c'est boss. Là tu as 60 argents par semaine!
- Étienne! On est près du Centre Bell!
- Où ça?
- Juste là, avec le signe du Canadien.
- Oui, je le vois.
- Je suis allé voir le Canadien avec mon père hier. Mais ils ont perdu. Mais il y en a qui étaient vraiment chanceux, ils ont fait un tour de Zamboni!
- Une quoi? Une Zamboni?
- Oui, c'est la machine pour arranger la glace. (Suit ensuite une longue discussion sur la façon dont on fait la glace, est-ce qu'il y a de l'herbe en dessous de la patinoire comme au parc, ou est-ce que c'est plutôt des roches ou même de la neige?) Mais les joueurs du Canadien, il ne sont vraiment pas chanceux, parce que c'est sous la patinoire qu'il y a leur douche.
- Leur douche?
- Ben oui, ils prennent leur douche après le match. Mais tu sais pas quoi Étienne?
- Quoi?
- Ils doivent la prendre devant tout le monde! Tout nu devant tout le monde!
- Ben d'abord moi je vais jamais jouer au hockey!
- Moi non plus.
- Ou si je joue pour le Canadien, je garde mon habit et je vais prendre ma douche chez nous.
- Ouen, moi aussi.
Les petits mecs sont craquants :-)
- Hey, Étienne, regarde, c'est là que mon père travaille!
- Où ça?
- Là, en vert et blanc.
- Oui, je le vois.
- C'est là que tu veux travailler quand tu es grand.
- Pourquoi?
- On te donne 40 argents par semaine!
- 40 argents? Moi je voudrais plus, genre, mille dollars.
- Mais ça dépend, si tu es directeur, là tu as 50 argents.
- ...
- Et le mieux, c'est boss. Là tu as 60 argents par semaine!
***
- Étienne! On est près du Centre Bell!
- Où ça?
- Juste là, avec le signe du Canadien.
- Oui, je le vois.
- Je suis allé voir le Canadien avec mon père hier. Mais ils ont perdu. Mais il y en a qui étaient vraiment chanceux, ils ont fait un tour de Zamboni!
- Une quoi? Une Zamboni?
- Oui, c'est la machine pour arranger la glace. (Suit ensuite une longue discussion sur la façon dont on fait la glace, est-ce qu'il y a de l'herbe en dessous de la patinoire comme au parc, ou est-ce que c'est plutôt des roches ou même de la neige?) Mais les joueurs du Canadien, il ne sont vraiment pas chanceux, parce que c'est sous la patinoire qu'il y a leur douche.
- Leur douche?
- Ben oui, ils prennent leur douche après le match. Mais tu sais pas quoi Étienne?
- Quoi?
- Ils doivent la prendre devant tout le monde! Tout nu devant tout le monde!
- Ben d'abord moi je vais jamais jouer au hockey!
- Moi non plus.
- Ou si je joue pour le Canadien, je garde mon habit et je vais prendre ma douche chez nous.
- Ouen, moi aussi.
***
samedi 23 octobre 2010
La cigale et la fourmi version Club Pingouin
Il y a de ces jours où avoir des enfants nous plonge dans une atmosphère complètement surréaliste.
Les enfants adorent jouer à Club Pingouin, un jeu en ligne dans lequel les joueurs prennent la forme d'un pingouin et se promènent dans un monde virtuel enneigé, où ils participent à des aventures et ramassent des points qu'ils utilisent ensuite pour acheter de l'équipement pour leur pingouin (allant d'une maison igloo à des "puffles", espèce de bibittes à poil qu'il faut nourrir).
Ils adorent tellement qu'il a fallu leur imposer des limites de temps bien précises. Mais bien qu'ils jouent ensemble, chacun sur leur ordi, et se rencontrent dans ce monde virtuel, leur approche est un peu différente...
Extrait d'une conversation entre Mathilde et Stéphan hier, après un 30 minutes de Club Pingouin:
- C'est vraiment chill papa le club pingouin. On peut ramasser des points et se bâtir une maison.
- Ah oui?
- Oui, la mienne est super grande et super belle, et je l'ai vraiment bien décorée. Il y a de la place pour tous mes puffles (prononcé à l'anglaise version enfant de 11 ans).
- Étienne aussi a une grosse maison?
- Non! Étienne il fait n'importe quoi!
- Qu'est-ce que tu veux dire?
- Ben il dépense tout le temps ses points n'importe comment. Sa maison est super petite, il a juste une boule disco au plafond comme décoration. Pis il a juste deux puffles parce qu'ils s'en vont tout le temps, il ne s'en occupe pas bien.
- Qu'est-ce qu'il fait avec ses points?
- Ben, il passe son temps à s'acheter du nouveau linge avec ses points, et après il s'habille cool et il va danser et jouer de la musique avec ses amis.
Ben coudonc.
Après vérification ce matin, la maison d'Étienne est un mini bocal avec une boule disco, des éclairages de scènes au plafond, un micro, et son pingouin ressemble à Albert Einstein version musicale.

Mathilde a quant à elle plusieurs maisons qu'elle choisit et décore selon le gout du jour; ce matin, elle avait transformé une de ses maisons en classe pour "puffles" avec pupitres et casiers.

Je n'aurais jamais imaginé que Club Pingouin puisse être aussi fascinant.
Les enfants adorent jouer à Club Pingouin, un jeu en ligne dans lequel les joueurs prennent la forme d'un pingouin et se promènent dans un monde virtuel enneigé, où ils participent à des aventures et ramassent des points qu'ils utilisent ensuite pour acheter de l'équipement pour leur pingouin (allant d'une maison igloo à des "puffles", espèce de bibittes à poil qu'il faut nourrir).
Ils adorent tellement qu'il a fallu leur imposer des limites de temps bien précises. Mais bien qu'ils jouent ensemble, chacun sur leur ordi, et se rencontrent dans ce monde virtuel, leur approche est un peu différente...
Extrait d'une conversation entre Mathilde et Stéphan hier, après un 30 minutes de Club Pingouin:
- C'est vraiment chill papa le club pingouin. On peut ramasser des points et se bâtir une maison.
- Ah oui?
- Oui, la mienne est super grande et super belle, et je l'ai vraiment bien décorée. Il y a de la place pour tous mes puffles (prononcé à l'anglaise version enfant de 11 ans).
- Étienne aussi a une grosse maison?
- Non! Étienne il fait n'importe quoi!
- Qu'est-ce que tu veux dire?
- Ben il dépense tout le temps ses points n'importe comment. Sa maison est super petite, il a juste une boule disco au plafond comme décoration. Pis il a juste deux puffles parce qu'ils s'en vont tout le temps, il ne s'en occupe pas bien.
- Qu'est-ce qu'il fait avec ses points?
- Ben, il passe son temps à s'acheter du nouveau linge avec ses points, et après il s'habille cool et il va danser et jouer de la musique avec ses amis.
Ben coudonc.
***
Après vérification ce matin, la maison d'Étienne est un mini bocal avec une boule disco, des éclairages de scènes au plafond, un micro, et son pingouin ressemble à Albert Einstein version musicale.

Mathilde a quant à elle plusieurs maisons qu'elle choisit et décore selon le gout du jour; ce matin, elle avait transformé une de ses maisons en classe pour "puffles" avec pupitres et casiers.

***
Je n'aurais jamais imaginé que Club Pingouin puisse être aussi fascinant.
jeudi 14 octobre 2010
Lecture partagée
J'ai découvert l'été dernier que ma bibliothèque organisait des clubs de lecture mère-fille, réservées aux filles de 10 et 11 ans. Évidemment, mon esprit s'est emballé. Je nous voyais, Mathilde et moi, discutant passionnément de livres devant un chocolat chaud, comparant nos impressions, après une rencontre du club.
J'ai une imagination fertile et un peu trop romantique.
Nous sommes revenues de la bibliothèque avec notre livre à lire pour la première rencontre, La grande quête de Jacob Jobin de Dominique Demers. Première réaction de Mathilde:
"Ben là. C'est un livre de gars."
En effet, le livre raconte l'histoire de Jacob, un ado de 13 ans, qui se retrouve bien malgré lui dans un monde fantastique, rempli d'elfes, de fées et de petites bêtes poilues. Mathilde aime les romans d'amour et les histoires de filles. Pas les romans fantastiques avec des petites bêtes poilues.
Pendant plusieurs jours, le livre a trainé dans sa chambre sans qu'elle s'y intéresse, malgré mes efforts. J'étais un peu confuse. Je ne voulais pas l'obliger à lire un livre qui ne l'intéresse pas (je sais comme ça peut être pénible!), mais j'avais tout de même envie qu'elle essaie au moins une fois l'expérience d'une discussion de livre avant d'abandonner.
Sur la suggestion d'une copine, j'ai proposé à Mathilde que nous lisions le début du livre ensemble, comme nous le faisions quand elle était plus petite. Mardi soir, nous nous sommes installées sur son lit; j'ai lu la première page, elle a lu la deuxième. À la fin du premier chapitre, on apprend la disparition du frère de Jacob. Mystère! Elle était accrochée. Et très contente, tout comme moi, de retrouver cette ancienne complicité. "Maman, est-ce qu'on pourra commencer tous les livres comme ça, en les lisant ensemble?" Douce Mathilde.
Depuis, nous comparons nos lectures en fin de journée. Je ne crois pas que ce livre sera un coup de cœur pour elle, mais je crois qu'elle apprécie ces échanges, et je me promets de lire encore quelques chapitres avec elle.
Et d'aller boire un chocolat chaud dans un café pour fêter la fin de cette première lecture partagée.
J'ai une imagination fertile et un peu trop romantique.
Nous sommes revenues de la bibliothèque avec notre livre à lire pour la première rencontre, La grande quête de Jacob Jobin de Dominique Demers. Première réaction de Mathilde:
"Ben là. C'est un livre de gars."
En effet, le livre raconte l'histoire de Jacob, un ado de 13 ans, qui se retrouve bien malgré lui dans un monde fantastique, rempli d'elfes, de fées et de petites bêtes poilues. Mathilde aime les romans d'amour et les histoires de filles. Pas les romans fantastiques avec des petites bêtes poilues.
Pendant plusieurs jours, le livre a trainé dans sa chambre sans qu'elle s'y intéresse, malgré mes efforts. J'étais un peu confuse. Je ne voulais pas l'obliger à lire un livre qui ne l'intéresse pas (je sais comme ça peut être pénible!), mais j'avais tout de même envie qu'elle essaie au moins une fois l'expérience d'une discussion de livre avant d'abandonner.
Sur la suggestion d'une copine, j'ai proposé à Mathilde que nous lisions le début du livre ensemble, comme nous le faisions quand elle était plus petite. Mardi soir, nous nous sommes installées sur son lit; j'ai lu la première page, elle a lu la deuxième. À la fin du premier chapitre, on apprend la disparition du frère de Jacob. Mystère! Elle était accrochée. Et très contente, tout comme moi, de retrouver cette ancienne complicité. "Maman, est-ce qu'on pourra commencer tous les livres comme ça, en les lisant ensemble?" Douce Mathilde.
Depuis, nous comparons nos lectures en fin de journée. Je ne crois pas que ce livre sera un coup de cœur pour elle, mais je crois qu'elle apprécie ces échanges, et je me promets de lire encore quelques chapitres avec elle.
Et d'aller boire un chocolat chaud dans un café pour fêter la fin de cette première lecture partagée.
vendredi 8 octobre 2010
Clé des champs
Samedi dernier, Mathilde passait son examen d'admission au secondaire. Pour souligner cette étape importante, nous avions prévu un massage entre filles en après-midi, mais tout était complet. J'ai donc demandé à Mathilde ce qui lui ferait plaisir. Je m'attendais à ce qu'elle suggère une de ses activités préférées: aller magasiner ensemble, aller au ciné ou au resto. Elle a réfléchi pendant quelques minutes, puis elle a dit:
"Une clé. Je veux ma clé de la maison."
À 11 ans, Mathilde est à la frontière entre l'enfance et l'adolescence, oscillant entre les deux mondes. Elle rêve de liberté, mais dans le confort de la sécurité familiale. À la visite du collège il y a deux semaines, elle a pris ma main un peu avant de passer la porte d'entrée, comme elle le faisait toute petite au moment de traverser la rue. Elle ne voulait pas appliquer à un collège international près d'ici, parce que leur programme est axé sur les voyages, et qu'elle ne peut s'imaginer partir sans nous pour plus d'une soirée.
Mais en même temps, elle veut revenir seule après l'école, demande à garder son frère, rêve d'aller magasiner seule avec sa copine. Et elle fait preuve parfois d'une maturité déroutante. Une de nos inquiétudes avec le secondaire était que l'école publique locale a bien mauvaise réputation et est loin d'être un environnement idéal. Lorsqu'elle a appris mercredi qu'elle avait été admise au collège de son choix, elle nous a dit: "Tu sais maman, je suis bien contente d'aller au collège. Mais je pense que peu importe l'école où on va, si on veut vraiment quelque chose, on va y arriver. Quelqu'un qui a vraiment envie d'être professeur pourrait aller à cette polyvalente et réussir très bien, sans problème. C'est ce qu'on veut qui compte."
Sage Mathilde.
Je lui ai donc acheté un petit porte-clé, à la fois similaire au mien et un peu différent, et nous sommes allés à la quincaillerie en famille samedi lui faire un double de notre clé. Son porte-clé voisine maintenant nos porte-clés à nous, attendant patiemment d'être utilisé, symbole d'un premier pas vers l'indépendance d'une petite fille.
"Une clé. Je veux ma clé de la maison."
À 11 ans, Mathilde est à la frontière entre l'enfance et l'adolescence, oscillant entre les deux mondes. Elle rêve de liberté, mais dans le confort de la sécurité familiale. À la visite du collège il y a deux semaines, elle a pris ma main un peu avant de passer la porte d'entrée, comme elle le faisait toute petite au moment de traverser la rue. Elle ne voulait pas appliquer à un collège international près d'ici, parce que leur programme est axé sur les voyages, et qu'elle ne peut s'imaginer partir sans nous pour plus d'une soirée.
Mais en même temps, elle veut revenir seule après l'école, demande à garder son frère, rêve d'aller magasiner seule avec sa copine. Et elle fait preuve parfois d'une maturité déroutante. Une de nos inquiétudes avec le secondaire était que l'école publique locale a bien mauvaise réputation et est loin d'être un environnement idéal. Lorsqu'elle a appris mercredi qu'elle avait été admise au collège de son choix, elle nous a dit: "Tu sais maman, je suis bien contente d'aller au collège. Mais je pense que peu importe l'école où on va, si on veut vraiment quelque chose, on va y arriver. Quelqu'un qui a vraiment envie d'être professeur pourrait aller à cette polyvalente et réussir très bien, sans problème. C'est ce qu'on veut qui compte."
Sage Mathilde.
Je lui ai donc acheté un petit porte-clé, à la fois similaire au mien et un peu différent, et nous sommes allés à la quincaillerie en famille samedi lui faire un double de notre clé. Son porte-clé voisine maintenant nos porte-clés à nous, attendant patiemment d'être utilisé, symbole d'un premier pas vers l'indépendance d'une petite fille.
vendredi 10 septembre 2010
Téléphone public
Mardi soir, 18h10. Je suis en train de faire la file au collège pour inscrire les enfants à la natation. Je suis arrivée à 16h, j'ai la chance (!) d'être la 85e en ligne. Je reçois enfin l'horaire des cours, et je dois absolument parler avec mon mec pour prendre une décision. Évidemment, la batterie de mon cellulaire s'éteint. Merde. On appelle le numéro 35. Je descends deux étages à la course pour trouver le téléphone public. À force de chercher au fond de mon sac, je trouve 50 sous. J'appelle à la maison.
C'est occupé.
J'attends une minute, et j'essaie à nouveau.
Toujours occupé. Merde.
Personne n'aime parler au téléphone chez nous, à part Mathilde. À cette heure, elle est partie au soccer, alors je me dis que ça ne sera pas long. J'essaie à nouveau.
Encore occupé. Merde. Merde.
Je remonte deux étages à la course; on appelle le numéro 48. Je redescends en courant.
Pendant plus de presque 10 minutes, la ligne est toujours occupée. Je remonte. Je redescends. Je rappelle. Je commence à m'impatienter sérieusement. Finalement, ça sonne. Stéphan répond:
- Allo?
- C'est moi. (légèrement contrariée) J'essaie d'appeler depuis tout à l'heure, c'était toujours occupé!
- C'était Étienne.
- Étienne? Au téléphone depuis 10 minutes? Il parlait avec qui?
- Agathe.
- Agathe!?! (Jamais entendu parler d'Agathe).
- La nouvelle amie d'Étienne.
- Ah.
- Ils veulent se rejoindre au parc pour aller jouer au tennis.
- Au tennis?
- Au tennis.
Aller jouer au tennis. Au parc. Avec Agathe. À six ans. Ben coup donc.
Depuis, nous entendons parler d'Agathe à tous les jours. Mercredi, elle a donné à Étienne sa pierre la plus précieuse. Et hier, elle a insisté pour qu'il l'invite ce samedi à son party de fête. Étienne est ravi.
Mon petit mec est un don juan.
C'est occupé.
J'attends une minute, et j'essaie à nouveau.
Toujours occupé. Merde.
Personne n'aime parler au téléphone chez nous, à part Mathilde. À cette heure, elle est partie au soccer, alors je me dis que ça ne sera pas long. J'essaie à nouveau.
Encore occupé. Merde. Merde.
Je remonte deux étages à la course; on appelle le numéro 48. Je redescends en courant.
Pendant plus de presque 10 minutes, la ligne est toujours occupée. Je remonte. Je redescends. Je rappelle. Je commence à m'impatienter sérieusement. Finalement, ça sonne. Stéphan répond:
- Allo?
- C'est moi. (légèrement contrariée) J'essaie d'appeler depuis tout à l'heure, c'était toujours occupé!
- C'était Étienne.
- Étienne? Au téléphone depuis 10 minutes? Il parlait avec qui?
- Agathe.
- Agathe!?! (Jamais entendu parler d'Agathe).
- La nouvelle amie d'Étienne.
- Ah.
- Ils veulent se rejoindre au parc pour aller jouer au tennis.
- Au tennis?
- Au tennis.
Aller jouer au tennis. Au parc. Avec Agathe. À six ans. Ben coup donc.
Depuis, nous entendons parler d'Agathe à tous les jours. Mercredi, elle a donné à Étienne sa pierre la plus précieuse. Et hier, elle a insisté pour qu'il l'invite ce samedi à son party de fête. Étienne est ravi.
Mon petit mec est un don juan.
vendredi 20 août 2010
38 Celcius, 2 enfants, 2 pandas, 0 éléphant, 0 singe et 1 Ravenswood
Vendredi après-midi, zoo de Washington, D.C. Il fait 38 degrés Celcius, les enfants ne veulent plus marcher. Ils ont chaud, ils ont mal aux pieds, ils se plaignent sans arrêt. "Quand on s'en va?" "Il fait chaud!" "Est-ce qu'on peut aller se baigner?" "Je voulais voir les singes et les éléphants! Pourquoi c'est fermé ce bout! C'est pas juste! Tu me l'avais pas dit!" "J'ai faim!"
Je me dis que j'ai tout raté.
Nous passons 3 jours à Washington. C'est ma quatrième visite, mais c'est la première pour mon mec et les enfants. J'avais en tête tout ce que je voulais leur montrer: Le Mall, les musées, la maison blanche, le Washington Monument, le Lincoln Memorial, le National zoo.
Beaucoup d'activités sur le programme. Trop, même. J'avais oublié qu'il est difficile de voyager avec des enfants. C'était rendu si pénible en fait que nous avons renoncé au programme prévu en plein après-midi et nous sommes revenus à l'hôtel. Dans le métro, nous nous sommes dit: ça y est, c'est le dernier voyage du genre qu'on fait. Finis les voyages plus touristiques, les visites, les villes. Ça ne sera plus que de la plage et de la piscine. Et on ne va pas en France pour notre prochain grand voyage, tel que rêvé. C'est une perte totale de temps et d'argent.
En chemin, je fais un arrêt au Beer and Wine Store du coin, pour ramasser une bouteille de Ravenswood à un prix dérisoire. Faute de pause-thé, je me ferai une pause-vin.
***
Pourtant, pendant le souper dans un pub irlandais très sympathique, les enfants parlent de leur journée avec bonheur. "Moi j'ai beaucoup aimé les pandas aujourd'hui!" "Oui, c'était trop cool! Moi, j'ai aimé les gorilles!" "Non, ce que j'ai le plus aimé c'est le musée de l'air et de l'espace hier!" "Oui, moi aussi c'est ça! C'était trop cool les fusées!"
De retour à l'air climatisé, après une pause piscine incroyablement rafraichissante (et un verre de délicieux Ravenswood), je prends un peu de recul. Oui, il est possible de voyager avec des enfants et oui, ils en retirent quelque chose. Mais je dois le faire à leur rythme. Je dois comprendre qu'ils ne peuvent marcher pendant des heures et que faire des visites touristiques toute la journée est beaucoup trop pour eux. Pour le prochain voyage, je planifierai des demi-journées de visites touristiques, avec juste assez de marche pour les fatiguer un peu, mais pas assez pour les décourager.
Et je continuerai à trouver des hôtels avec piscine, source de bonheur pour mes aqua kids et récompense bien méritée à la fin de la journée.
Je me dis que j'ai tout raté.
Nous passons 3 jours à Washington. C'est ma quatrième visite, mais c'est la première pour mon mec et les enfants. J'avais en tête tout ce que je voulais leur montrer: Le Mall, les musées, la maison blanche, le Washington Monument, le Lincoln Memorial, le National zoo.
Beaucoup d'activités sur le programme. Trop, même. J'avais oublié qu'il est difficile de voyager avec des enfants. C'était rendu si pénible en fait que nous avons renoncé au programme prévu en plein après-midi et nous sommes revenus à l'hôtel. Dans le métro, nous nous sommes dit: ça y est, c'est le dernier voyage du genre qu'on fait. Finis les voyages plus touristiques, les visites, les villes. Ça ne sera plus que de la plage et de la piscine. Et on ne va pas en France pour notre prochain grand voyage, tel que rêvé. C'est une perte totale de temps et d'argent.
En chemin, je fais un arrêt au Beer and Wine Store du coin, pour ramasser une bouteille de Ravenswood à un prix dérisoire. Faute de pause-thé, je me ferai une pause-vin.
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Pourtant, pendant le souper dans un pub irlandais très sympathique, les enfants parlent de leur journée avec bonheur. "Moi j'ai beaucoup aimé les pandas aujourd'hui!" "Oui, c'était trop cool! Moi, j'ai aimé les gorilles!" "Non, ce que j'ai le plus aimé c'est le musée de l'air et de l'espace hier!" "Oui, moi aussi c'est ça! C'était trop cool les fusées!"
De retour à l'air climatisé, après une pause piscine incroyablement rafraichissante (et un verre de délicieux Ravenswood), je prends un peu de recul. Oui, il est possible de voyager avec des enfants et oui, ils en retirent quelque chose. Mais je dois le faire à leur rythme. Je dois comprendre qu'ils ne peuvent marcher pendant des heures et que faire des visites touristiques toute la journée est beaucoup trop pour eux. Pour le prochain voyage, je planifierai des demi-journées de visites touristiques, avec juste assez de marche pour les fatiguer un peu, mais pas assez pour les décourager.
Et je continuerai à trouver des hôtels avec piscine, source de bonheur pour mes aqua kids et récompense bien méritée à la fin de la journée.
mardi 3 août 2010
Petits cadres et chambre de grand
Depuis quelques mois, Mathilde réclame une "chambre d'ado", une chambre qu'elle ne serait plus gênée de montrer à ses amies (et amis) parce qu'elle fait "vraiment full bébé". Nous avons commencé la planification et l'achat de certains éléments importants, mais Mathilde devait d'abord faire un ménage sérieux de sa chambre avant de passer à l'étape peinture, ce qu'elle a fait le week-end dernier avec beaucoup d'efforts et d'enthousiasme.
Évidemment, Étienne veut faire comme sa soeur. Ce n'est pas parce qu'il a 5 ans qu'il n'a pas droit lui aussi à une chambre de grand. Il est donc venu me voir dimanche soir, avec dans ses mains les cadres normalement accrochés à son mur:
- Maman, tiens, mes cadres, je les ai enlevés, je ne les veux plus.
- Mais pourquoi? Il sont encore très beaux!
- Oui, mais ils ne me font plus.
J'ai réussi à le convaincre qu'ils lui font encore très bien, et qu'il fallait attendre d'avoir 11 ans pour pouvoir rénover sa chambre lui aussi.
Sauf que, depuis, je commence à trouver que, peut-être, ma vieille sécheuse ne me fait plus très bien.
Évidemment, Étienne veut faire comme sa soeur. Ce n'est pas parce qu'il a 5 ans qu'il n'a pas droit lui aussi à une chambre de grand. Il est donc venu me voir dimanche soir, avec dans ses mains les cadres normalement accrochés à son mur:
- Maman, tiens, mes cadres, je les ai enlevés, je ne les veux plus.
- Mais pourquoi? Il sont encore très beaux!
- Oui, mais ils ne me font plus.
J'ai réussi à le convaincre qu'ils lui font encore très bien, et qu'il fallait attendre d'avoir 11 ans pour pouvoir rénover sa chambre lui aussi.
Sauf que, depuis, je commence à trouver que, peut-être, ma vieille sécheuse ne me fait plus très bien.
dimanche 25 juillet 2010
Sortir de ma zone de confort
Le week-end dernier, nous devions partir en camping avec les amis. J'ai profité de ma journée de congé vendredi pour préparer les bagages et la nourriture, avec comme objectif de partir à la première heure samedi matin.
Sauf que, samedi matin, mon mec était trop malade pour aller en camping.
J'ai hésité pendant un bon moment. Je n'avais pas envie de partir sans lui, mais après avoir tout préparé, je n'avais pas non plus envie de simplement tout ranger. Et les enfants avaient tellement hâte d'y aller. Tout comme moi, d'ailleurs. Mais ça impliquait partir en camping seule avec les enfants. Monter la tente seule. Faire la bouffe au bruleur. Est-ce que ça irait?
J'ai pensé à ma sœur, qui est une grande source d'inspiration pour moi. Ma sœur qui est selon moi la meilleure maman que je connaisse, et qui part régulièrement en camping seule avec ses enfants.
Alors j'ai pris mon courage à deux mains et je suis partie.
Nous avons eu un excellent week-end. J'ai réussi à monter la tente et utiliser le bruleur sans problème. Les enfants, conscients que la situation était un peu plus compliquée pour moi, ont été fantastiques. Je craignais surtout les chicanes frère-soeur qui peuvent être parfois très irritantes, surtout en voiture. J'en avais discuté avec eux, et Étienne avait proposé la solution suivante: ils allaient faire un effort, mais ils oublieraient surement parfois et se chicaneraient. À ce moment, je n'avais qu'à dire le mot "chicane" et ils arrêteraient tout de suite. Ce fut un mot miraculeux (et que j'aimerais bien utiliser encore et encore!).
Sortir ainsi de ma zone de confort était à la fois inquiétant et excitant. J'ai l'impression d'être revenue un peu grandie. Et surtout, plus vivante.
Il est si facile de rester dans sa zone de confort. Après des années de camping avec mon mec, jamais je n'avais utilisé le bruleur, sans me poser de questions. Je me retrouve prise dans ma routine, sans la bousculer, répétant les mêmes gestes, les mêmes habitudes.
Sauf que j'ai remarqué que si je ne cherche pas à sortir de ma zone de confort, non seulement elle ne s'agrandit pas, elle diminue. S'atrophie. Et je n'ai pas envie qu'elle s'atrophie. J'ai envie d'en repousser les limites. De continuer à me sentir vivante.
C'est pour ça que je me suis fait couper les cheveux courts. Que j'ai décidé de suivre un entrainement plus structuré pour améliorer mon temps au 10k.
La prochaine étape sera peut-être d'enfin acheter cette jupe de course qui me tente depuis si longtemps. Et pourquoi pas?
***
Quelques photos de ce week-end
Pendant la pause diner aux chutes de St-Ursule. Nous avons décidé de quitter la route principale et s'aventurer un peu pour un diner plus intéressant.
Une photo au camping
Sauf que, samedi matin, mon mec était trop malade pour aller en camping.
J'ai hésité pendant un bon moment. Je n'avais pas envie de partir sans lui, mais après avoir tout préparé, je n'avais pas non plus envie de simplement tout ranger. Et les enfants avaient tellement hâte d'y aller. Tout comme moi, d'ailleurs. Mais ça impliquait partir en camping seule avec les enfants. Monter la tente seule. Faire la bouffe au bruleur. Est-ce que ça irait?
J'ai pensé à ma sœur, qui est une grande source d'inspiration pour moi. Ma sœur qui est selon moi la meilleure maman que je connaisse, et qui part régulièrement en camping seule avec ses enfants.
Alors j'ai pris mon courage à deux mains et je suis partie.
Nous avons eu un excellent week-end. J'ai réussi à monter la tente et utiliser le bruleur sans problème. Les enfants, conscients que la situation était un peu plus compliquée pour moi, ont été fantastiques. Je craignais surtout les chicanes frère-soeur qui peuvent être parfois très irritantes, surtout en voiture. J'en avais discuté avec eux, et Étienne avait proposé la solution suivante: ils allaient faire un effort, mais ils oublieraient surement parfois et se chicaneraient. À ce moment, je n'avais qu'à dire le mot "chicane" et ils arrêteraient tout de suite. Ce fut un mot miraculeux (et que j'aimerais bien utiliser encore et encore!).
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Sortir ainsi de ma zone de confort était à la fois inquiétant et excitant. J'ai l'impression d'être revenue un peu grandie. Et surtout, plus vivante.
Il est si facile de rester dans sa zone de confort. Après des années de camping avec mon mec, jamais je n'avais utilisé le bruleur, sans me poser de questions. Je me retrouve prise dans ma routine, sans la bousculer, répétant les mêmes gestes, les mêmes habitudes.
Sauf que j'ai remarqué que si je ne cherche pas à sortir de ma zone de confort, non seulement elle ne s'agrandit pas, elle diminue. S'atrophie. Et je n'ai pas envie qu'elle s'atrophie. J'ai envie d'en repousser les limites. De continuer à me sentir vivante.
C'est pour ça que je me suis fait couper les cheveux courts. Que j'ai décidé de suivre un entrainement plus structuré pour améliorer mon temps au 10k.
La prochaine étape sera peut-être d'enfin acheter cette jupe de course qui me tente depuis si longtemps. Et pourquoi pas?
***
Quelques photos de ce week-end
Pendant la pause diner aux chutes de St-Ursule. Nous avons décidé de quitter la route principale et s'aventurer un peu pour un diner plus intéressant.
Une photo au camping
dimanche 4 juillet 2010
C'est la fête de Mathilde
Samedi dernier, nous avons célébré l'anniversaire de Mathilde. Encore une fois, elle avait eu une idée originale et simple pour célébrer sa fête: Avec 6 ami(e)s et son petit frère, nous sommes partis en bicyclette vers un parc à 20 minutes de chez nous. Nous avons fait un pique-nique, puis les enfants se sont baignés pendant plus d'une heure. Après une collation, nous sommes revenus à la maison pour le gâteau et les cadeaux.
Voici quelques photos de cette journée:



Mathilde ouvrant un de ses cadeaux préférés (déjà lu depuis!):

Et la traditionnelle photo prise devant la maison:

Pour le plaisir, j'ai retrouvé celle prise en juillet 2006... tant de changement en quatre ans...

***
J'ai fêté le 4e anniversaire de ce blog dimanche dernier. Ce soir, pour la 4e fois, j'écrivais un texte sur la fête de Mathilde. Je m'interroge parfois sur ce blog. Non pas à savoir si je le continue ou non; il est rendu essentiel à ma vie, et je suis en manque lorsque je ne peux écrire pendant un certain temps, comme ce fut le cas cette semaine. Mais je me questionne parfois sur sa direction; les textes que j'écris se perdent-ils un peu lorsqu'ils disparaissent de ma page principale?
En voulant retrouver une des photos traditionnelles prises sur le balcon, je suis retournée dans mon passé virtuel, ce que je ne fais presque jamais. J'ai lu un texte, puis un autre, puis un autre. J'étais complètement accro. Tant de souvenirs un peu oubliés... C'était comme regarder un album-photo, mais avec des textes relatant tous ces petits détails si simples, si anodins mais qui forment l'histoire d'une famille: les expressions d'Étienne, les histoires de Mathilde, les rigolades, les moments difficiles, mes inquiétudes, mes bonheurs. Tant de bonheur.
Je l'aime, mon long fleuve intranquille.
Voici quelques photos de cette journée:
Mathilde ouvrant un de ses cadeaux préférés (déjà lu depuis!):
Et la traditionnelle photo prise devant la maison:
Pour le plaisir, j'ai retrouvé celle prise en juillet 2006... tant de changement en quatre ans...

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J'ai fêté le 4e anniversaire de ce blog dimanche dernier. Ce soir, pour la 4e fois, j'écrivais un texte sur la fête de Mathilde. Je m'interroge parfois sur ce blog. Non pas à savoir si je le continue ou non; il est rendu essentiel à ma vie, et je suis en manque lorsque je ne peux écrire pendant un certain temps, comme ce fut le cas cette semaine. Mais je me questionne parfois sur sa direction; les textes que j'écris se perdent-ils un peu lorsqu'ils disparaissent de ma page principale?
En voulant retrouver une des photos traditionnelles prises sur le balcon, je suis retournée dans mon passé virtuel, ce que je ne fais presque jamais. J'ai lu un texte, puis un autre, puis un autre. J'étais complètement accro. Tant de souvenirs un peu oubliés... C'était comme regarder un album-photo, mais avec des textes relatant tous ces petits détails si simples, si anodins mais qui forment l'histoire d'une famille: les expressions d'Étienne, les histoires de Mathilde, les rigolades, les moments difficiles, mes inquiétudes, mes bonheurs. Tant de bonheur.
Je l'aime, mon long fleuve intranquille.
mercredi 23 juin 2010
La marche des dinosaures
La semaine dernière, j'ai eu la chance d'assister à la grande marche des dinosaures de la classe d'Étienne, qui les menait à la bibliothèque de Lachine, où ils seront exposés tout l'été. On se souviendra que ces dinosaures avaient eu la chance d'avoir des cous conçus dans un stress intense par une débutante avouée.
En voici quelques uns, juste avant le départ pour la bibliothèque:

La grande marche débute:

À l'arrêt d'autobus, les dinosaures (tous herbivores, semblent-ils) sont bien nourris:


Dans l'autobus (on remarque en premier plan un tricératops, qui m'aura donné des sueurs):

On arrive enfin:



C'est con, mais j'étais fière de savoir qu'il y avait un tout petit peu de moi dans tous ces dinosaures. Que même quelqu'un d'aussi nul que moi en bricolage peut participer à quelque chose d'aussi impressionnant. Tout est vraiment possible.
En voici quelques uns, juste avant le départ pour la bibliothèque:
La grande marche débute:
À l'arrêt d'autobus, les dinosaures (tous herbivores, semblent-ils) sont bien nourris:
Dans l'autobus (on remarque en premier plan un tricératops, qui m'aura donné des sueurs):
On arrive enfin:
C'est con, mais j'étais fière de savoir qu'il y avait un tout petit peu de moi dans tous ces dinosaures. Que même quelqu'un d'aussi nul que moi en bricolage peut participer à quelque chose d'aussi impressionnant. Tout est vraiment possible.
lundi 7 juin 2010
Mathilde, son papa et le piano
Stéphan aime beaucoup la musique de Philip Glass, en particulier une pièce tirée du film No Reservations qui s'intitule Zoe Goes to the Restaurant. Stéphan et Mathilde ont essayé pendant quelque temps d'en reproduire les notes en l'écoutant sur YouTube, mais ils ont du abandonner, à leur grande déception.
Après quelques recherches, j'ai finalement réussi à trouver la partition sur le web. Depuis, Mathilde l'apprenait en cachette avec l'idée de l'offrir comme cadeau de fête des pères à son papa. Le professeur de Mathilde a plutôt suggéré qu'elle la joue lors de son concert, qui avait lieu hier. Après les deux pièces inscrites sur le programme de la soirée (la Charolaise de Couperin et un Menuet de Bach), Mathilde allait jouer, en surprise, Zoe Goes to the Restaurant.

J'attendais le moment avec fébrilité. La nervosité a eu un peu raison de la première pièce de Mathilde, mais elle a superbement bien réussi le menuet. Après les applaudissements, Mathilde a fait un grand sourire à son papa et elle a joué les premières notes de Zoe. J'ai filmé la performance de Mathilde, mais j'aurais aimé prendre en photo le visage de Stéphan, la surprise dans ses yeux, la rougeur de ses joues, son sourire si heureux. Et celui de Mathilde, radieux, lorsqu'elle s'est assise à coté de lui, et qu'elle a glissé sa main dans la sienne.
Pour toi, Mylène, qui est si loin de nous, la performance de Mathilde:
Après quelques recherches, j'ai finalement réussi à trouver la partition sur le web. Depuis, Mathilde l'apprenait en cachette avec l'idée de l'offrir comme cadeau de fête des pères à son papa. Le professeur de Mathilde a plutôt suggéré qu'elle la joue lors de son concert, qui avait lieu hier. Après les deux pièces inscrites sur le programme de la soirée (la Charolaise de Couperin et un Menuet de Bach), Mathilde allait jouer, en surprise, Zoe Goes to the Restaurant.
J'attendais le moment avec fébrilité. La nervosité a eu un peu raison de la première pièce de Mathilde, mais elle a superbement bien réussi le menuet. Après les applaudissements, Mathilde a fait un grand sourire à son papa et elle a joué les premières notes de Zoe. J'ai filmé la performance de Mathilde, mais j'aurais aimé prendre en photo le visage de Stéphan, la surprise dans ses yeux, la rougeur de ses joues, son sourire si heureux. Et celui de Mathilde, radieux, lorsqu'elle s'est assise à coté de lui, et qu'elle a glissé sa main dans la sienne.
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Pour toi, Mylène, qui est si loin de nous, la performance de Mathilde:
Plaisirs parfumés en famille
J'ai trouvé le restaurant familial idéal.
Il y a quelques mois, pour notre club de lecture, nous avions soupé dans un restaurant vietnamien apportez-votre-vin, Pho Viet, pour discuter de Ru, le très beau roman de Kim Thuy. Après un excellent repas, nous avions eu une agréable surprise lorsque la très sympathique propriétaire, voyant nos exemplaires du livre, nous avait raconté que l'auteure était une de ses amies, entrainant une conversation fascinante.
Samedi dernier, pour fêter une amie, j'ai suggéré ce resto. Je me souvenais de l'atmosphère incroyablement relax de l'endroit, et j'espérais que les enfants y seraient bien accueillis.
Quel bonheur.
Le repas--une série de plats aux milles parfums: soupe tonkinoise, rouleau printanier, salade de papaye verte, sauté de crevettes au cari vert, beignets aux pommes, thé vert--était tout simplement délirant. L'ambiance était idéale pour une famille, très informelle mais chaleureuse, assez bruyante pour dissimuler les conversations animées des enfants sans pour autant gêner la nôtre. Et surtout, il était possible de trouver pour les enfants des mets qu'ils ont mangés avec plaisir sans avoir à tomber dans les foutues croquettes de poulet ou pizza sourire.

Je me suis dit qu'il y avait surement d'autres restaurants ainsi à Montréal, et qu'il ne me restait maintenant qu'à partir en quête pour les découvrir. Qui sait, après le Guide Resto Voir, il pourrait y avoir le Guide Resto en famille version Nathalie, que je pourrais écrire dans mes temps libres (soit entre 2:00 et 3:00 a.m. la nuit prochaine).
Il y a quelques mois, pour notre club de lecture, nous avions soupé dans un restaurant vietnamien apportez-votre-vin, Pho Viet, pour discuter de Ru, le très beau roman de Kim Thuy. Après un excellent repas, nous avions eu une agréable surprise lorsque la très sympathique propriétaire, voyant nos exemplaires du livre, nous avait raconté que l'auteure était une de ses amies, entrainant une conversation fascinante.
Samedi dernier, pour fêter une amie, j'ai suggéré ce resto. Je me souvenais de l'atmosphère incroyablement relax de l'endroit, et j'espérais que les enfants y seraient bien accueillis.
Quel bonheur.
Le repas--une série de plats aux milles parfums: soupe tonkinoise, rouleau printanier, salade de papaye verte, sauté de crevettes au cari vert, beignets aux pommes, thé vert--était tout simplement délirant. L'ambiance était idéale pour une famille, très informelle mais chaleureuse, assez bruyante pour dissimuler les conversations animées des enfants sans pour autant gêner la nôtre. Et surtout, il était possible de trouver pour les enfants des mets qu'ils ont mangés avec plaisir sans avoir à tomber dans les foutues croquettes de poulet ou pizza sourire.

Je me suis dit qu'il y avait surement d'autres restaurants ainsi à Montréal, et qu'il ne me restait maintenant qu'à partir en quête pour les découvrir. Qui sait, après le Guide Resto Voir, il pourrait y avoir le Guide Resto en famille version Nathalie, que je pourrais écrire dans mes temps libres (soit entre 2:00 et 3:00 a.m. la nuit prochaine).
vendredi 4 juin 2010
Bonheur du vendredi matin
Le vendredi, comme je ne travaille pas, j'aime bien aller reconduire Étienne à l'école à pied. Mathilde marche seule avec ses copines depuis longtemps, mais Éti est encore un peu petit pour se joindre à elles.
C'est un grand bonheur pour lui de marcher avec sa soeur, mais ça en est un pour moi aussi. Au début, il n'y a que nous et les copines de Mathilde. Puis, sur Jean Renou, on rencontre d'autres écoliers en route, parfois même une amie qui se joint à nous. J'aime surtout lorsque nous arrivons sur la 43e avenue. Nous marchons sur le trottoir, sous les arbres si vieux et immenses qu'ils touchent presque à leur alter ego de l'autre coté de la rue. Et les enfants arrivent de partout: à pied, en trottinette, en vélo, en skate, sur le trottoir, dans la rue. Toujours en rigolant, en se saluant, avec un enthousiasme qui me surprend chaque fois. Il y a dans l'air une fébrilité, un plaisir évident à l'idée de retrouver les amis. Je ne peux faire autrement que sourire.
J'embrasse Mathilde devant la cour des grands, et je suis Étienne qui court maintenant vers celle des petits. J'aime entendre les rires et les cris des élèves qui sautent à la corde ou à cloche-pied, jouent à la tag, se racontent des histoires qui semblent passionnantes. J'embrasse Étienne, et je reste un peu à le regarder à travers la clôture. Il est souriant, content de voir ses copains Daniel, Axel, Antoine, Alexandre. Puis la cloche sonne, et à chaque fois je suis émue. Ils s'empressent tous de prendre leur rang. Le silence s'installe tranquillement, interrompu par un dernier rire, un dernier cri joyeux. Bientôt on n'entend plus que le vent entre les feuilles des arbres, quelques mamans qui se disent au revoir.
Je reviens tranquillement chez moi, habitée de ce sentiment d'être devant le début de quelque chose de nouveau, que j'ai la journée devant moi, que tout est possible.
C'est un grand bonheur pour lui de marcher avec sa soeur, mais ça en est un pour moi aussi. Au début, il n'y a que nous et les copines de Mathilde. Puis, sur Jean Renou, on rencontre d'autres écoliers en route, parfois même une amie qui se joint à nous. J'aime surtout lorsque nous arrivons sur la 43e avenue. Nous marchons sur le trottoir, sous les arbres si vieux et immenses qu'ils touchent presque à leur alter ego de l'autre coté de la rue. Et les enfants arrivent de partout: à pied, en trottinette, en vélo, en skate, sur le trottoir, dans la rue. Toujours en rigolant, en se saluant, avec un enthousiasme qui me surprend chaque fois. Il y a dans l'air une fébrilité, un plaisir évident à l'idée de retrouver les amis. Je ne peux faire autrement que sourire.
J'embrasse Mathilde devant la cour des grands, et je suis Étienne qui court maintenant vers celle des petits. J'aime entendre les rires et les cris des élèves qui sautent à la corde ou à cloche-pied, jouent à la tag, se racontent des histoires qui semblent passionnantes. J'embrasse Étienne, et je reste un peu à le regarder à travers la clôture. Il est souriant, content de voir ses copains Daniel, Axel, Antoine, Alexandre. Puis la cloche sonne, et à chaque fois je suis émue. Ils s'empressent tous de prendre leur rang. Le silence s'installe tranquillement, interrompu par un dernier rire, un dernier cri joyeux. Bientôt on n'entend plus que le vent entre les feuilles des arbres, quelques mamans qui se disent au revoir.
Je reviens tranquillement chez moi, habitée de ce sentiment d'être devant le début de quelque chose de nouveau, que j'ai la journée devant moi, que tout est possible.
mardi 1 juin 2010
Chevauchée chaotique
Nous sommes au moment où la saison printanière chevauche la saison estivale. Les cours de piano ne sont pas encore terminés (on double même les pratiques pour le spectacle de dimanche), les examens de la fin de cette si importante cinquième année nous causent bien des soucis, la saison de soccer (multipliée par deux) est commencée. Ma case horaire 16h30-20h30 est souvent plus remplie que mon calendrier Outlook au boulot.
Et à travers ces activités il y a ces trucs si inutiles mais dignes du mythe de Sisyphe, la vaisselle du déjeuner à ranger, le souper à faire, l'épicerie, le lavage, les billets d'école à signer, entrecoupés de moments si importants comme Étienne qui veut me montrer qu'il sait maintenant faire des boucles et Mathilde qui découvre les garçons et veut me raconter tous les détails de sa vie sociale.
Je suis étourdie. Et comme j'ai de la difficulté à dire non, je donne tout ce que je peux jusqu'à ce que j'en aie ras-le-bol et que j'explose. À des moments évidemment tout à fait inopportuns, comme lorsqu'Étienne est si fier d'avoir bu toute sa bouteille d'eau entre le moment où nous quittons la maison et celui où nous arrivons au terrain de soccer.
Et je ne vois pas à quoi je pourrais dire non. Car ce sont les enfants qui demandent ces activités. Comment refuser le piano alors que Mathilde me dit qu'en jouer la calme et apaise ses inquiétudes? J'aime tellement voir Étienne si content de jouer lui aussi au soccer, si fier d'être enfin capable de maitriser le ballon, si heureux de rigoler avec ses copains d'école qu'il continuera à voir tout l'été grâce au soccer.
Alors j'attends que la tempête passe. Bientôt le piano sera terminé, l'école aussi. Il y aura le soccer chaque jour de la semaine, mais il y aura aussi le bonheur de manger les popsicles après les parties, de se coucher en même temps que le soleil, de se lever à une heure plus naturelle.
J'essaie aussi de me trouver un rituel de survie, de commencer la case horaire du soir avec un sourire, un verre de rosé, des fleurs coupées sur ma table. D'y aller une journée à la fois, et d'essayer de ne pas voir toutes ces activités comme une série de tâches, mais plutôt de remarquer le sourire d'Étienne sur le terrain ou d'apprécier les jolies mélodies de piano de Mathilde.
Et de penser à moi un peu dans tout ça. De trouver un peu de temps pour écrire, lire, marcher, courir, prendre le thé... Prendre des forces pour traverser cette chevauchée chaotique.
Et à travers ces activités il y a ces trucs si inutiles mais dignes du mythe de Sisyphe, la vaisselle du déjeuner à ranger, le souper à faire, l'épicerie, le lavage, les billets d'école à signer, entrecoupés de moments si importants comme Étienne qui veut me montrer qu'il sait maintenant faire des boucles et Mathilde qui découvre les garçons et veut me raconter tous les détails de sa vie sociale.
Je suis étourdie. Et comme j'ai de la difficulté à dire non, je donne tout ce que je peux jusqu'à ce que j'en aie ras-le-bol et que j'explose. À des moments évidemment tout à fait inopportuns, comme lorsqu'Étienne est si fier d'avoir bu toute sa bouteille d'eau entre le moment où nous quittons la maison et celui où nous arrivons au terrain de soccer.
Et je ne vois pas à quoi je pourrais dire non. Car ce sont les enfants qui demandent ces activités. Comment refuser le piano alors que Mathilde me dit qu'en jouer la calme et apaise ses inquiétudes? J'aime tellement voir Étienne si content de jouer lui aussi au soccer, si fier d'être enfin capable de maitriser le ballon, si heureux de rigoler avec ses copains d'école qu'il continuera à voir tout l'été grâce au soccer.
Alors j'attends que la tempête passe. Bientôt le piano sera terminé, l'école aussi. Il y aura le soccer chaque jour de la semaine, mais il y aura aussi le bonheur de manger les popsicles après les parties, de se coucher en même temps que le soleil, de se lever à une heure plus naturelle.
J'essaie aussi de me trouver un rituel de survie, de commencer la case horaire du soir avec un sourire, un verre de rosé, des fleurs coupées sur ma table. D'y aller une journée à la fois, et d'essayer de ne pas voir toutes ces activités comme une série de tâches, mais plutôt de remarquer le sourire d'Étienne sur le terrain ou d'apprécier les jolies mélodies de piano de Mathilde.
Et de penser à moi un peu dans tout ça. De trouver un peu de temps pour écrire, lire, marcher, courir, prendre le thé... Prendre des forces pour traverser cette chevauchée chaotique.
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