samedi 18 août 2012

Dur, dur l'adolescence...

Je dois arrêter de vivre dans le déni. Je parle de ma grande fille comme d'une pré-ado, mais à 13 ans, bientôt en secondaire 2 (et plus grande que moi!), c'est une vrai ado.

Et une ado, c'est pas facile. Pas facile du tout. Même quand c'est un modèle doux, gentil, serviable et souriant comme la mienne.

Je me souviens lorsque j'ai commencé ma carrière en rédaction, alors que j'étais encore toute jeune et naïve, une de mes collègues dans la quarantaine vivait une phase difficile avec son ado. Elle me parlait d'un livre dont le titre était « Get Out Of My Life, but First Could You Drive Me and Cheryl to the Mall? ». Je ne pouvais m'imaginer un titre plus débile, ni l'idée qu'on ait envie de lire un tel livre.

Mais je crois que j'irai l'acheter cet après-midi.

Ce matin, nous avons eu la chicane du siècle. Pendant plus d'une heure, nous avons essayé de discuter, expliquer, converser pour régler la situation. J'ai fait plus de concessions que jamais, j'ai été d'une patience infinie (enfin... la plupart du temps), plusieurs fois j'ai pris sur mes épaules des fautes qui n'étaient pas simplement miennes pour montrer que je voulais régler la situation, pour lui donner une chance de se sortir de cette chicane sans avoir à faire trop de concessions.

Rien à faire.

C'est alors que j'ai eu un flash: Il y a quelques semaines, elle et son frère se chicanaient sans arrêt, pour des pacotilles, au point où Étienne (qui aura 8 ans demain et n'est pas un exemple de sagesse) s'est pourtant mis à rigoler devant le ridicule de la situation. Du coup, Mathilde lui a répondu rageusement : « Mais arrête de rire! On est en train de se chicaner!  » On se serait cru dans un film absurde. Et là j'ai compris: Elle ne voulait pas régler la chicane. Belliqueuse, elle cherchait des manières de mettre le bordel tout en prenant le rôle de la victime. Et peu importe ce que je dirais, nous n'allions pas régler cette chicane comme on le ferait entre deux adultes.

J'ai finalement abandonné. Elle est montée mi-rageuse, mi-larmoyante dans sa chambre, et je suis partie—full rageuse—chercher à dîner. Après quelques heures dans sa chambre, elle est finalement venue nous voir pour s'excuser, puis elle est redevenue souriante et de bonne humeur, affectueuse, comme si rien de tout cela n'était arrivé, alors que j'étais encore toute à l'envers.

Vivre avec une adolescente est comme s'aventurer en terrain vierge. Toutes les règles établies jusqu'à maintenant disparaissent. Les enjeux ne sont pas ce qu'ils semblent être. Alors que j'essayais de régler la situation comme je le ferais avec un adulte, elle était probablement en train d'expérimenter les cotés rebelles de sa personnalité.

Je n'ai plus de repères. J'ai besoin d'une carte pour déchiffrer ce nouveau terrain, pour naviguer les prochaines années sans trop m'écorcher et surtout en étant capable de soutenir cette belle grande fille que j'aime tant mais qui me fait parfois sortir de mes gonds.

Renaud-Bray, me voici...

6 commentaires:

Sophie Legendre a dit...

Oh que je te comprends. La mienne aussi a 13 ans, et son frère à 10 ans la suit de près et ne me laissera pas le répit que tu auras. Je cours moi aussi, m'acheter ce livre, dès que je reviens de vacances.

Nadine a dit...

(il y a longtemps que je n'étais pas venue. La lecture de tous tes billets en rafle m'ont fait une super pause dans le boulot) ce dernier texte m'a réconforté. J'ai un pré-ado de 9 ans et demi et je vais réserver ce livre aussi! C'est plein de contradictions! Je la vois désirer rester petite tout en rêvant d'être encore plus grande!

Nathalie a dit...

@Quelquepart: En fait, je crois que dès que la grande sortira de son adolescence, l'autre y entrera... et j'ai parfois l'impression qu'elle sera pas mal plus rock'n roll avec mon petit mec ;-)

@Nadine: Bien contente de te revoir! Et tu as bien raison, c'est un monde de contradictions constantes!

Je vous tiens au courant si le livre m'aide!

Michèle a dit...

Ouf....je n'ai pas hâte de vivre cette période...J'ai deux gars, je ne sais pas si la relation mère-gars ado est plus facile que mère-fille ado?

Je travaille à l'année longue avec des ados et je côtoie souvent des parents un peu débordés par la nouvelle réalité de leurs enfants.

Pour être honnête, quand je repense à moi à l'adolescence, je n'ai pas de très bons souvenirs, je n'étais pas évidente à suivre....heureusement, cette période un peu ingrate se termine bien!!!

Elsa Myotte a dit...

Ça rejoint tout à fait ma réalité! Le plus étonnant (et rassurant, quand même), c'est cette rapidité qu'elles ont à revenir à de meilleurs sentiments (alors que nous on est encore en train de «dépomper»!). Ce que j'espère, c'est que ce fil de communication et d'affection, qui se remet rapidement en place, ne se rompe jamais vraiment.

Nathalie a dit...

@Michèle: Oui, tu as raison, je crois que la relation mère-gars ado sera plus facile sur certains aspects... En tout cas, la relation père-fille ado est pas mal plus smooth! Disons que mon amoureux a beaucoup plus de marge de manœuvre que moi et qu'il se fait tomber sur la tomate beaucoup moins que moi! Il est quasi-irréprochable... Un Oedipe encore présent?

@Elsa: C'est vrai que c'est rassurant cette facilité qu'elles ont à redevenir plus « douces ». Et c'est fort heureux :) J'espère comme toi toujours arriver à garder ce fil de communication; c'est un peu pour ça que je faisais tant de concessions hier et que j'ai envie de lire ce livre. Je me dis que si je comprends un peu mieux ce qui se passe, j'arriverai à prendre un recul émotif et ne pas prendre trop personnel ses comportements... Il nous reste quoi, 5 ans? On devrait y arriver :)