vendredi 7 mai 2010

Une petite histoire de corde à danser

Depuis quelques jours, Étienne a développé une passion pour la corde à danser. Il saute dans le sous-sol, sur le balcon, sur la terrasse. À deux jambes, une jambe, en chantant, en comptant.

Hier matin, Étienne a décidé d'apporter sa corde à danser dans la cour d'école. J'avais des doutes. Dans ma tête, la corde à danser c'est un truc de filles. Je ne voulais pas l'influencer ou partager mes préjugés, mais je ne voulais pas non plus qu'il se fasse taquiner. Il est habituellement très "garçon" dans ses activités, alors qu'allaient dire ses amis?

Nous sommes arrivés à l'école, et je suis restée quelques minutes à le regarder. Il est rentré sur la cour avec confiance. Il a mis son sac par terre et s'est installé. Puis il s'est mis à sauter à la corde, tout fier de lui. Au bout de quelques minutes, trois autres petits mecs sont venus le rejoindre.

-"Hey, Étienne, qu'est-ce que tu fais?"
-"Ben, je saute à la corde."

Je retiens mon souffle.

-"On peut essayer nous aussi?"

Et voilà. Bientôt, les 4 petits gars s'échangeaient la corde à danser d'Étienne, essayant de déterminer qui était le meilleur.

***

Étienne a une confiance en lui inébranlable. Bien qu'il m'avait dit que seules les filles apportaient une corde à danser à l'école, ça ne l'a pas arrêté. Il aime la corde à danser, il avait envie de l'apporter à l'école, alors il l'a fait. Tout simplement. J'admire cette force de caractère, cette confiance, cette capacité à faire abstraction de l'opinion des autres.

Mais ces jours-ci, je me demande comment préserver cette confiance.

L'école n'est pas faite pour les petits garçons comme Étienne, qui débordent d'enthousiasme, qui veulent tout apprendre, mais qui ne sont pas encore prêts à marcher dans un silence complet, à passer une journée entière assis sur une chaise ou à comprendre qu'il y a des moments où il ne faut pas faire le clown, même si les copains trouvent ça très drôle. Il y est très heureux, il a beaucoup d'amis, il aime apprendre. Mais il revient à la maison à tous les jours avec des bonshommes bleus ou rouges (foutus systèmes d'émulation), malgré ses efforts. Certains soirs, au lieu du turbulent petit garçon content de me raconter sa journée, je retrouve un petit garçon qui se rend directement à la voiture en silence, s'assoit tranquillement, le regard si triste que j'ai envie de pleurer.

C'est dans des moments comme celui-ci que je trouve si difficile d'être maman. Il y a ce que je lis dans les livres. Il y a l'opinion du professeur, brandissant les diagnostics et les étiquettes. Il y a la contre-opinion d'une maman bénévole qui a passé une partie de la journée dans la classe d'Éti et remarqué les injustices. Il y a ce que je voudrais pour mon fils, les contraintes avec lesquelles je dois vivre, mon besoin de le protéger et de le préparer.

Et il y a Éti, au sourire contagieux, à l'enthousiasme débordant, à la fois si solide et si fragile...

2 commentaires:

Elsa Myotte a dit...

C'est merveilleux cette capacité qu'a Étienne de faire fi de ce que pourraient penser les autres! Et ce serait encore plus merveilleux si ça pouvait durer, malgré la pression des stéréotypes et des préjugés qui devient de plus en plus forte au fur et à mesure qu'on grandit. Est-ce que c'est possible? Une chose est sûre, c'est qu'il faut être «fait fort», comme on dit, et c'est ce que je souhaite à Étienne!

Nathalie a dit...

Oui, c'est ce que je me demande aussi. Et qu'est-ce que je peux faire en tant que mère pour l'aider à développer cette carapace tout en préservant sa sensibilité? Ça me hante...