Je me souviens de notre déjeuner à la Brulerie St-Denis sur Cote-des-Neiges le jour d'avant. Mathilde est chez ma mère, nous profitons de ce tête à tête pour discuter des implications. Avec 7 embryons à la journée 3, il devrait y avoir au moins 3 blastocystes à la journée 7. Le docteur nous recommande l'implantation des 3, ce qui veut dire que nous avons une (mince) chance de nous retrouver avec des triplets et de bonnes chances d'avoir des jumeaux. Nous oscillons entre la panique et l'exaltation. Pendant quelques heures, nous bâtissons des rêves sur toutes ces possibilités, Mathilde qui n'est plus toute seule, Mathilde et ses trois petits frères, une maison avec plein de petits pieds qui courent partout.
Le téléphone sonne enfin, la nouvelle tombe. Aucun des embryons n'est passé à l'état blastocyste. Ils sont tous morts.
Tous. Zéro. Le vide.
J'ai pleuré. Pleuré ma frustration, ma tristesse. Pleuré mon sentiment d'incompétence, mon infertilité, mon incapacité à faire une chose si simple, un enfant. Pleuré jusqu'à ce que je n'aie plus envie de pleurer.
Puis je suis partie. Mon refuge à cette époque était les librairies, où j'errais parmi les livres souvent sans rien acheter, juste pour me retrouver seule avec moi-même. Mais cette fois-ci je suis allée chez Pier Import. Et je les ai vues.
Des boules de Noël, juste... parfaitement imparfaites. Fragiles, mais colorées. Toutes complètement inégales, mélange de rouge, mauve, vert. Tellement délicates que j'avais l'impression qu'elles briseraient à rien. Un coup de cœur total. Alors je les ai prises. Huit boules, à un prix indécent.
Je suis revenue chez moi, et je les ai mises dans l'arbre. La vie a continué.
***
6 ans et un Étienne plus tard, je ne peux ressortir mes boules de Noël sans éprouver un certain pincement. Mais avec le temps, la tristesse s'est transformée. Mes décorations me rappellent que la vie est fragile, mais que tout passe, même les moments les plus gris. La vie a continué, différente de ce que j'avais imaginé ce matin dans un café, mais pourtant si belle et si intense. Les boules sont maintenant entourées de décorations fabriquées par quatre petites mains, qui m'aident aussi à faire mon sapin. Il a chaque année un look complètement bordélique, et je trouve pourtant que c'est le plus beau des sapins. Comme les boules, mon arbre est toujours chaotique, fragile et coloré. Comme ma vie. Je ne la voudrais pas autrement.
2 commentaires:
Il s'est passé un drôle de phénomène lorsque j'ai lu ce texte: nez qui picote, yeux qui s'embuent... Un début de rhume peut-être? (Merde, Elsa, arrête de nier tes émotions!)
Sans blague, un des plus beaux (le plus beau?) de tes textes.
Merci beaucoup Elsa! J'apprécie tes gentils commentaires... livrés sans retenue! :-)
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