La semaine dernière, nous avons décidé à 17h30 d'aller souper au resto en famille. J'ai fait des réservations dans un restaurant vietnamien et nous sommes partis en voiture, direction Laurier/Avenue du Parc. Nous avons très bien mangé, bu un excellent Ravenswood (les adultes, évidemment :), rigolé en famille, puis marché jusqu'au Bilboquet prendre une crème glacée et sommes revenus à la maison vers 21h00.Banal, non? Et pourtant.
Lorsque nos enfants sont bébés, ils dorment n'importe où--poussette, sac ventral, sac à dos, banc d'auto--alors on peut continuer la plupart de nos activités habituelles: manger au restaurant sur un coup de tête, faire l'épicerie au petit marché, bouquiner à la bibliothèque, se balader sur St-Denis, aller sur le Mont-Royal avec une copine, faire de longues randonnées difficiles, ou même aller au Japon si ça nous tente.
Puis ils grandissent et n'ont plus envie d'être spectateurs. C'est particulièrement le cas quand on a des enfants comme les miens, explorateurs, curieux, participants-nés, qui ont refusé la poussette ou le rôle de passager dès qu'ils ont appris à se déplacer d'eux-mêmes. Finies les sorties improvisées au resto, à moins d'aller au St-Hubert; les longues randonnées se transforment en petites marches déambulatoires de 1 à 2 km; les voyages deviennent plus limités (marcher pendant des heures n'est plus possible); le camping avec voiture remplace le camping sauvage.
Bien qu'elles limitent nos activités, les premières années avec nos enfants nous apportent de grands bonheurs; voir son enfant découvrir le monde--et par le fait même le redécouvrir à travers ses yeux--vaut évidemment beaucoup plus qu'un sommet atteint ou un voyage de canot-camping. Mais il nous faut tout de même mettre certains rêves, certains projets de coté pour laisser aux enfants toute la place dont ils ont besoin.
Je réalise qu’avec les enfants j’ai appris à vivre le moment présent. Entre l’école, le soccer, la garderie, les complications de santé d’Étienne, les devoirs, le piano, la maison, le sous-sol qui déborde, l’épicerie, le lavage, je suis souvent en mode survie. J’ai la tête remplie de préoccupations pratiques: que mangera-t-on pour souper, est-ce que j'ai rempli les formulaires pour l'école, Éti va bientôt manquer de médicaments, ai-je lavé les habits de Mathilde pour son match intercité ce soir, et j'en passe. La to-do liste qui trotte dans ma tête est d'une longueur inquiétante, me laissant peu de place pour autre chose.
L’avantage est que je réussis beaucoup à trouver mon bonheur dans les petits moments de la vie avec mes enfants. J'adore faire rigoler Étienne; son rire est tellement vrai, tellement contagieux qu'on voudrait le chatouiller toute la journée, juste pour l'entendre encore. Discuter avec Mathilde est étonnant et fascinant: Je vois parfois percer l'adolescente, l'adulte qu'elle sera, et je suis souvent émue. Je travaille fort aussi à trouver des moments pour moi, des petits bonheurs quotidiens, pour jardiner, écouter ma musique, lire, écrire, courir.
Mais je réalise aussi que j'ai cessé de rêver. Je vis tellement au quotidien que j'ai oublié qu'un jour il y aura à nouveau de la place pour mes grands rêves que j'ai depuis si longtemps mais que j'ai laissé de coté: voyages de randonnée en Patagonie et Alaska, voyage littéraire en Grande-Bretagne, randonnées de plusieurs jours aux États-Unis, voyage de vélo à travers les vignobles français, voyage romantique en Italie dont Stéphan et moi parlons depuis si longtemps.
J'ai de nouveaux rêves aussi: faire des demi-marathons un peu partout dans le monde, avoir une vieille maison de campagne près de l'eau avec un immense jardin et une pièce à moi remplie de plantes, me remettre au piano. Je dois recommencer à rêver, à redécouvrir mes horizons puisque le jour viendra où je pourrai les réaliser...
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Alors, curieusement, la possibilité de décider sur un coup de tête d'aller en famille souper sur Laurier et de marcher jusqu'au Bilboquet, un dimanche soir, n'est plus si banale.
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