vendredi 9 mai 2008

Passages


Vendredi dernier, après 3 ans, 8 mois et quelques semaines, Étienne est finalement passé à un lit de grand garçon. Je rigolais souvent du fait qu'il était plus que temps (Mathilde n'était plus dans sa bassinette vers l'âge de 2 ans), que les amis allaient appeler la DPJ pour déclarer notre négligence, que la raison pour laquelle il était encore dans sa bassinette était que nous n'avions pas eu le temps d'aller lui trouver un lit. Tout ça est un peu vrai. (Sauf les appels à la DPJ. Enfin, je pense.)

Mais en regardant sa nouvelle chambre, je réalise qu'une des raisons pour lesquelles j'ai pris tant de temps à trouver ce lit, c'est qu'une partie de moi avait envie de garder mon bébé. Ce n'était pas Étienne qui n'était pas prêt pour un lit de grand, mais moi qui n'arrivais pas à laisser le lit de petit.

Je vis la vie de chacun de mes enfants différemment. Avec Mathilde, tout était et est une découverte. Je regarde l'objectif suivant, j'essaie de comprendre vers où on se dirige, quelles étapes elle doit accomplir. Lorsqu'elle était toute petite, je vérifiais à chaque semaine, puis à chaque mois, quelle phase elle devait avoir franchie, est-ce qu'elle se développait comme il fallait, est-ce que je réussissais ma tâche de parent. Je me souviens de ces petits feuillets, "Mon enfant a x mois", qui décrivaient le développement normal des enfants à chaque mois d'âge et que je lisais religieusement. Maintenant, l'école, le piano, les amitiés, la sexualité ont remplacé les couches, les boires, apprendre à marcher, mais j'avance toujours sur un terrain vierge, inconnu. Je ne sais ce qui m'attend mais je suis toujours prête à aller de l'avant.

Puis Étienne est arrivé. Étienne, mon bébé miracle, petit garçon si attendu. Mais avec lui, je connais toutes les étapes qui s'en viennent et je n'ai aucune envie d'y passer trop vite. Je sais depuis le début qu'il sera mon dernier. Alors que tout est une découverte, une aventure avec Mathilde, tout est un peu une séparation, un au revoir avec Étienne. Je sais que je vis ses petits et grands moments pour la dernière fois. La dernière couche, le dernier biberon, la dernière berceuse. Je sais qu'un jour viendra où je vais m'asseoir par terre mais il ne viendra pas immédiatement et automatiquement se lover entre mes jambes. Où il ne demandera pas à ce que nous commencions notre journée par des calins sur le divan. Où il décidera de lui-même que son lit ne lui suffit plus et qu'il ira vivre ses propres aventures. Alors je vis mes moments avec lui férocement, intensément.




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